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Le clan de l'ours des cavernes

Электронная книга - «Le clan de l'ours des cavernes». Краткое содержание книги:

Il y a 35.000 ans, la terre se réchauffe lentement, alors que l’homme se dégage peu à peu de la bête, maîtrise l’outil et le feu. Une fillette de 5 ans, nommée Ayla, échappe à un tremblement de terre. Elle se réfugie auprès d’un clan étranger qui l’adopte.
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Au signal de Brun, tout le monde se remit en route. En passant près de l’arbre contre lequel l’ours s’était frotté, Creb s’arrêta pour recueillir une touffe de poils accrochés à l’écorce. Il les enveloppa soigneusement dans une feuille qu’il fourra dans l’un des plis de sa fourrure. Le poil d’un ours des cavernes vivant avait un grand pouvoir magique.

Les hauts conifères des contreforts cédèrent la place à une végétation plus rase et plus robuste à mesure qu’ils approchaient des sommets scintillants contemplés depuis les plaines. Des bouleaux firent leur apparition, ainsi que des genévriers et des azalées dont les fleurs roses venaient à peine d’éclore, parsemant le vert tendre des herbages de pimpantes taches de couleur. Une multitude de fleurs sauvages ajoutaient leurs teintes à cette palette chatoyante : l’orange tacheté des lis tigrés, le mauve et le rose des ancolies, le violet des vesces, le bleu lavande des iris, l’azur des gentianes.

Ils aperçurent quelques chamois et des mouflons aux cornes épaisses. Ils parvinrent bientôt à un sentier témoignant de passages fréquents. Le clan qui recevait devait accomplir un long chemin avant d’atteindre les plaines et leurs troupeaux de ruminants. Mais la proximité bénéfique des ours des cavernes compensait cet inconvénient, en même temps qu’il incitait les chasseurs à se rabattre sur le gibier fréquentant les forêts.

Tous ceux qui avaient couru au-devant des nouveaux venus s’arrêtèrent net en voyant Ayla. Tandis que le clan avançait en file indienne en direction de la caverne, Ayla en tête des femmes, les commentaires allaient bon train. Creb avait eu beau la prévenir, la jeune femme ne s’était pas attendue à provoquer un tel émoi, ni à se trouver en présence d’une telle multitude : plus de deux cents personnes s’étaient attroupées pour considérer l’étrangère et Ayla n’avait jamais vu tant de monde réuni.

Le clan s’arrêta près d’une immense cage aux épais montants de bois profondément enfoncés en terre, à l’intérieur de laquelle un ours gigantesque, encore plus grand que celui rencontré en route, se balançait paresseusement d’un pied sur l’autre. Le petit clan qui recevait avait dû déployer des trésors de dévotion pour nourrir aussi longtemps l’énorme animal, et des dons apportés par les autres clans ne pourraient jamais compenser le sacrifice qu’il avait consenti. Mais il n’était pas de clan qui n’attendît impatiemment son tour d’offrir l’hospitalité afin de recueillir la protection des esprits.

Uba, vivement impressionnée par la bête et tous ces gens, se rapprocha d’Ayla, tandis que le chef et le sorcier du clan-hôte s’avançaient vers eux avec des gestes d’accueil, avant de se tourner vers Brun d’un air courroucé.

— Pourquoi as-tu amené cette femme à notre Rassemblement, Brun ? demanda le chef.

— Elle fait partie de notre clan, Norg, et c’est une guérisseuse de la lignée d’Iza, répliqua Brun en s’efforçant de conserver son calme, alors que s’élevait un murmure de stupéfaction dans l’assistance.

— C’est impossible ! rétorqua le mog-ur. Comment peut-elle faire partie de ton clan ? Elle est née chez les Autres !

— Elle fait partie du clan, répéta Mog-ur sur un ton aussi assuré que celui de Brun, en fixant d’un regard glacé le chef du clan-hôte. Douterais-tu de ma parole, Norg ?

Norg, mal à l’aise, consulta d’un regard son sorcier, mais celui-ci, aussi désarçonné que lui, ne lui fut d’aucun secours.

— Norg, nous avons fait un long voyage et nous sommes fatigués, dit Brun. Ce n’est vraiment pas le moment d’aborder le sujet. Nous refuserais-tu l’hospitalité de ta caverne ?

