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La Grande Quête

Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:

À peine arrivé à la forteresse de Fal Dara, le jeune Rand n’a déjà qu’une idée en tête : fuir les noirs secrets qu’il a appris sur lui-même.
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
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Rand acquiesça. Tam lui avait dit que les Trollocs étaient paresseux par nature. À part quand il s’agissait de tuer, ils étaient partisans du moindre effort, sauf quand la peur les contraignait à se remuer.

Le jeune homme se tourna vers le camp.

Rien n’avait bougé. Aucun rayon de lune ne frappait plus le coffre, mais Rand avait enregistré sa position. Dans sa tête, sous la lueur du saidin, il voyait encore les petits points d’or et d’argent – avec l’unique étincelle d’un rubis pour mieux le motiver. Le Cor de Valère et la dague qui sauverait Mat étaient enfin retrouvés.

L’image mentale de Selene se superposait parfois à celle du coffre. L’option la plus raisonnable était de suivre les Suppôts de Fain le lendemain, en attendant l’arrivée d’Ingtar et de ses hommes. À supposer que l’officier n’ait pas abandonné sa quête…

Non, il ne fallait pas laisser passer une occasion pareille ! La gloire était à portée de main… et Selene attendait son héros non loin de là.

Après avoir fait signe à Loial de l’imiter, Rand se laissa tomber sur le sol et entreprit de ramper jusqu’au coffre. L’Ogier émit ce qui devait être une protestation étouffée, mais le jeune homme n’envisagea pas une seconde de lui accorder une once d’attention.

Des suppôts dormaient sur sa gauche et des Trollocs sur sa droite. Mais, un jour, il avait vu Tam approcher assez d’un cerf pour lui poser les mains sur les flancs avant qu’il ait eu le temps de bondir. Comme pour bien d’autres choses, Rand s’était efforcé d’apprendre tout ce que Tam voulait bien lui transmettre.

Mais là, tu deviens fou à lier !

Encore une fois, cette pensée ne sembla pas appartenir à Rand, mais à un étranger qu’il ne portait pas dans son cœur.

Se glissant sans un bruit jusqu’au coffre – enfin, jusqu’à l’endroit où il était sûr de le trouver –, Rand tendit un bras et passa le bout des doigts sur des ornements en relief qu’il reconnut aussitôt. C’était bien l’étui qui contenait le précieux instrument. Et, en continuant son exploration, Rand sentit contre sa peau le contact d’une pointe acérée. Celle de la dague, qui ne reposait pas dans son fourreau.

Se souvenant du mal qu’avait contracté Mat, Rand recula d’un bond et sa réaction violente troubla un instant la quiétude du vide.

L’homme qui dormait près du coffre, tous les autres en étant très loin, marmonna dans son sommeil et tira sur ses couvertures.

Rand permit au vide de chasser les mauvaises pensées et la peur. Sans cesser de murmurer, mais plus paisiblement, le dormeur sembla se calmer.

Rand reposa sa main près de la dague, sans pour autant la toucher. Au début, l’arme n’avait pas nui à Mat. Pas de manière visible, en tout cas. Et pas très rapidement non plus. La prenant entre le pouce et l’index, il souleva l’arme, la glissa à la hâte dans sa ceinture et la lâcha comme si limiter au maximum le contact avec sa peau nue pouvait être une garantie.

Et si c’était le cas pour de bon ? Sans la dague, Mat était condamné, et Rand la sentait, à sa ceinture, assez lourde pour être une présence oppressante et douloureuse. Mais grâce au vide, et à la distorsion des perceptions, le malaise se dissipa vite.

Rand regarda brièvement l’ombre du coffre. Le Cor devait être dedans, mais il ne savait pas comment l’ouvrir – pour vérifier – et il était incapable de soulever cette masse du sol. Cherchant Loial du regard, le jeune homme vit qu’il était accroupi près de lui, tournant la tête régulièrement pour surveiller d’un côté les Suppôts endormis et de l’autre les Trollocs tout aussi inconscients.

Même en pleine nuit, on voyait bien que les yeux de Loial méritaient d’être comparés à des assiettes, pas à des soucoupes. Y compris quand il ne les écarquillait pas, au contraire de la minute présente.

