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Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]

Электронная книга - «Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]». Краткое содержание книги:

Vainqueur de la guerre des Sorciers, Prestimion, qui a manqué d’y perdre la vie, a payé chèrement le titre de Coronal. La fine fleur de Majipoor a été décimée, le monde ravagé, et la belle Thismet, la grande passion de Prestimion, est morte dans les combats.
Prestimion a décidé de rendre la paix à la planète géante et d’effacer de toutes les mémoires, avec l’aide de deux mages, le souvenir du conflit atroce et de tous ceux qui ont péri. Seuls deux de ses compagnons d’armes et lui-même en garderont la trace indélébile dans leurs souvenirs.
Mais comment Prestimion pourrait-il exulter de joie durant la cérémonie de son couronnement alors que ce secret lui pèse ? Et comment pourrait-il prendre femme comme le doit un Coronal alors qu’il demeure obsédé par l’image de Thismet ?
Pire, le charme d’oubli a creusé dans les esprits un vide insidieux que vient souvent remplir la folie. La sédition gronde. La violence menace à nouveau de ravager Majipoor.
Prestimion saura-t-il guérir les peuples dont il a la charge, et se sauver lui-même en retrouvant l’amour ?
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Du sommet de la Seconde Falaise ils voyaient encore la mer, mais elle paraissait très loin et le port de Numinor n’était plus visible. Ils distinguaient à peine le bord rosé de la terrasse extérieure de la Première Falaise. La Terrasse des Miroirs, qui s’étendait à leurs pieds, flamboyait de mille feux partout où les dalles de pierre monumentales étaient frappées par l’éclat vert du soleil matinal.

— L’endroit où nous nous trouvons, expliqua une hiérarque, porte le nom de Terrasse de la Consécration. Nous passerons successivement par la Terrasse des Fleurs, la Terrasse de la Dévotion, la Terrasse du Renoncement et la Terrasse de l’Ascension.

Prestimion était impressionné par la complexité et la richesse du système sur lequel reposait le royaume de la Dame. Jamais il n’aurait soupçonné une structure si sophistiquée de préparation aux tâches accomplies sur l’île.

Mais il n’avait pas le temps de l’étudier plus en détail. Il leur fallait maintenant gagner le sanctuaire de la Troisième Falaise, la demeure de la Dame de l’île.

Ils l’atteignirent après une nouvelle ascension à la verticale, à couper le souffle. Prestimion fut frappé d’emblée par la qualité singulière de l’air, à huit cents mètres au-dessus de la mer. Un air pur, d’une stupéfiante limpidité, de sorte que chaque détail de la topographie de l’île ressortait comme grossi à la loupe. Il était tellement subjugué par la lumière, le ciel, les arbres qu’il ne prêtait pas attention aux hiérarques énumérant les terrasses par lesquelles ils passaient, jusqu’à ce qu’il entende l’une d’elles annoncer : « Et voici la Terrasse de l’Adoration, la porte du Temple Intérieur ».

Il y avait autour d’eux des bâtiments bas de pierre blanchie à la chaux insérés dans des jardins d’une beauté et d’une sérénité sans pareilles. On les informa que la Dame les attendait ; mais il convenait d’abord qu’ils se rafraîchissent après le voyage. Des acolytes les conduisirent dans un pavillon retiré, au fond d’un jardin aux vénérables arbres noueux, où l’on apercevait des tonnelles sur lesquelles s’enroulaient des plantes grimpantes couvertes de fleurs bleues aux nombreux pétales. Ils ne résistèrent pas à l’envie de prendre un bain ensemble dans la baignoire encastrée, artistement décorée de bandes entrelacées de pierre polie verte et turquoise. Prestimion passa en souriant la main sur le ventre arrondi de Varaile. Puis ils revêtirent les robes blanches d’étoffe légère préparées à leur intention. Des domestiques leur apportèrent un repas de poisson grillé et d’exquises baies bleues qu’ils accompagnèrent d’un vin gris servi frappé dont Prestimion fut incapable de trouver la provenance. Ce n’est qu’ensuite qu’une des hiérarques qui les avait accompagnés au cours de l’ascension vint leur annoncer que la Dame allait les recevoir. Tout se déroulait comme dans une sorte de rêve. Tout avait été si solennel et majestueux, tout était si beau que Prestimion avait de la peine à se convaincre qu’il était simplement venu rendre visite à sa mère. Mais elle était maintenant beaucoup plus que sa mère à lui. Elle était la mère de toute la planète : la mère-déesse, même.

