Les enfants de Venise
- Автор: Fulvio Luca di
- Серия: Gang #2
- Год: 2017
- Язык: французский
- Год: Éditions Slatkine & Cie
- ISBN: 978-2889440313
- Переводчик: Françoise Brun
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les enfants de Venise». Краткое содержание книги:
— Une récompense élevée, même, dit Mercurio. Je veux un quart de vos gains.
— Un quart ? », fit Saraval. Il réfléchit un instant, puis acquiesça. « Bon. Affaire conclue ! » Il lui mit la main sur l’épaule. « Tu es sûr de ne pas être juif, mon gars ?
— Sûr et certain, répondit Mercurio. Je suis un escroc. » Saraval resta sérieux un moment, sans savoir s’il fallait le croire ou non, puis il éclata d’un rire fracassant.
55
Mercurio resta bouche bée en se retrouvant devant l’accumulation d’édifices la plus improbable qui soit, avec des constructions hautes comme des tours accolées les unes aux autres sans aucune logique.
« Voilà le Castelletto », lui dit le gamin qui l’avait guidé jusque-là.
Mercurio lui donna un marquet et observa les alentours. La cour au milieu des Tours était emplie d’une foule incroyable de femmes de tous âges, des petites filles aux femmes mûres, le visage fardé de blanc de céruse et les lèvres rouges. Toutes portaient des robes voyantes et décolletées, et un foulard jaune autour du cou. Certaines, en passant près de lui, lui firent des signes obscènes avec leur langue, l’une d’elle releva ses jupes et agita devant lui son cul rond d’un blanc crémeux, avant de s’éloigner en se déhanchant.
« T’as juste l’embarras du choix, dit en riant un homme qui sortait d’une des Tours.
— Je cherche le docteur Isacco da Negroponte, lui dit Mercurio.
— Un docteur ? Ici ? T’es pas venu pour baiser ?
— Isacco da Negroponte », répéta Mercurio.
L’homme hocha la tête et s’éloigna.
Mercurio se dirigea d’un pas décidé vers le premier bâtiment. Il éprouva une sorte de vertige à respirer l’odeur âcre et fétide du sexe bon marché. Instinctivement, il porta les mains à ses oreilles pour les protéger du tapage des cris qui se répercutaient dans la haute trombe d’escalier. Une prostituée s’approcha de lui en tortillant des hanches.
« Tu connais le docteur Negroponte ? », lui demanda-t-il.
La prostituée tendit la main, sans la moindre hésitation, et lui saisit le membre. « Où est-ce que t’as mal, mon trésor ? Je vais te soigner, moi… »
Mercurio la repoussa. « Je cherche le docteur Negroponte, dit-il encore.
— Ici, on cherche des putes, connard », lui répondit hargneusement la prostituée. Elle lui tourna le dos et disparut.
Mercurio regarda autour de lui. Il vit une femme d’un certain âge, immobile au centre d’un vestibule, debout, les jambes un peu écartées. Elle avait des cheveux blancs avec des mèches teintes de rose et de vert.
« Excusez-moi, lui dit Mercurio en s’approchant, vous connaissez le docteur Negroponte ?
La femme le regarda sans répondre. Elle poussa un soupir de soulagement.
— Je dois le trouver d’urgence », insista Mercurio.
La femme souleva à peine ses jupes et se déplaça. Par terre, une flaque d’urine. « Moi aussi j’avais une urgence, mon joli, dit-elle en souriant.
— Mais le docteur Negroponte, vous le connaissez ?
— Va savoir. J’en connais beaucoup, mais je ne connais pas leur nom. Et même quand ils me le disent, je l’oublie aussitôt qu’ils ont sorti leur machin d’entre mes cuisses. »
Mercurio allait s’éloigner, quand une jolie fille dont le décolleté vertigineux montrait des mamelons clairs couleur d’abricot, lui fit un signe. Mercurio se sentit profondément troublé. Il baissa les yeux, évitant de croiser le regard de la jeune prostituée, et sortit de la Tour, un poids sur la poitrine.
« Attends », dit une voix derrière lui.
