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Le clan de l'ours des cavernes

Электронная книга - «Le clan de l'ours des cavernes». Краткое содержание книги:

Il y a 35.000 ans, la terre se réchauffe lentement, alors que l’homme se dégage peu à peu de la bête, maîtrise l’outil et le feu. Une fillette de 5 ans, nommée Ayla, échappe à un tremblement de terre. Elle se réfugie auprès d’un clan étranger qui l’adopte.
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— Oui, oui, dépêche-toi, dit Iza. Brun est prêt à partir.

Ayla prit place comme d’habitude au bout de la file, sans se rendre compte que tous les regards étaient rivés sur elle. Personne ne bougea.

— Ayla, chuchota Iza. Tout le monde attend que tu prennes la place qui te revient.

Ayla se glissa à la tête des femmes, confuse d’avoir oublié la position privilégiée que lui conférait son nouveau rang de guérisseuse. Et c’est en rougissant qu’elle se plaça devant Ebra, à qui elle adressa un signe d’excuse. Mais Ebra était accoutumée à son deuxième rang. Elle trouva seulement étrange de voir cette tête blonde devant elle à la place de celle d’Iza, et se demanda si elle se rendrait au prochain Rassemblement.

Iza, Zoug, Dorv et Aba, trop âgés pour faire le voyage, accompagnèrent les autres jusqu’au promontoire rocheux, d’où ils les regardèrent s’éloigner. Quand ils ne virent plus que de minuscules têtes d’épingles perdues dans la plaine, ils regagnèrent la caverne. Aba et Dorv qui, déjà, n’avaient pu se rendre au dernier Rassemblement se sentaient tout étonnés de se trouver encore en vie, mais c’était la première fois que Zoug et Iza devaient y renoncer. Zoug sortait encore chasser, mais il revenait le plus souvent les mains vides. Quant à Dorv, sa vue baissait au point qu’il ne s’aventurait que fort rarement dehors.

Malgré la douceur de la journée, ils se pressèrent tous les quatre autour du feu qui flambait devant la caverne, sans éprouver le moindre désir de converser. Soudain, Iza fut prise d’une quinte de toux qui lui arracha du sang. Elle alla se reposer dans son foyer, et les autres en firent bientôt autant, l’air désœuvré. Ils savaient que leur été allait être désespérément long et solitaire.

En ce début d’été, il faisait moins frais dans les plaines orientales que dans la zone tempérée où résidait le clan.

Au riche feuillage vert auquel chacun était habitué succédait une herbe haute qui déjà perdait sa verdeur pour se fondre dans cette mer végétale aux reflets pâles qui s’étendait jusqu’à l’horizon. Ils avançaient sur l’épais tapis, laissant derrière eux un étroit sillage d’herbes froissées. L’eau était rare, et ils s’arrêtaient pour remplir leurs outres à chaque cours d’eau rencontré, au cas où ils ne trouveraient pas d’autre source quand ils s’installeraient pour la nuit. Brun conduisait le clan à un pas que tous pouvaient suivre, mais néanmoins alerte. Ils avaient un long trajet à parcourir avant d’arriver à la caverne de leurs hôtes, dans les hautes montagnes de l’est. Creb, aiguillonné par la perspective du Rassemblement et des cérémonies dont il aurait la charge, suivait l’allure sans trop de mal. Le soleil et les décoctions d’Ayla soulageaient la douleur de ses articulations, et puis cette marche raffermissait ses muscles, même ceux de sa jambe déformée.

Les journées se firent monotones. Ils marchaient, s’arrêtaient de temps à autre pour se restaurer, et continuaient d’avancer en direction de l’est jusqu’à la nuit tombante où ils dressaient le camp, pour repartir à l’aube. La saison avançait mais le changement de temps était si graduel qu’ils ne s’étonnèrent pas de l’ardeur du soleil qui brunissait les grandes plaines. Pendant trois jours ils subirent la fumée et les cendres que les vents charriaient d’un lointain et gigantesque feu de prairie. Ils croisèrent des troupeaux de bisons, des daims géants, des chevaux, des onagres et des ânes, ainsi que quelques saïgas, tous ces milliers de bêtes que la steppe nourrissait.

