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Le bûcher d'un roi

Электронная книга - «Le bûcher d'un roi». Краткое содержание книги:

Le destin des Sept Royaumes est sur le point de basculer. A l’Est, Daenerys, dernière descendante de la Maison Targaryen, secondée par ses terrifiants dragons arrivés à maturité, règne sur une cité de mort et de poussière, entourée d’ennemis. Mais alors que certains voudraient la voir passer de vie à trépas, d’autres entendent rallier sa cause, tel Tyrion Lannister, le Lutin, dont la tête vaut de l’or depuis qu’il s’est rendu coupable du meurtre de son père, Tywin. Au Nord, où se dresse l’immense Mur de glace et de pierre qui garde la frontière septentrionale des Royaumes, Jon Snow, le bâtard de feu Eddard Stark, a été élu 998e Commandant en chef de la Garde de Nuit, mais ses adversaires se dissimulent des deux côtés du Mur, y compris parmi les troupes de Stannis Baratheon qui ont élu domicile dans ces contrées glacées…
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Oh, excellent, songea Tyrion. Si elle m’offre son corps, elle peut bien prendre mon âme, toute maigrichonne et contrefaite quelle soit.

« On dit, commenta Haldon. Par on, tu veux dire les esclavagistes, les exilés qu’elle a chassés d’Astapor et de Meereen. De simples calomnies.

— Les meilleures calomnies sont épicées de vérité, suggéra Qavo, mais on ne peut point nier le véritable péché de cette fille. Cette arrogante enfant s’est donné pour tâche de briser les reins au négoce des esclaves, mais jamais ce trafic ne s’est borné à la baie des Serfs. Il s’imbriquait à l’océan de commerce qui baigne le monde, et la reine dragon a brouillé les eaux. Derrière le Mur noir, des seigneurs d’anciennes lignées dorment mal, en écoutant les esclaves aux cuisines affûter leurs longs coutelas. Ce sont des esclaves qui cultivent notre nourriture, des esclaves qui nettoient nos rues, des esclaves qui instruisent nos jeunes. Ils gardent nos murs, meuvent nos galères, livrent nos batailles. Et maintenant, lorsqu’ils regardent vers l’est, ils voient briller au loin cette jeune reine, cette briseuse de fers. L’Ancien Sang ne saurait le souffrir. Les pauvres aussi la haïssent. Même le plus vil des mendiants se place plus haut qu’un esclave. Cette reine dragon voudrait le départir de cette consolation. »

Tyrion avança ses lanciers. Qavo répliqua avec sa cavalerie légère. Tyrion déplaça ses arbalétriers d’une case et dit : « Le prêtre rouge au-dehors semble d’avis que Volantis devrait combattre pour cette reine d’argent, et non contre elle.

— Les prêtres rouges seraient bien avisés de tenir leur langue, lui répliqua Qavo Nogarys. Déjà, des rixes ont éclaté entre leurs fidèles et ceux qui adorent d’autres dieux. Les vagissements de Benerro n’arriveront qu’à attirer sur sa tête un sauvage courroux.

— Quels vagissements ? » s’enquit le nain, en tripotant sa piétaille.

Le Volantain agita la main. « À Volantis, des milliers d’esclaves et d’affranchis encombrent chaque soir la place du temple pour écouter Benerro bramer des histoires d’étoiles de sang et d’une épée de feu qui purgera le monde. Il prêche qu’assurément Volantis brûlera si les triarques prennent les armes contre la reine d’argent.

— Voilà une prophétie dont je serais moi-même capable. Ah, le dîner. »

Le dîner consistait en une assiette de rôti de chèvre servi sur un lit de tranches d’oignons. La viande était épicée et odorante, brûlée au-dehors, rouge et juteuse à l’intérieur. Tyrion en piocha un morceau. Il était si chaud que le nain se brûla les doigts, mais si bon qu’il ne put se retenir d’en saisir un nouveau. Il l’arrosa avec l’alcool volantain vert pâle, le plus proche équivalent de vin qu’il ait bu depuis des éternités. « Excellent, dit-il en soulevant son dragon. La plus puissante pièce du jeu, annonça-t-il en éliminant un des éléphants de Qavo. Et Daenerys Targaryen en possède trois, à ce qu’on raconte.

— Trois, reconnut Qavo, face à trois fois trois mille ennemis. Grazdan mo Eraz n’a pas été le seul émissaire dépêché par la Cité Jaune. Lorsque les Judicieux feront mouvement contre Meereen, les légions de la Nouvelle-Ghis combattront à leurs côtés. Les Tolosiens. Les Élyréens. Même les Dothrakis.

— Vous-mêmes, vous avez des Dothrakis à vos portes, fit observer Haldon.