Mercurio se retourna. La fille l’avait suivi et s’approchait de lui. Ses seins ballottaient, comme pour l’inviter.
« Non, merci ! », dit-il avec une fougue excessive.
La fille se mit à rire. « Je parie que tu es vierge », fit-elle avec un clin d’œil, tandis qu’elle se rapprochait.
Mercurio voulait partir mais ses yeux le retenaient.
« Roule pas comme ça des yeux, ils vont tomber par terre.
— Oh… pardon…, fit Mercurio, qui fit un grand effort pour se décider à partir.
— J’ai entendu que tu cherches le médecin des putains, l’arrêta la fille, en lui prenant le bras.
— Tu le connais ? », demanda Mercurio, qui ne put empêcher ses yeux de revenir se poser sur le sein découvert de la prostituée.
Elle remonta son corsage. « Comme ça, c’est mieux ? Tu arrives à comprendre ce que je te dis maintenant ? »
Mercurio rougit.
« Oui, c’est sûr que tu es puceau, dit en riant la fille. À la Torre delle Ghiandaie. Cinquième étage. Demande la Cardinale, dit la prostituée en indiquant l’entrée d’une autre tour.
— Merci », dit Mercurio.
La prostituée baissa son corsage et lui agita ses petits seins sous le nez. Puis elle éclata de rire, sans malice, comme une petite fille, et s’en alla.
Mercurio se dirigea à pas lents vers la Torre delle Ghiandaie. De temps en temps, il se retournait vers la prostituée. Elle lui fit un signe de la main, comme aurait fait n’importe quelle fille, et Mercurio lui répondit, en souriant, encore assommé. Son corps et ses instincts s’étaient réveillés. Alors il pensa à Giuditta. Il ne pouvait plus se contenter de toucher le bois d’un portail.
“C’est bien pour ça que tu es ici”, se dit-il en franchissant l’entrée de la Torre delle Ghiandaie. Il regarda vers le haut et commença à monter l’escalier qui s’enroulait comme un gigantesque serpent. Dans sa poche tintaient trente et une pièces d’or et sept d’argent. Un petit trésor, le produit de la fête du noble désargenté. Il avait reçu sa part le matin même, deux semaines à peine après avoir eu cette idée. Les affaires avaient marché au-delà des prévisions les plus optimistes et Saraval la lui avait donnée avec enthousiasme. De l’argent arriverait encore car deux nobles dames étaient en tractations pour l’achat d’un collier et d’une bague de grande valeur. Un vrai succès. Mercurio avait toutes ses pièces sur lui, comme un porte-bonheur. En montant l’escalier sale de la Torre delle Ghiandaie, il se répétait la phrase qu’il avait préparée. Une simple phrase, mais qui produirait son effet.
« Qu’est-ce que tu veux ? », lui demanda une gigantesque bonne femme vêtue d’une robe rouge pourpre, quand il arriva au dernier étage. L’odeur de saleté et de sexe avait laissé place à un parfum de propre, de savon et de lessive.
Mercurio la regarda. « C’est le cinquième étage ?
— Qu’est-ce que tu veux ? répéta la grande bonne femme.
— Je cherche la Cardinale.
— Je travaille pas aujourd’hui.
— C’est toi, la Cardinale ? fit Mercurio.
— T’es con ou quoi ? dit la femme.
— Tu connais le docteur juif ? »
Sur le visage de la Cardinale apparut une expression soupçonneuse. « Je te le demande pour la dernière fois, sinon je te jette dans l’escalier : qu’est-ce que tu veux ?
— J’ai quelque chose à lui dire.
— Dis-le-moi et je lui transmettrai quand je le verrai, répondit-elle.
— Non, je dois lui dire personnellement. » Mercurio fit une pause. « C’est important. Ça concerne sa fille. »
Les traits de la Cardinale se figèrent. « Elle va mal ? Il lui est arrivé quelque chose ?
— Non… non… qu’est-ce que tu vas chercher ? »
La Cardinale le toisa un instant. « Reste ici », lui dit-elle. Puis elle se dirigea vers une porte, au début du long couloir. Elle frappa et ouvrit.
De l’intérieur une voix arriva : « Qui est-ce ?