Le clan de l'ours des cavernes
- Автор: Ауэл Джин М.
- Серия: Les enfants de la Terre #1
- Год: 2002
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-258-05932-1
- Переводчик: Philippe Rouard
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Le clan de l'ours des cavernes». Краткое содержание книги:
— Que se passe-t-il ? s’inquiéta la femme en se hâtant avec peine. Il s’est encore étouffé ?
— Mais non, il n’a rien. Regarde ! dit fièrement Ayla quand elles arrivèrent au foyer de Creb. Il tient sa tête droite !
Couché sur le ventre, le nourrisson levait vers les deux femmes de grands yeux qui commençaient à prendre le ton marron foncé des hommes du Clan. Sa tête oscilla quelques instants avant que, lassé par l’effort, il ne la laisse retomber sur la fourrure. Inconscient de l’émoi que venaient de provoquer ses beaux efforts, il fourra son poing dans sa bouche et se mit à le sucer bruyamment.
— S’il arrive à faire ça maintenant, il la tiendra parfaitement droite quand il sera plus grand, dit Ayla.
— Ne te berce pas trop d’illusions, recommanda Iza. Mais c’est bon signe, néanmoins.
Mog-ur entra dans la caverne, le regard absent, perdu dans ses pensées.
— Creb ! s’écria Ayla en courant à sa rencontre. Durc tient sa tête tout seul, n’est-ce pas vrai, Iza ?
La guérisseuse acquiesça d’un hochement de tête.
— Hum ! fit le sorcier. Si c’est le cas, alors je crois qu’il est temps.
— Temps de quoi faire ?
— Eh bien, de célébrer les rites totémiques. Il est encore un peu jeune mais son totem s’est fait connaître à moi. Inutile d’attendre davantage. D’ici peu, nous serons occupés à organiser le départ et il vaut mieux que son totem possède une demeure avant qu’il entreprenne le voyage. Sinon, cela pourrait porter malheur à l’enfant. Euh... Iza, ajouta-t-il à l’adresse de la guérisseuse, à présent que je pense au Rassemblement, te reste-t-il suffisamment de racines pour la cérémonie ? Je ne sais pas encore combien de clans seront présents, mais assure-toi d’en avoir en quantité.
— Je n’irai pas au Rassemblement du Clan, Creb, annonça Iza, dont le visage exprimait tout son regret. Je ne peux plus me permettre d’entreprendre un voyage aussi long.
Que n’y ai-je pensé tout seul, se reprocha Creb en regardant la guérisseuse qui avait maigri et dont les cheveux avaient blanchi. C’est vrai, elle est beaucoup trop faible pour nous accompagner. Mais comment faire pour la cérémonie ? Seules les femmes de sa lignée connaissent la préparation du breuvage secret. Uba est trop jeune. Il faut que ce soit une adulte... Et Ayla, pourquoi pas Ayla ? Iza pourra l’initier avant notre départ. Il est grand temps d’ailleurs qu’elle devienne guérisseuse.
Creb observa d’un œil critique la jeune femme qui se penchait pour prendre son fils dans ses bras. Les autres clans vont-ils l’accepter ? Ses cheveux blonds tombaient en désordre de chaque côté de son visage plat au front bombé. Son corps était féminin, mais élancé, musclé, à l’exception du ventre, un peu mou. Elle avait de longues jambes, droites, et elle dominait tout le monde de la taille. Elle ne ressemble décidément pas aux femmes de notre peuple, pensa-t-il. Je crains fort qu’elle ne les intrigue trop. Les autres mog-ur pourraient refuser de boire le breuvage, si c’est elle qui le prépare. Enfin, nous verrons bien. Mais si je dois invoquer les esprits pour la cérémonie totémique, je ferais bien de célébrer en même temps l’accession d’Ayla au rang de guérisseuse.
— Il faut que j’aille voir Brun, annonça-t-il abruptement, en se dirigeant vers le foyer du chef. (Il se retourna vers Iza pour ajouter :) Je pense que tu devrais apprendre à Ayla et à Uba comment préparer le breuvage, bien que je doute que cela serve à grand-chose.
— Iza, je ne trouve plus le bol que tu m’as donné pour la guérisseuse du clan qui nous invite, se lamenta Ayla en fouillant frénétiquement dans la pile de fourrures, de provisions et d’affaires de toutes sortes entassées par terre. J’ai cherché partout.
