La Grande Quête
- Автор: Джордан Роберт
- Серия: La Roue du Temps #2
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Bragelonne
- ISBN: 9782352945574
- Переводчик: Jean Claude Mallé
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
Rand jeta un coup d’œil au ciel. La seule lumière provenait de la lune, pas très loin d’être pleine et toujours assez basse dans le ciel. Faire du feu était une idée de dément… Et même les Suppôts n’étaient pas assez fous pour ça.
Dans son sommeil, Loial murmura une série de mots incompréhensibles. Plus loin, un cheval martelait la terre du bout d’un sabot. Hurin assurait le premier tour de garde. Pour avoir une vue d’ensemble du camp, il était monté un peu en altitude. Très bientôt, il viendrait réveiller Rand pour qu’il le remplace à son poste.
Rand se retourna et se pétrifia. À la lumière encore obscure de l’aube, il reconnut la fine silhouette de Selene. Penchée sur ses sacoches de selle, elle s’apprêtait à en ouvrir les boucles. Avec une lune si claire, la robe blanche était sans doute visible de loin, mais elle ne semblait pas s’en soucier.
— As-tu besoin de quelque chose ? demanda Rand.
La jeune femme se redressa d’un bond.
— Je… Tu m’as fait peur, Rand…
Le jeune homme se releva, laissa tomber au sol la couverture et resserra les pans de sa cape. Approchant de Selene, il lui reprit les sacoches de selle. Comment étaient-elles arrivées là ? Comme tous les soirs, il les avait posées à côté de son épée, avant de s’allonger. Vérifiant les boucles, il constata qu’elles étaient toutes fermées, même celles qui protégeaient l’étendard.
Comment ma survie peut-elle en dépendre ? Si quelqu’un voit cet étendard et le reconnaît, c’est ma mort qui en découlera…
Rand dévisagea soupçonneusement Selene. Elle ne broncha pas, se contentant de soutenir son regard, la lueur de la lune faisant briller ses yeux noirs.
— Je me suis aperçue que je portais cette robe depuis trop longtemps… Je voulais au moins la brosser mais, pour ça, il me fallait un vêtement de rechange. J’ai pensé qu’une de tes chemises conviendrait…
Rand en soupira de soulagement. À ses yeux, la robe était immaculée, mais au moindre grain de poussière Egwene blêmissait et n’avait de cesse tant que l’outrage n’était pas réparé. Si Selene était du même genre…
— Bonne idée…
Ouvrant la sacoche où il avait fourré toutes ses affaires, histoire de faire de la place à l’étendard, il en sortit une de ses chemises de soie blanche.
— Merci…
Les mains de Selene glissèrent dans son dos – sur les boutons de sa robe, comprit Rand. Les yeux ronds, il se détourna vivement.
— Si tu m’aidais, ce serait plus facile…
Le jeune homme se racla la gorge.
— Ce ne serait pas convenable… Si nous étions promis l’un à l’autre…
Cesse de penser à ça ! Tu ne pourras jamais te marier !
— Ce ne serait pas convenable, voilà tout…
Entendant le rire de la jeune femme, Rand frissonna comme si elle venait de laisser courir un doigt le long de sa colonne vertébrale. Le bruit de tissu se plissant qui suivit étant une épreuve de trop pour sa volonté, il décida de parler pour ne plus l’entendre.
— Demain, nous partirons pour le Cairhien.
— Et que fais-tu du Cor de Valère ?
— Si nous nous étions trompés ? Les voleurs ne passeront peut-être jamais par ici… Selon Hurin, il y a des cols à profusion, dans la Dague. Et, s’ils continuent un tout petit peu vers l’ouest, nos ennemis n’auront même pas besoin de traverser la chaîne.
— La piste nous a conduits ici, Rand. Les Suppôts se montreront tôt ou tard, et le Cor sera avec eux. Bien, tu peux te retourner, à présent.
