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La Mythologie dans l'art ancien et moderne

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La Mythologie dans l'art ancien et moderne
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L'art no fait aucune différence entre les Ménades et les Bacchantes, mais un passage d'Euripide montre qu'il y en a une mytiiologiquement. Les Bacchantes sont les femmes tliébaines retirées sur le mont Cilhé-ron, et les Ménades sont les compagnes que Bacchus avait en Asie et qui l'ont suivi en Grèce. Cependant le poète Nonnos qualilie de bacchantes les femmes qui accompagnèrent Bacchus à la conquête de rinde et il fait d'ailleurs un iableau fort piquant de leurs façons d'être.

« Parmi les bacchantes, dit-il, celle-ci a entouré sa tète d'un bandeau de vipères ; celle-là retient ses cheveux sous le lierre parfumé ; l'une fait vibrer dans sa main frénétique un thyrsc armé de fer ; l'autre, plus furieuse encore, laisse tomber de sa tète dégagée de voiles et de bandeaux sa longue chevelure ; et les vents se jouent dans les boucles déployées des deux côtés de ses épaules. Tantôt elles agitent le double

Fig. 500. — Satyres d'un style archaïque (d'après une peinture de vase).

airain des cymbales en secouant sur leurs têtes les anneaux de leurs cheveux ; tantôt, en proie à des accès de rage, elles multiplient sous la paume de leurs mains les roulements des tambourins tendus ; et le bruit des combats gronde répercuté. Les thyrses deviennent des piques ; et Tacier que cache le feuillage est la pointe de cette lance ornée de pampres. Une bacchante, dans son ardeur pour le carnage, rattache sur sa tête les couples des serpents les plus voraces ; une autre place sur sa poitrine l'enveloppe tigrée des léopards, tandis qu'une troisième, se faisant un vêtement de la peau mouchetée des faons montagnards, emprunte ainsi sa robe à un cerf élégant. Celle-ci, portant sur son sein un lionceau arraché à la poitrine velue de sa mère, confie au lait d'une mamelle humaine cet illégitime nourrisson. Celle-là, entourant sa taille virginale des triples anneaux d'un serpent, s'en sertcomme ceinture intérieure, car il vibre sa langue autour d'elle, siffle doucement, et devient le gardien vigilant de la pudeur de la jeune fille, pendant qu'elle som-

incillc livrée aux vapeurs du vin. L'une, dont les talons dégagés de brodequins foulaient dans les montagnes les buissons et les ronces épineuses, monte et se tient sur un arbre hérissé de piquants; l'autre, se glissant par surprise sur le dos d'un chameau aux longues jambes, aiguillonne de la pointe du thyrseson cou recourbé ; puis elle disparaît à demi emportée par ces pieds qui ne voient pas le sentier. L'énorme animal, qu'aucun frein ne dirige, fait mille détours dans sa marche impétueuse, et fra^tpe en glissant la terre qu'il creuse de ses pas jusqu'à ce qu'il se replie et se couche lui-môme sur le sable. Celle-ci, sur les pentes des forets où paissent les bœufs, saisit la peau d'un taureau furieux et indompté ; puis, de ses ongles cruels déchirant le cuir de l'animal, elle le dépouille de son enveloppe toute brute, tandis que celle-là en gonfle de son souffle les entrailles. On apercevait en haut dun pic, privée de voile et de chaussure, une vierge bondissant d'une roche aiguë à l'autre bord des précipices, sans frémir ; et les cailloux pointus de la colline ne laissaient aucune meurtrissure à ses pieds nus. »

Le sculpteur Scopas, qui vivait vers l'an 450 avant notre ère, paraît avoir fixé le type de ces ménadeséchevelées. ^{ Bacchante, représentée en état d'ivresse, portait un chevreuil qu'elle avait égorgé et ses cheveux épars semblaient agités par le vent. Malgré l'expression de sa fureur bachique, elle conservait la souplesse et la grâce d'une femme et le dieu qui l'agitait n'altérait point la beauté de ses traits. « Qui a, disait un poète, enivré cette bacchante? Est-ce Bacchus ou Scopas?— C'est Scopas. — Arrêtez, arrêtez cette statue ! s'écriait un autre, elle va s'enfuir. »

Une épigramme de YAntholojjie grecque fait la critique d'une statue de bacchante qui ne répondait pas assez au caractère que leur attribue ordinairement la mythologie : « Le statuaire a fait cette bacchante pudique, ne sachant pas encore sans doute agiter les cymbales. Avec ses yeux baissés, elle a un air si réservé qu'elle semble dire : « Sortez, et je jouerai des cymbales quand il n'y aura plus personne. »