L’atmosphère était tendue. Norg réfléchissait. S’il refusait son hospitalité, ses visiteurs n’auraient plus qu’à entreprendre un long voyage de retour. Ce serait un manquement grave aux lois ancestrales. Mais s’il laissait Ayla pénétrer dans la caverne, cela reviendrait à la reconnaître en tant que femme du Clan. La mise en demeure de Brun obligeait Norg à se prononcer sur-le-champ. Les regards de Norg passèrent de son mog-ur à celui qui était le plus puissant d’entre les mog-ur, puis au chef du premier des clans. Que lui restait-il à faire du moment que Mog-ur avait parlé ?

Norg fit signe à sa compagne de montrer au clan l’emplacement qui lui avait été réservé dans la caverne, puis entra à la suite de Brun et de Mog-ur, bien décidé à éclaircir le mystère de l’étrangère une fois tout le monde installé.

Au premier abord, la caverne de Norg leur parut plus petite que la leur, mais en pénétrant plus avant, ils découvrirent qu’elle se composait d’une série de grottes et de galeries qui s’enfonçaient sous la montagne. Il y avait assez de place pour héberger tous les clans, mais Brun et ses compagnons furent conduits dans une vaste alvéole située non loin de l’entrée de la caverne, bénéficiant ainsi de la lumière du jour. Leur rang élevé leur avait valu cet emplacement de faveur.

Le Peuple du Clan n’avait pas de grand chef à proprement parler, mais il n’en existait pas moins une hiérarchie entre les clans, et le chef du premier clan devenait de fait celui de tous. Il n’en tirait pas cependant une autorité absolue. De ce point de vue, les clans restaient autonomes, commandés par des hommes au caractère indépendant, peu enclins à se plier à une autorité supérieure, hormis dans le domaine des rites de la magie. La position de chaque clan dans la hiérarchie était décidée tous les sept ans lors du grand Rassemblement.

Outre les cérémonies, les compétitions constituaient une activité importante pour les clans. Elles les opposaient dans un cadre strict, leur évitant ainsi de s’affronter hors les lois régissant leur peuple. Elles leur permettaient également de se départager et de déterminer leurs rangs. Les hommes s’affrontaient alors en des tournois de lutte, de fronde, de bolas, de course à pied, de course à la lance, de fabrication d’outils, de danse, de déclamation de contes et de subtiles pantomimes retraçant des chasses particulièrement remarquables.

Quant aux femmes, si leurs joutes avaient moins de poids aux yeux des hommes, elles participaient néanmoins à la fête. Elles disposaient à la vue de tous les dons apportés au clan-hôte, fières de l’étalage de leur artisanat, de la beauté de leurs fourrures, de leurs ustensiles finement travaillés, astucieusement tressés, qui faisaient l’objet d’examens critiques et passionnés de la part des autres femmes.

La position relative au sein de chaque clan de la guérisseuse et du mog-ur entrait pour une large part dans la définition du statut final. Ainsi Iza et Creb avaient contribué d’une manière décisive à faire du clan de Brun le premier de tous. Mais le facteur capital résidait dans la capacité du chef à diriger son clan, les critères d’évaluation de cette capacité étant des plus subtils.

Ils reposaient d’une part sur les résultats des joutes, qui témoignaient de la façon dont le chef s’était révélé capable d’entraîner ses hommes et de les stimuler, et d’autre part, sur la manière dont les femmes travaillaient et se conduisaient, preuve de sa fermeté. Le respect de la tradition entrait également en ligne de compte ainsi que la force de caractère du chef. Brun savait que cette fois-ci la lutte serait serrée. La présence d’Ayla constituait déjà un sérieux désavantage.

Le Rassemblement du Clan était aussi l’occasion de renouer de vieilles connaissances, et d’engranger suffisamment d’histoires et de commérages pour plusieurs hivers. Les jeunes gens incapables de trouver des compagnes dans leur propre clan en profitaient pour faire de nouvelles rencontres. Les unions n’étaient scellées qu’à la condition que le chef du clan auquel appartenait l’homme accepte la femme. Pour celle-ci, c’était un honneur que d’être choisie par un homme d’un clan de rang supérieur.

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