Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Серия: Majipoor (fr) #6
- Год: 2000
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-08929-4
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]». Краткое содержание книги:
Prestimion a décidé de rendre la paix à la planète géante et d’effacer de toutes les mémoires, avec l’aide de deux mages, le souvenir du conflit atroce et de tous ceux qui ont péri. Seuls deux de ses compagnons d’armes et lui-même en garderont la trace indélébile dans leurs souvenirs.
Mais comment Prestimion pourrait-il exulter de joie durant la cérémonie de son couronnement alors que ce secret lui pèse ? Et comment pourrait-il prendre femme comme le doit un Coronal alors qu’il demeure obsédé par l’image de Thismet ?
Pire, le charme d’oubli a creusé dans les esprits un vide insidieux que vient souvent remplir la folie. La sédition gronde. La violence menace à nouveau de ravager Majipoor.
Prestimion saura-t-il guérir les peuples dont il a la charge, et se sauver lui-même en retrouvant l’amour ?
— Je crois que je distingue d’ici deux des trois niveaux, fit Prestimion, et j’aperçois peut-être le troisième. La large plate-forme qui constitue la base de l’Ile est appelée la Première Falaise. Une forêt en longe le bord, à des centaines de mètres au-dessus du niveau de la mer. Tu vois ? Et ce doit être la Seconde Falaise qui se dresse là-bas, très en retrait de la première. Si tu suis la muraille blanche jusqu’en haut, tu verras une autre ligne de verdure qui sépare, j’imagine, la Seconde Falaise de la suivante. La Troisième Falaise ne commence que plusieurs centaines de kilomètres à l’intérieur des terres. On ne peut la voir d’en bas ; au mieux, on en devine le sommet. C’est là où se trouve le Temple Intérieur, la résidence de la Dame.
— Je suis éblouie, Prestimion. Je savais que l’île était faite de roche blanche, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle brille à ce point ! Irons-nous jusqu’au sommet ?
— Probablement. La Dame descend rarement accueillir son fils ; c’est toujours à lui de monter. La coutume veut que les hiérarques attendent le Coronal au port pour le conduire d’abord au pavillon qui lui est réservé. Il est le représentant du monde de l’action, tu comprends, du bruit et de l’agitation masculine ; il lui faut accomplir des rites de transition avant d’être admis dans le domaine de la contemplation de sa mère. Ce n’est qu’ensuite qu’on le conduit à elle en passant par les différentes terrasses des trois falaises. Tout cela nous mènera au Temple Intérieur, tout à fait au sommet, où ma mère nous recevra.
La muraille blanche des falaises de l’île était si abrupte qu’il n’y avait que deux ports où les navires pouvaient accoster, tous deux difficiles d’accès : Taleis du côté de Zimroel et Numinor où arrivaient les navires en provenance d’Alhanroel. Dans ces deux ports, à des périodes précises de l’année, débarquaient des pèlerins des deux continents, certains venus seulement faire une retraite, passer une ou deux années de méditation et de purification rituelle, d’autres désireux de s’établir dans le royaume de la Dame et de consacrer le reste de leur vie à son service.
Le navire rapide qui avait transporté Prestimion et Varaile d’Alaisor à l’île était trop gros pour entrer dans le port de Numinor. Il jeta l’ancre à une certaine distance en mer et ses passagers furent transbordés sur un ferry dont le pilote connaissait les secrets de l’étroit chenal balayé par des courants violents et cachant de dangereux récifs, qui permettait d’atteindre la côte. Trois femmes âgées, grandes et minces, vêtues identiquement d’une robe dorée bordée de rouge, attendaient sur le quai l’accostage du ferry. C’étaient des hiérarques de l’île, envoyées par la Dame Therissa pour accueillir son fils.
— Nous avons ordre de vous conduire à la maison dite des « Sept Murs », annonça l’aînée des trois.
Prestimion s’y attendait. À son arrivée, le Coronal était traditionnellement logé dans la maison des Sept Murs. C’était une construction trapue de pierre noire posée au sommet de la muraille du port de Numinor et surplombant directement la mer.
— Pourquoi l’appelle-t-on maison des Sept Murs ? demanda Varaile tandis qu’on les conduisait dans leur logement. Elle me semble parfaitement carrée.