Rand prit le poignet de son compagnon.

L’Ogier sursauta et faillit crier. Plaquant un index sur ses lèvres, Rand guida la main de son ami jusqu’au coffre, puis il fit dans le vide le geste de soulever quelque chose. Pendant une fraction de seconde qui sembla durer une éternité, dans de telles circonstances, l’Ogier parut ne pas avoir compris. Puis il entoura le coffre de ses bras puissants et se redressa sans paraître fournir un très gros effort.

Encore plus attentif qu’à l’aller, Rand emboîta le pas à son ami. Les deux mains sur la poignée de son épée, il observa les Suppôts et les Trollocs endormis. Peu à peu, tous ces monticules se fondirent dans les ténèbres.

Encore un petit effort, et nous aurons réussi !

À cet instant, le type qui dormait près du coffre se leva d’un bond en beuglant :

— Debout, vermine ! On nous l’a volé ! Vous entendez, bande d’imbéciles ?

Même dans son cocon, Rand reconnut la voix de Fain.

Partout dans le camp, des Suppôts et des Trollocs émergèrent du sommeil et voulurent savoir ce qui se passait.

Fain laissa exploser sa rage :

— Je sais que c’est toi, al’Thor ! Tu te caches dans les jupes de la nuit, mais je sens ta présence ! Trouvez-le ! Trouvez-le !

Les humains et les monstres se déployèrent dans toutes les directions.

Toujours dans son cocon, Rand continua d’avancer. Alors qu’il l’avait presque oublié depuis qu’il était entré dans le camp, le saidin l’appelait, plus séducteur que jamais.

— Il ne peut pas nous voir, souffla Loial. Dès que nous aurons rejoint les chevaux…

Un Trolloc à bec d’aigle se campa soudain devant les fugitifs, son épée incurvée fendant déjà l’air devant eux.

Rand réagit d’instinct, ne faisant plus qu’un avec son arme. La Danse du Chat sur un Mur…

Le Trolloc s’écroula en hurlant, mais il mourut avant d’avoir touché le sol.

— Cours, Loial ! s’écria Rand. Cours !

Alors que le saidin l’appelait de plus en plus fort, il eut vaguement conscience que l’Ogier s’élançait au pas de course. Un Trolloc se matérialisa derrière lui, sa hache de guerre déjà levée. Se laissant toujours guider par son instinct, Rand attaqua le monstre au museau et aux défenses de sanglier.

Il fallait que l’Ogier rapporte le Cor en sécurité !

Plus grand et plus large que Rand, le Trolloc abattit son arme comme s’il s’attendait à éliminer en un clin d’œil le moucheron qui s’en prenait à lui.

La Courtisane qui Agite son Éventail…

Cette fois, le monstre n’eut même pas le temps de crier. Marchant à reculons, Rand couvrit la retraite de Loial. En lui, le saidin chantait une mélopée lancinante.

Le Pouvoir carboniserait Fain et sa bande de Suppôts et de monstres… Non, non !

L’un à gueule de loup et l’autre à tête de bélier, deux nouveaux Trollocs passèrent à l’attaque.

Le Lézard dans le Prunellier.

Rand se releva souplement alors que sa deuxième victime – le bélier – basculait en avant, ses cornes lui frôlant l’épaule. À chaque nouveau triomphe, la chanson du saidin se faisait plus insistante, comme si elle espérait le manipuler en tirant sur les milliers de fils de soie qui les liaient l’un à l’autre.

Carbonise-les tous avec le Pouvoir de l’Unique !

Non, non ! Plutôt mourir que revivre cette épreuve. Si je n’étais déjà plus de ce monde, j’aurais la paix depuis des jours…

Trois ou quatre Trollocs couraient dans la nuit, cherchant à l’évidence une cible. L’un d’eux repéra Rand, poussa un cri de guerre et chargea. Après une brève hésitation, ses camarades lui emboîtèrent le pas.

— Finissons-en ! cria Rand.

Il contre-attaqua à la vitesse de l’éclair. Surpris, les monstres ralentirent le pas, puis ils chargèrent de plus belle en hurlant. Au rythme de la musique du saidin, Rand dansa avec eux un ballet de mort.

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