— Le khal Pono. » Qavo agita avec dédain sa main pâle. « Les seigneurs du cheval s’en viennent, nous leur offrons des présents, les seigneurs du cheval s’en vont. » Il déplaça de nouveau sa catapulte, referma la main sur le dragon d’albâtre de Tyrion, le retira du plateau.

La suite fut un massacre, même si le nain résista encore une douzaine de coups. « Voici venu le temps des larmes amères, déclara enfin Qavo en récoltant la pile d’argent. Une autre partie ?

— Pas la peine, répondit Haldon. Mon nain a reçu sa leçon d’humilité. Je crois qu’il vaut mieux que nous regagnions notre bateau. »

Dehors, sur la place, le fanal de nuit brûlait encore, mais le prêtre était parti et la foule s’était depuis longtemps dispersée. La lueur des chandelles brillait aux fenêtres du bordel. De l’intérieur filtraient des rires de femmes. « Il est encore tôt, observa Tyrion. Qavo ne nous a peut-être pas tout dit. Et les ribaudes entendent tant et plus des hommes qu’elles servent.

— As-tu tellement besoin d’une femme, Yollo ?

— On se lasse de n’avoir d’autres maîtresses que ses phalanges. » C’est peut-être à Selhorys que vont les putes. Tysha pourrait se trouver là-dedans en ce moment même, avec des larmes tatouées sur sa joue. « J’ai failli me noyer. Un homme a besoin d’une femme, après ça. D’ailleurs, j’ai besoin de vérifier que ma queue ne s’est pas muée en pierre. »

Le Demi-Mestre s’esclaffa. « Je vais t’attendre à la taverne près de la porte. Ne traîne pas trop à ton affaire.

— Oh, sur ce compte, ne crains rien. La plupart des femmes préfèrent en terminer avec moi aussi vite que possible. »

Le bordel était modeste, comparé à ceux qu’avait fréquentés le nain à Port-Lannis et Port-Réal. Le propriétaire ne semblait parler aucune autre langue que celle de Volantis, mais il comprit fort bien le tintement de l’argent et conduisit Tyrion par une porte voûtée dans une longue pièce qui sentait l’encens, où quatre esclaves qui s’ennuyaient étaient affalées à divers stades de nudité. Deux avaient vu passer au moins quarante anniversaires, supputa-t-il ; la plus jeune devait avoir quinze ou seize ans. Aucune n’était aussi hideuse que les catins qu’il avait vues racoler sur les quais, mais elles se situaient bien en deçà de la beauté. L’une d’elles était visiblement enceinte. Une autre, simplement grosse, portait des anneaux de fer à ses deux tétons. Toutes les quatre arboraient des larmes tatouées sous un œil.

« Vous avez une fille qui parle la langue de Westeros ? » demanda Tyrion. Le tenancier plissa les yeux, sans comprendre, aussi Tyrion répéta-t-il sa question en haut valyrien. Cette fois, l’homme sembla saisir deux ou trois mots et il répondit en volantain. « Fille soleil couchant » fut tout ce que le nain put entendre de sa réponse. Il supposa qu’il était question d’une fille des Royaumes du Couchant.

Il n’y en avait qu’une seule dans l’établissement, et ce n’était pas Tysha. Elle avait les joues semées de taches de rousseur et une chevelure drue, rouge et frisée, qui promettaient des seins couverts de son et une toison rousse entre les jambes. « Elle fera l’affaire, décida Tyrion, et je vais prendre un pichet, en plus. Du vin rouge pour aller avec de la chair rouge. » La ribaude fixait son visage dépourvu de nez avec de la révulsion aux yeux. « Ma vue te choque-t-elle, ma douceur ? Je suis une créature choquante, comme mon père aurait plaisir à te le confirmer s’il n’était pas mort et en voie de décomposition. »

Bien qu’elle parût ouestrienne, la fille ne parlait pas un mot de la Langue Commune. Peut-être a-t-elle été capturée par des esclavagistes quand elle était enfant. Elle avait une petite chambre, mais on y trouvait un tapis myrien sur le plancher et un matelas bourré de plumes en lieu de paille. J’ai connu pire. « Veux-tu me donner ton nom ? » demanda-t-il en acceptant la coupe de vin qu’elle lui versait. « Non ? » Le vin, fort et aigre, n’avait nul besoin de traduction. « Je suppose que je me contenterai de ton connin. » Il s’essuya la bouche du revers de la main. « As-tu déjà couché avec un monstre ? Voilà l’occasion arrivée. Allez, ôte ces vêtements et passe sur le dos, s’il te plaît. Ou même s’il ne te plaît pas. »

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