— Nul ne le sait, répondit Prestimion. Cette construction est aussi vieille que le Château et une grande partie de son histoire appartient à la légende. On raconte que la Dame Thiin, la mère de lord Stiamot, l’avait fait bâtir pour lui quand il est venu dans l’île à la fin de la Guerre des Métamorphes. D’après la légende, sept guerriers Métamorphes auraient été ensevelis dans ses fondations – des guerriers que la Dame Thiin aurait tués de ses propres mains en défendant l’île contre une armée de Changeformes. Mais les fondations ont été refaites à maintes reprises et personne n’y a jamais trouvé de squelettes de Métamorphes. Selon une autre version, lord Stiamot aurait fait construire une chapelle heptagonale dans la cour du bâtiment, mais on n’en a jamais retrouvé de traces. J’ai aussi entendu dire que ce nom est la traduction dans notre langue d’une antique phrase Changeforme : « l’endroit où les poissons sont dépouillés de leurs écailles ». Il y aurait eu ici un village de pêcheurs Métamorphes à l’époque préhistorique.
— C’est la version que je préfère, fit Varaile.
— Moi aussi.
Certains rites de purification étaient exigés du Coronal avant qu’il puisse poursuivre sa route dans l’île ; il passa ce soir-là plusieurs heures à les accomplir sous la conduite d’une des hiérarques. Il dormit avec Varaile dans une chambre magnifique donnant sur la mer, décorée de tentures d’une facture si ancienne que Prestimion ne put s’empêcher de se demander si lord Stiamot les avait choisies en personne. Il imagina que les fantômes de tous les monarques des siècles écoulés qui avaient dormi dans cette chambre allaient se presser autour de son lit et lui conter des anecdotes sur leur règne ou lui donner des conseils sur la manière de régler les problèmes auxquels il avait à faire face, mais il sombra presque aussitôt dans un profond sommeil peuplé de rêves paisibles. L’île était un lieu de tranquillité et d’harmonie d’où toute anxiété était bannie.
Le lendemain matin, ils commencèrent le trajet qui allait les mener à la Dame. Prestimion et Varaile iraient seuls ; ceux du Château qui les avaient accompagnés attendraient. L’autorisation d’accéder à la Troisième Falaise et au Temple Intérieur n’était pas accordée à ceux qui n’avaient pas accompli les rites d’initiation.
Les hiérarques les conduisirent au terminal d’où partaient les flotteurs dans lesquels ils feraient l’ascension. En levant les yeux vers le sommet de la blanche muraille scintillante de la Première Falaise qui s’élançait vers le ciel pratiquement à la verticale, Prestimion se demanda comment ils allaient pouvoir l’atteindre.
Mais le flotteur s’éleva silencieusement et sans à-coups, effectuant l’ascension sans difficulté ; il se posa au sommet sur son aire d’atterrissage tel un grand gihorna repliant ses ailes. En se retournant, ils virent le port de Numinor comme un modèle réduit en contrebas et les deux digues incurvées de pierre s’avançant dans la mer comme deux bras graciles.
— Nous sommes à la Terrasse de l’Évaluation, par où passent d’abord tous les novices, expliqua une des hiérarques. L’évaluation que l’on fait d’eux décide de leur destin. Un peu plus loin dans les terres se trouve la Terrasse des Commencements où ceux qui seront autorisés à poursuivre leur ascension reçoivent leur formation préliminaire. Au bout d’un certain temps qui se compte en semaines ou en mois, parfois en années, ils accèdent à la Terrasse des Miroirs où ils se trouvent face à eux-mêmes et se préparent pour la suite.
Un flotteur de plus grandes dimensions attendait Prestimion et Varaile. Ils s’éloignèrent rapidement des allées de dalles roses de la Terrasse de l’Évaluation et traversèrent une étendue apparemment sans fin de champs cultivés qui les mena à la Terrasse des Commencements dont l’entrée était indiquée par des pyramides de trois mètres de pierres d’un bleu profond. Ils y virent des novices vaquant à d’obscurs travaux des champs, d’autres rassemblés dans des amphithéâtres de plein air pour y recevoir un enseignement religieux. Mais ils n’avaient pas le temps de s’arrêter ; les distances étaient trop grandes et la masse imposante de la Seconde Falaise était encore très loin.
L’après-midi touchait à sa fin quand ils arrivèrent au pied de la falaise. Ils s’arrêtèrent pour passer la nuit à la Terrasse des Miroirs qui s’étendait juste devant la nouvelle muraille dressée devant eux. De grandes dalles de pierre noire polie étaient disposées verticalement sur toute la surface de la terrasse, si bien que quel que soit l’endroit où se portait le regard, on retrouvait sa propre image, transformée, intensifiée par la mystérieuse lumière. Ils se levèrent au petit matin pour une nouvelle ascension en flotteur.