Les Pans et les Satyres. — Outre les bacchantes, le culte de Bacchus a fourni à 1 art (h'S types associant dans une certaine mesure la forme animale avec la forme humaine : c'est la troupe dansante des pans et des satyres. Nonnos représente les pans comme ayant pris part à la conquête de l'Inde. « Ceux qui, sous leurs grottes natives, portent le nom de Pan leur père, ami des solitudes ; ces pans dont la forme humaine se mêle à la forme d'un bouc velu, prenaient place dans l'armée de Bacchus avec cette apparence empruntée à des têtes cornues : douze égipans vigoureux s'avancent, et tous ils se vantent d'être issus du Pan primitif, le dieu montagnard. » (Nonnos.)

Les satyres participent aussi de l'homme et de la chèvre avec laquelle d'ailleurs ils aiment à folâtrer, comme on le voit sur plusieurs pierres

BACCHUS ET SON CORTEGE.

gravées antiques (fig. 502). Mais la mythologie établit une différence entre les pans et les satyres. Le satyre est d'un ordre plus élevé, parce

Fig. 501. — Satyre faisant danser un enfant (d'après une pierre grîivée antique).

qu'il participe plus de la nature de l'homme et moins de la nature de l'animal. L'animalité est marquée dans les satyres parles oreilles poin-

Fig'. 502. — Satyre (d'après une pierre gravée antique, agate barrée).

lues, mais ils ont souvent des formes charmantes, quoique toujours dépourvues de noblesse. Les jeunes satyres avec leur petit nez camard.

leurs rudiments de cornes, et les loupes qu'ils ont souvent sous le menton comme des chevreaux, ont toujours une expression de gaieté très-caractérisée. Ils se moquent volontiers des pans auxquels ils se sentent supérieurs et leur font mille malices.

Les bergers, couverts de peaux de chèvre, ont pu donner lieu originairement à la forme que les satyres prennent dans la mythologie : l'humeur gaie et bouffonne qu'on leur attribue a fait donner le nom de satyre à des poèmes comiques.

Les pans, les égipans et les faunes diffèrent très-peu des satyres. Toutes ces petites divinités apparaissent dans la mvthologie comme des êtres intermédiaires entre les dieux et les animaux, et leur vie, tout instinctive, participe entièrement de ces derniers, et plus particulièrement du bouc, dont ils ont emprunté les mœurs aussi bien que la forme. Leur rôle mythologique répond donc, dans la vie animale, à celle des héros dans la vie humaine, puisque les héros supérieurs aux autres hommes, quoique subordonnés aux dieux, participent à la fois des deux natures.

Toute cette troupe bondissante, qui accompagne partout Bacchus, est adonnée à l'ivrognerie et passionnée pour la musique. Les satyres dansent en jouant des cymbales, courent après les nymphes, se reposent en faisant entendre avec leur flûte des accords joyeux. La création de ces types appartient à la sculpture ; ce sont de purs caprices. Rien de philosophique n'a donné naissance à leur légende, et ils n'ont d'autre mission que d'égayer le jeune dieu toujours à demi endormi dans les vapeurs du vin.

Les satyres ont, comme tous les suivants de Bacchus, accompagné le dieu dans sa guerre contre les Indiens, mais, d'après ce que JNonnos nous apprend sur leurs habitudes, ils n'ont pas dû être d'une bien grande utilité sur les champs de bataille. « Sans cesse, nous dit le poète dans ses Dionysiaques, la troupe cornue des satyres s'enivre de coupes pleines jusqu'au bord ; toujours menaçants dans le tumulte, toujours fuyants cà la guerre ; lions loin de la mêlée, lièvres dans le combat, habiles danseurs, plus habiles encore à épuiser à longs traits le vin des plus larges amphores. Peu de capitaines parmi eux apprirent, sous les ordres du valeureux Mars, l'art si varié de la guerre, et surent faire manœuvrer les bataillons. Dans l'armée de Bacchus, les uns se revêtaient de peaux de bœuf toutes brutes, les autres se fortifiaient sous les peaux hérissées des lions ; ceux-ci s'entourent de la formidable enveloppe des panthères, ceux-là s'arment des plus longues massues ; tantôt ils passent autour de leurs reins des peaux de cerfs aux bois rameux, et s'en font une ceinture diaprée à l'égal du ciel étoile ; tantôt, sur leurs tempes, autour de leurs fronts, s'allongent les pointes aiguës de leurs cornes ; de rares cheveux croissent sur k^ur tête raboteuse et viennent

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