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Le bûcher d'un roi

Электронная книга - «Le bûcher d'un roi». Краткое содержание книги:

Le destin des Sept Royaumes est sur le point de basculer. A l’Est, Daenerys, dernière descendante de la Maison Targaryen, secondée par ses terrifiants dragons arrivés à maturité, règne sur une cité de mort et de poussière, entourée d’ennemis. Mais alors que certains voudraient la voir passer de vie à trépas, d’autres entendent rallier sa cause, tel Tyrion Lannister, le Lutin, dont la tête vaut de l’or depuis qu’il s’est rendu coupable du meurtre de son père, Tywin. Au Nord, où se dresse l’immense Mur de glace et de pierre qui garde la frontière septentrionale des Royaumes, Jon Snow, le bâtard de feu Eddard Stark, a été élu 998e Commandant en chef de la Garde de Nuit, mais ses adversaires se dissimulent des deux côtés du Mur, y compris parmi les troupes de Stannis Baratheon qui ont élu domicile dans ces contrées glacées…
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— Non, coupa Ysilla. Reste à l’écart. Ne touche aucune autre nourriture que celle que tu manges. »

Le nain leva ses deux mains. « À tes ordres. »

Yandry laissa lourdement tomber le fût de vin sur le pont. « Où est Griff ? demanda-t-il à Haldon.

— Il dort.

— Alors, éveille-le. Nous avons des nouvelles qu’il devrait entendre. Le nom de la reine court sur toutes les lèvres, à Selhorys. On dit qu’elle trône toujours à Meereen, en grave péril. S’il faut croire les ragots du marché, l’Antique Volantis ne tardera plus à se joindre à la guerre contre elle. »

Haldon eut une moue. « On ne peut guère se fier à des commérages de poissonnières. Toutefois, Griff voudra entendre ça, je suppose. Vous savez comment il est. » Le Demi-Mestre descendit sous le pont.

La fille n’a jamais pris la route pour l’ouest. Sans doute avait-elle de bonnes raisons. Entre Meereen et Volantis s’étendaient cinq cents lieues de déserts, de montagnes, de marécages et de ruines, en sus de Mantarys et de sa sinistre réputation. Une cité de monstres, à ce qu’on dit, mais si Daenerys prend la voie de terre, où pourrait-elle s’adresser pour obtenir de l’eau et des vivres, sinon ? La voie de mer serait plus rapide, mais si elle ne possède pas de vaisseaux…

Le temps que Griff paraisse sur le pont, le brochet crachotait et crépitait au-dessus du brasero tandis qu’Ysilla le surplombait, un citron en main qu’elle pressait. L’épée-louée portait sa cotte de mailles et sa cape en peau de loup, des gants de cuir doux, des chausses de laine sombre. S’il fut surpris de voir Tyrion debout, il n’en laissa rien paraître, au-delà de sa moue coutumière. Il entraîna Yandry à la barre, où ils discutèrent à voix basse, trop doucement pour que le nain puisse entendre.

Finalement, Griff fit signe à Haldon. « Nous avons besoin de savoir si ces rumeurs sont vraies. Rends-toi à terre et apprends tout ce que tu pourras. Qavo saura, si tu arrives à le trouver. Essaie L’Homme du Fleuve et La Tortue Peinte. Tu connais ses autres repaires.

— Certes. Je vais prendre le nain avec moi, par la même occasion. Quatre oreilles valent mieux que deux. Et tu connais Qavo, avec le cyvosse.

— Comme tu voudras. Reviens avant le lever du soleil. Si, pour la moindre raison, vous êtes retardés, rendez-vous à La Compagnie Dorée. »

Voilà qui est parlé en lord. Tyrion garda sa réflexion pour lui.

Haldon revêtit un manteau à cagoule, et Tyrion se dépouilla de sa défroque bipartie improvisée en faveur de ternes vêtements gris. Griff leur alloua à chacun une bourse d’argent tirée des coffres d’Illyrio. « Afin de délier les langues. »

Le crépuscule cédait la place aux ténèbres quand ils remontèrent le front de fleuve. Certains des vaisseaux qu’ils longèrent paraissaient désertés, leurs passerelles relevées. D’autres grouillaient d’hommes armés qui attachèrent sur eux des regards soupçonneux. Sous les remparts de la cité, on avait allumé au-dessus des étals des lanternes en parchemin, qui jetaient des flaques de lumière colorée sur les pavés du chemin. Tyrion regarda le visage d’Haldon devenir vert, rouge, puis mauve. Sous la cacophonie de langues étrangères, il perçut une curieuse musique qui jouait quelque part en avant, un air de flûte aigrelet accompagné de tambours. Un chien aboyait, aussi, derrière eux.