Bien qu’ils n’eussent pas encore atteint l’isthme qui reliait la péninsule au continent et alimentait en eau salée la mer intérieure, ils aperçurent l’imposante chaîne de montagnes qui brillait devant eux. Une calotte de glace étincelante recouvrait le sommet des pics les plus hauts, immuable malgré la chaleur torride des plaines alentour.

Quand la prairie céda le terrain à de basses collines de terre rouge, cet ocre rouge qui en sanctifiait le sol, Brun sut que les marécages n’étaient pas loin.

Pendant deux jours, ils pataugèrent dans les marais putrides, infestés de moustiques, avant de parvenir enfin sur le continent. Ils pénétrèrent alors dans une région boisée, humide, aux arbres croulant sous les lianes, le lierre grimpant et les clématites. Le chêne dominait, aux côtés du hêtre et de l’if, dans cette région exposée aux précipitations marines.

Ils surprirent des daims, des cerfs et des élans. Ils virent également des sangliers, des renards, des loups, des lynx et des léopards, des chats sauvages et une multitude de petits animaux, mais pas un seul écureuil. Ayla se demandait précisément ce qui manquait à cette faune des montagnes, quand le spectacle qui s’offrit à elle détourna son intérêt.

Sur un signe de Brun, tout le monde s’était figé pour regarder l’énorme ours des cavernes qui se frottait le dos contre un arbre. Tout occupé à se gratter le long de l’écorce rugueuse, il ne prêta aucune attention au clan médusé. Sa taille immense paraissait à tous particulièrement imposante tant sa fourrure était épaisse et sa tête massive. Les ours bruns qu’on rencontrait dans ces montagnes pesaient près de deux cents kilos. Mais c’était un ours des cavernes qu’ils avaient devant eux, et l’animal, bien qu’au début de l’été, devait atteindre les six cents kilos. Sa force colossale le mettait à l’abri de tous les prédateurs, et seul un autre mâle à l’époque du rut, ou encore une femelle protégeant ses oursons, aurait osé le défier.

Mais, outre sa stature impressionnante, c’était son caractère sacré qui figeait tous les membres du clan en une attitude de muette révérence. C’était Ursus, la personnification même du Peuple du Clan, qui se dressait devant eux. Ses ossements avaient le pouvoir d’éloigner toutes les forces du mal, et son esprit unissait tous les clans en un seul : le Clan de l’Ours des Cavernes.

Lassé de son activité, ou satisfait du bien-être qu’elle lui avait apporté, l’ours se redressa de toute sa hauteur pour faire quelques pas, campé sur ses pattes de derrière, avant de se laisser retomber. Flairant le sol, il s’éloigna d’un trot pesant. L’ours des cavernes était un animal fondamentalement pacifique qui n’attaquait personne tant qu’on ne l’importunait pas.

— Était-ce Ursus ? demanda Uba, émerveillée.

— Oui, c’était lui, affirma Creb. Et quand nous serons arrivés, tu verras un autre ours des cavernes.

— Le clan qui nous reçoit vit donc vraiment avec un ours des cavernes ? demanda Ayla. Un ours de cette taille ! (La jeune femme n’ignorait pas la coutume selon laquelle le clan qui accueillait les autres lors du Rassemblement devait capturer un ourson et l’élever dans sa caverne.)

— Il est maintenant probablement enfermé dans une cage devant la caverne, mais lorsqu’il est petit, il vit à l’intérieur et chaque foyer le nourrit. Quand il commence à grandir, on le met en cage pour plus de sûreté, mais tout le monde continue à lui donner à manger et à le caresser pour qu’il sache qu’on l’aime toujours. La plupart des clans prétendent même avoir appris quelques rudiments de notre langage à leur ours, mais je n’ai jamais pu le vérifier. J’étais très jeune quand notre clan reçut le Rassemblement, et je ne m’en souviens pas. Nous lui rendrons hommage pendant la Cérémonie de l’Ours, et il transmettra nos messages au monde des esprits, expliqua Creb.

— Quand recevrons-nous les autres clans et aurons-nous un ours à élever ? demanda Uba.

— Quand ce sera notre tour de le faire. C’est un grand honneur pour un clan, et les chasseurs sont prêts à braver tous les dangers pour capturer un ourson. Le clan qui nous reçoit a la chance d’habiter dans une région fréquentée par des ours des cavernes. Il doit en rester quelques-uns dans la montagne, près de notre caverne, comme le prouvent les ossements d’Ursus que nous avons trouvés, répondit Creb.

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