La valse lente des tortues
- Автор: Pancol Katherine
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «La valse lente des tortues». Краткое содержание книги:
Elles racontèrent comment elles avaient découvert le corps. La fête dans la loge, l’absence de mademoiselle de Bassonnière « mais ce n’est pas étonnant, tout le monde la détestait dans l’immeuble », ne put s’empêcher de dire Iphigénie, les poubelles, le rôle de Du Guesclin.
— Vous l’avez depuis longtemps ce chien ? demanda le capitaine.
— Je l’ai ramassé dans la rue hier matin…
Elle s’en voulut d’avoir dit « ramassé », voulut reprendre son mot, bafouilla et se sentit coupable. Elle n’aimait pas la façon dont le capitaine s’adressait à elle. Elle devinait de sa part une sourde animosité qu’elle ne s’expliquait pas. Son regard tomba sur une broche cachée sous le col de son chemisier qui représentait un cœur percé d’une flèche.
— Vous avez une observation à me faire ? demanda le capitaine avec rudesse.
— Non. Je regardais votre broche et…
— Pas de remarque personnelle.
Joséphine se dit que cette femme aimerait bien lui mettre les menottes aux poignets.
Le médecin légiste arriva, suivi d’un photographe de l’identité judiciaire. Il prit la température du corps, énonça 31°, constata les blessures extérieures, mesura les entailles des coups portés et demanda une autopsie. Puis il s’entretint avec le capitaine. Joséphine surprit des fragments de discussion, « usure au niveau des chaussures ? résistance ? surprise par l’agresseur ? le corps a-t-il été traîné ou a-t-elle été tuée sur place ? ». Le photographe de l’identité judiciaire, accroupi aux pieds de la victime, prenait des photos sous tous les angles.
— Il faudra faire une enquête de voisinage, murmura le capitaine.
— Le crime, car il s’agit probablement d’une agression, a eu lieu dans la nuit de vendredi à samedi… à l’heure où les braves gens dorment.
— L’immeuble possède un code. On n’y entre pas comme dans un moulin, remarqua le capitaine.
— Vous savez, les codes… Il eut un geste évasif. Ça ne rassure que les naïfs ! N’importe qui peut entrer, hélas !
— Évidemment… ce serait plus simple de se dire que le coupable habite dans l’immeuble.
Le médecin légiste poussa un long soupir découragé et déclara que l’idéal serait que l’assassin se promenât avec un écriteau dans le dos. Le capitaine ne sembla pas apprécier sa remarque et retourna inspecter le local à poubelles.
Puis ce fut l’arrivée du procureur. Un homme sec aux cheveux blonds coupés en brosse. Il se présenta. Serra la main de ses collègues, écouta les conclusions des uns et des autres. Se pencha sur le corps. Discuta avec le médecin légiste et demanda une autopsie.
— Taille de la lame, force des coups portés, profondeur des entailles, traces d’hématomes, strangulation…
Il énumérait les divers points à étudier sans fièvre ni précipitation avec la minutie de l’homme habitué à de telles scènes.
— Vous avez remarqué si la gomme de la moquette était molle ou dure ? Si elle avait laissé des traces sur le corps ou si elle portait des empreintes digitales ?
Le médecin répondit que la gomme était molle et souple.
— Traces de doigts ?
— Pas sur la gomme. Il est encore trop tôt pour le corps…
— Traces de pas dans le local ?
— L’agresseur devait porter des semelles lisses ou il s’était enveloppé les pieds de sacs plastique. Aucune trace, aucune empreinte…
— Pas de traces de doigts, vous êtes sûr ?
— Non… Des gants en caoutchouc peut-être ?
— Vous m’envoyez les photos dès que vous les avez, conclut le procureur. On va commencer l’enquête de voisinage… et faire un topo sur la victime. Si elle avait des ennemis, des problèmes de cœur…
— T’as vu sa tronche ? ricana un des deux flics en tenue à l’oreille de son collègue. De quoi te vider le slip d’un seul coup !
— Si elle avait déjà été agressée, si elle était fichée… La routine, quoi !