Et les putains étaient de sortie. Fleuve ou mer, un port restait un port, et partout où l’on trouvait des matelots, on trouvait des catins. Est-ce d’ici que voulait parler mon père ? Est-ce ici que vont les putes, à la mer ?

Les putains de Port-Lannis et de Port-Réal étaient des femmes libres. Leurs sœurs de Selhorys étaient esclaves, leur sujétion marquée par des larmes tatouées sous l’œil droit. Vieilles comme le péché, et deux fois plus laides, toutes autant qu’elles sont. Il y aurait presque de quoi dégoûter un homme des gueuses. Tyrion sentit leurs yeux fixés sur eux tandis qu’il passait en se dandinant, et les entendit chuchoter entre elles et pouffer derrière leurs mains. À croire qu’elles n’ont jamais vu de nain.

Un peloton de lanciers volantains montait la garde à la porte du fleuve. La lueur des torches luisait sur les griffes d’acier qui saillaient de leurs gantelets. Leurs heaumes représentaient des masques de tigres, les visages au-dessous striés de zébrures vertes tatouées sur les deux joues. Les esclaves soldats de Volantis ressentaient une fierté farouche vis-à-vis de leurs rayures de tigres, Tyrion le savait. Souhaiteraient-ils être libres ? se demanda-t-il. Que feraient-ils si cette reine enfant leur accordait la liberté ? Que sont-ils, sinon des tigres ? Que suis-je, sinon un lion ?

Un des tigres aperçut le nain et dit quelque chose qui fit rire les autres. Comme Haldon et Tyrion arrivaient à la porte, le tigre retira son gantelet griffu et la mitaine trempée de sueur au-dessous, noua un bras autour du cou du nain et lui frictionna l’occiput avec rudesse. Tyrion en fut trop désarçonné pour opposer la moindre résistance. Le temps d’un battement de cœur, tout fut fini. « Il avait une raison précise de faire ça ? demanda-t-il au Demi-Mestre.

— Il prétend que frotter le crâne d’un nain porte chance », déclara Haldon, après avoir échangé quelques mots avec le garde dans sa langue maternelle.

Tyrion se força à sourire à l’homme. « Dis-lui que sucer la queue d’un nain porte encore plus bonheur.

— Il vaudrait mieux éviter. Les tigres ont la réputation d’avoir des crocs pointus. »

Un autre garde leur fit signe de passer la porte, agitant avec impatience une torche à leur intention. Haldon Demi-Mestre entra le premier dans Selhorys proprement dite, Tyrion se dandinant avec méfiance sur ses talons.

Une grande place s’ouvrait devant eux. Même à cette heure tardive, elle était encombrée, bruyante, éblouissante de lumières. Des lanternes se balançaient à des chaînes de fer au-dessus de l’entrée des auberges et des maisons de plaisir, mais, une fois passé les portes, elles étaient faites de verre coloré et non de parchemin. À leur droite, un feu de nuit brûlait devant un temple de pierre rouge. Un prêtre aux robes écarlates, debout sur le balcon du temple, haranguait la petite foule qui s’était assemblée autour des flammes. Ailleurs, des voyageurs assis jouaient au cyvosse devant une auberge, des soldats ivres entraient et sortaient de ce qui était de toute évidence un bordel, une femme rossait un mulet devant une écurie. Une carriole à deux roues les croisa avec fracas, tirée par un éléphant blanc nain. C’est un autre monde, songea Tyrion, mais pas si différent de celui que je connais.

La place était dominée par la statue en marbre blanc d’un homme décapité en armure d’une ornementation impossible, chevauchant un destrier caparaçonné à l’identique. « Qui est-ce que ça peut bien être ? se demanda Tyrion.

— Le triarque Horonno. Un héros volantain du Siècle de Sang. Il a été réélu triarque chaque année, pendant quarante ans, jusqu’à ce qu’il se lasse des élections et se proclame triarque à vie. Les Volantains n’ont pas goûté la plaisanterie. Il a été mis à mort peu après. Attaché entre deux éléphants et déchiré en deux.

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