— Mais tu l’as déjà rangé, Ayla. Calme-toi. Brun n’est pas encore prêt, il n’a pas fini de manger. Allez, viens t’asseoir, ton repas va refroidir. Toi aussi, Uba.
Creb, assis sur une natte, Durc sur ses genoux, regardait la scène d’un air amusé.
— Et toi-même, Iza, qu’attends-tu pour manger ? demanda-t-il.
— J’aurai tout le temps quand vous ne serez plus là, répondit-elle. Regarde comme Durc tient sa tête bien droite à présent. Donne-le-moi, je ne pourrai plus le tenir dans mes bras de tout l’été.
— C’est peut-être pour lui donner de la vigueur que le Loup Gris voulait que la cérémonie ait lieu plus tôt que de coutume, dit Creb.
Le sorcier regarda avec tendresse le petit garçon, heureux comme jamais de se sentir le patriarche de la famille. Bien qu’il ne l’eût jamais confié à personne, il avait souvent envié leur foyer aux autres hommes. Et voilà qu’au soir de sa vie il se retrouvait avec deux femmes pour veiller à tous ses besoins, une petite fille pour suivre leurs traces, et un petit garçon à cajoler. Il avait soulevé avec Brun la nécessité d’entraîner Durc à la chasse. Brun avait accueilli Durc dans le clan ; il en était désormais responsable. Aussi la joie d’Ayla avait-elle été grande quand Brun, lors de la cérémonie totémique de l’enfant, avait annoncé qu’il se chargerait lui-même de faire de Durc un chasseur, du moins quand celui-ci aurait l’âge et la force de chasser. Ayla ne pouvait souhaiter meilleur maître pour son fils.
Le Loup Gris est un excellent totem pour ce petit, songea Creb. Mais certains restent avec la meute et d’autres se comportent en loups solitaires. Quel peut bien être celui de son totem ?
Quand Ayla et Uba eurent chargé leurs affaires sur leur dos, Iza rejoignit avec elles le reste du clan rassemblé devant la caverne. Iza embrassa une dernière fois le bébé et tendit quelque chose à Ayla.
— Tiens, cela te revient à présent. Tu es la guérisseuse du clan, dit Iza en lui remettant une bourse teinte en rouge contenant les précieuses racines. Te souviens-tu de tout ce que tu dois faire ? Il ne faut surtout rien oublier. Je regrette de ne pas avoir pu te faire une démonstration, mais cela est interdit. Et n’oublie pas, les racines seules ne suffisent pas à la magie : vous devez vous préparer vous-mêmes aussi soigneusement que vous préparerez le breuvage.
Uba et Ayla acquiescèrent de concert tandis que la jeune femme rangeait la bourse dans la sacoche en peau de loutre qu’Iza lui avait donnée le jour où elle avait été reconnue guérisseuse du clan. Outre les quatre amulettes qu’elle portait à son cou, la pyrite de fer, l’ivoire de mammouth, le fossile de gastéropode et la particule d’ocre rouge, Ayla possédait désormais un fragment de pyrolusite[9] noire, privilège exclusif des guérisseuses.
Le corps d’Ayla avait été peint de l’onguent noir, fait d’un mélange de graisse et de poussière de pyrolusite, quand elle était devenue la dépositaire d’une partie de l’esprit de chaque membre du clan et, à travers Ursus, de tout le Peuple du Clan. Une guérisseuse ne portait ces marques noires qu’à l’occasion des cérémonies les plus sacrées.
Ayla s’inquiétait de laisser Iza. De violents accès de toux avaient secoué la vieille femme ces derniers temps.
— Iza, es-tu sûre que ça va ? demanda Ayla après avoir serré sa mère adoptive dans ses bras. Tu tousses beaucoup.
— C’est l’hiver qui veut ça. Tu sais que ça s’améliore toujours en été. Et puis, Uba et toi, vous avez cueilli tellement de plantes et de racines de framboisier pour ma toux que je me demande si nous aurons une seule framboise l’an prochain. Ne t’inquiète pas, je sais me soigner, tenta de la rassurer Iza.
Mais Ayla avait remarqué que les remèdes d’Iza la soulageaient moins bien. La tuberculose dont elle souffrait avait évolué vers une phase que les plantes ne pouvaient plus combattre.
— Prends bien soin de toi, Iza, et repose-toi un peu, lui conseilla Ayla. Zoug et Dorv s’occuperont du feu pour éloigner les bêtes et les mauvais esprits. Et laisse Aba faire la cuisine.
9
Minéral déjà connu dans l’antiquité ayant des propriétés magnétiques. (NScan)