Il fit signe au capitaine de le rejoindre et ils s’isolèrent dans un coin de la cour. Le regard du procureur vint se poser sur Joséphine. Le capitaine devait être en train de lui dire qu’elle avait été agressée, six mois plus tôt et qu’elle avait attendu près d’une semaine avant de se rendre au commissariat déposer une main courante.
— C’est la brigade criminelle qui va être saisie du dossier, dit le procureur. Mais commencez les investigations, faites les premiers interrogatoires, la Crim reprendra le dossier après… Je vais en parler au juge d’instruction.
Le capitaine opina, le visage fermé.
— Il faudra sûrement l’interroger à nouveau, ajouta le procureur en gardant les yeux rivés sur Joséphine.
Pourquoi me regardent-ils comme ça ? Ils ne pensent pas que c’est moi ou que je suis complice, tout de même ! Elle se sentit à nouveau envahie par un terrible sentiment de culpabilité. Mais je n’ai rien fait ! eut-elle envie de crier devant les yeux fixes du procureur.
La présence des voitures de police devant l’immeuble avait attiré des voisins qui cherchaient à apercevoir le corps et se battaient les flancs en répétant « c’est incroyable ! c’est incroyable ! On est bien peu de chose, tout de même ! ». Un vieux monsieur poudré de blanc assurait qu’il l’avait connue enfant, une femme accablée de Botox bougonna qu’elle ne la regretterait pas, « quelle peau de vache ! », et une troisième interrogeait : « Vous êtes sûre qu’elle est morte ? » « Comme je suis sûr que vous êtes vivante », rétorqua le fils Pinarelli. Joséphine pensa à Zoé et demanda si elle pouvait remonter chez elle.
— Pas avant qu’on ne vous ait interrogée ! intima le capitaine.
Ils commencèrent par Iphigénie, puis ce fut son tour. Elle raconta la réunion de copropriétaires du vendredi, les accrochages avec messieurs Merson, Lefloc-Pignel et Van den Brock. Le capitaine prenait des notes. Joséphine ajouta ce que lui avait dit monsieur Merson sur les deux agressions dont mademoiselle de Bassonnière avait été victime. Elle précisa qu’elle n’avait pas assisté aux scènes, elle-même. Elle vit le capitaine noter « demander à monsieur Merson » sur son carnet.
— Je peux remonter ? Ma petite fille m’attend à la maison…
Le capitaine la laissa repartir non sans lui avoir demandé dans quelle partie de l’immeuble et à quel étage elle demeurait et l’enjoignit de passer au commissariat signer sa déposition.
— Ah ! J’oubliais, dit le capitaine en haussant la voix, vous étiez où vendredi dans la nuit ?
— Chez moi… Pourquoi ?
— C’est moi qui pose les questions.
— Je suis rentrée de la réunion des copropriétaires avec monsieur Lefloc-Pignel vers neuf heures et je suis restée à la maison…
— Votre fille était avec vous ?
— Non. Elle était à la cave, avec d’autres jeunes de l’immeuble. Dans la cave de Paul Merson. Elle a dû remonter vers minuit.
— Vers minuit, vous dites… Vous n’en êtes pas sûre ?
— Je n’ai pas regardé l’heure.
— Vous ne vous souvenez pas d’un film que vous auriez regardé à la télé ou d’une émission de radio ? dit le capitaine.
— Non… Ce sera tout ? demanda Joséphine.
— Pour le moment !
Décidément, il y a quelque chose en moi qu’elle ne supporte pas, se dit Joséphine en attendant l’ascenseur.
Zoé n’était pas rentrée et Iris gisait, allongée sur le canapé, devant la télé, le téléphone coincé entre l’oreille et l’épaule. Sur l’écran, Céline Dion, d’une voix nasillarde, parlait de son âme à Michel Drucker.
Ce dimanche 24 mai, en rentrant du cinéma, Gaétan et Zoé se séparèrent à l’entrée du square, devant l’immeuble. « Mon père me tuerait s’il nous voyait ! Tu passes par-devant, moi par-derrière. » Ils s’étaient embrassés une dernière fois, s’étaient arrachés des bras l’un de l’autre et séparés à reculons pour s’apercevoir le plus longtemps possible.