Ils se rendirent au Temple Intérieur en franchissant une fragile passerelle de pierre blanche qui enjambait un étang rempli de poissons dorés aux yeux globuleux pour arriver sur un terrain couvert d’herbe dont chaque brin semblait avoir précisément la même hauteur. À l’extrémité se trouvait une rotonde à toit plat, à la façade dépourvue de tout ornement, faite de la même pierre translucide que la passerelle. Huit ailes courtes équidistantes rayonnaient comme les branches d’une étoile à partir du centre.

— Veuillez entrer, fit la hiérarque en indiquant la rotonde.

La pièce centrale, sans le moindre mobilier, était de forme octogonale, avec des murs de marbre blanc ; une fontaine, octogonale elle aussi, en occupait le centre. La Dame Therissa se tenait près de la fontaine, le visage souriant, les mains tendues.

Prestimion. Varaile.

Brune, gracieuse, la peau lisse, elle paraissait, comme toujours, merveilleusement jeune. D’aucuns prétendaient que c’était le résultat de pratiques de sorcellerie ; Prestimion savait qu’il n’en était rien. Non que la Dame Therissa eût jamais affiché du mépris pour les sorciers ; elle avait longtemps eu un ou deux mages à son service au manoir de Muldemar. Mais ils étaient là pour prédire la qualité de la vendange, non pour jeter des sortilèges qui la protégeraient des ravages de l’âge. Aujourd’hui encore, elle portait une amulette au poignet, un cercle d’or incrusté d’éclats d’émeraude formant une inscription, mais ce bijou aussi, Prestimion en était certain, n’avait rien à voir avec la vanité, il avait la conviction inébranlable que sa mère préservait sa beauté grâce à son rayonnement intérieur et non par la sorcellerie.

Mais son accession à la charge de Dame de l’île lui avait conféré un éclat nouveau, une aura de reine que Prestimion ne lui connaissait pas et qui faisait encore plus ressortir sa beauté. Le diadème d’argent dont elle avait ceint son front l’enveloppait d’une sorte de halo radieux.

Prestimion avait entendu dire que ce diadème d’argent, symbole de la charge de Dame de l’île, transformait inéluctablement celle qui le portait ; il devait en aller ainsi pour la Dame Therissa. C’était à l’évidence le rôle qu’elle avait attendu toute sa vie. Elle avait autrefois été l’épouse du prince de Muldemar, puis, quand le titre avait été transmis à Prestimion, elle était devenue la mère du prince de Muldemar ; aujourd’hui, enfin, un titre lui appartenait en propre, celui de Dame de l’île, l’une des trois Puissances du Royaume. Une haute position à laquelle, Prestimion n’en doutait pas, elle s’était discrètement préparée tout le temps qu’il avait été au Château l’héritier présomptif de la Couronne et qui lui donnait maintenant la possibilité d’accomplir les tâches pour lesquelles elle était faite, même si, pendant de longues années, elle n’en avait rien su.

Elle étreignit d’abord Varaile, la serra longuement, affectueusement dans ses bras, l’appela « ma fille » à plusieurs reprises, lui caressa tendrement la joue. Elle n’avait pas eu de fille et Prestimion était le premier de ses fils à prendre femme.

La grossesse de Varaile ne sembla aucunement l’étonner ; elle en fit aussitôt mention et parla de l’enfant en disant « il », comme s’il ne pouvait y avoir de doute sur son sexe. Prestimion resta un long moment à l’écart tandis que les deux femmes discutaient entre elles.

La Dame se tourna enfin vers lui et l’étreignit à son tour, mais plus rapidement ; cela lui suffit pour sentir à son contact le picotement caractéristique, la force qui la distinguait de tous les autres habitants de Majipoor. Quand elle s’écarta, Prestimion vit que son attitude était différente de ce qu’elle avait été avec Varaile ; son sourire chaleureux s’effaça, l’expression de son regard s’assombrit. Elle allait en venir au véritable but de son invitation.

— Qu’est-il arrivé au monde, Prestimion ? Sais-tu ce que je vois quand je projette mon esprit vers lui ?

Il était certain que cela allait se passer ainsi.

— Tu parles de la folie ?

— La folie, oui. Elle est partout. Où que se porte mon regard, je ne vois que douleur et confusion. Il incombe, tu le sais, à la Dame et à ses acolytes d’aller sur toute la planète vers ceux qui souffrent et de leur apporter le réconfort de doux rêves. Nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir, mais la situation est telle que nous ne pouvons y faire face. Nous œuvrons jour et nuit pour aider ceux qui ont besoin de nous, mais ils se comptent par millions, Prestimion. Par millions. Et leur nombre ne cesse d’augmenter.

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