— Tu penses que les voleurs vont arriver, mais…
Quand Rand se fut retourné, les mots moururent dans sa gorge. La robe pliée sur un bras, Selene portait sa chemise blanche. Taillé pour un homme très grand, le vêtement était long, mais Selene avait une taille exceptionnelle pour une femme. En conséquence, le bas de la chemise lui arrivait à peine à mi-cuisses. Ce n’étaient pas les premières jambes de femme que voyait Rand, puisque les jeunes filles, chez lui, remontaient toujours leur jupe pour aller patauger dans les mares du bois de l’Eau. Mais elles renonçaient à cette pratique longtemps avant d’avoir l’âge de se natter les cheveux. De plus, il faisait toujours très sombre dans le bois…
— Mais quoi, Rand ? demanda Selene.
Cette question rompit le sortilège. Se retournant de nouveau, Rand chercha désespérément une réponse convaincante :
— Hum… Eh bien… Je pense que…
— La gloire, Rand, la gloire !
Selene tapota le dos du jeune homme, qui faillit se ridiculiser en poussant un petit cri de pucelle effarouchée.
— Mesures-tu la gloire dont se couvrira le sauveur du Cor de Valère ? Sais-tu à quel point je me sentirai fière de marcher aux côtés d’un homme pareil ? Tu n’as aucune idée des sommets que nous atteindrons ensemble. Si tu possèdes le Cor, tu deviendras le nouvel Artur Aile-de-Faucon. Et…
— Seigneur Rand ! (Hurin entra dans le camp, le souffle court.) Mon seigneur… (Il s’immobilisa brusquement, baissa les yeux et se tordit nerveusement les mains.) Désolé, ma dame… Je ne voulais pas… Il faut me pardonner…
Loial s’assit en sursaut, sa couverture et sa cape glissant à côté de lui.
— Que se passe-t-il ?
Lorsqu’il tourna la tête, avisant enfin Rand et Selene, il écarquilla les yeux. Même à la chiche lumière de la lune, ces deux grandes assiettes – chez un humain, on eût parlé de soucoupes – réussirent à briller comme des phares.
Rand entendit Selene soupirer dans son dos. Toujours sans la regarder, il s’éloigna d’elle.
Ses jambes sont si blanches, si lisses…
— Que se passe-t-il, Hurin ?
Rand détesta le son de sa voix. Était-il furieux contre le renifleur, contre lui-même ou contre Selene ? Quoi qu’il en soit, il prit sur lui de se calmer.
Et je n’ai aucune raison d’en vouloir à Selene…
— Tu as vu quelque chose, mon ami ?
Le renifleur parla sans relever les yeux.
— Un feu, mon seigneur, dans les collines… Au début, je ne l’ai pas remarqué. Les voyageurs ont continué à le garder sous le boisseau, pour le dissimuler. Mais ils se méfient de quelqu’un qui les suit, pas de quelqu’un qui les précède ! Ils campent à un quart de lieue d’ici, seigneur Rand, peut-être un tout petit peu plus loin…
— Fain…, souffla Rand. Ingtar ne se soucierait pas d’éventuels poursuivants…
Certes, mais que faire, à présent ? Ils avaient attendu Fain très longtemps, et maintenant qu’il arrivait la situation ne semblait plus claire du tout…
— Demain matin, nous suivrons les Suppôts… Quand Ingtar et ses hommes nous auront rattrapés, nous leur montrerons la position des fugitifs.
— Ainsi, dit Selene, tu vas laisser le Cor à ce… Ingtar, et lui abandonner la gloire qui va avec !
— Je ne veux pas…
Sans réfléchir, Rand se tourna vers la jeune femme. Elle était là, splendide avec ses longues jambes, aussi peu perturbée de les exhiber que si elle avait été seule.
Non, que si nous avions été seuls. Elle veut l’homme qui retrouvera le Cor.
— Trois hommes ne reprendront pas l’artefact aux voleurs. Ingtar a vingt soldats avec lui.
— Comment peux-tu être sûr de ce que tu avances ? Sais-tu combien de Suppôts accompagnent ton Fain ? Puisque nous y sommes, qui nous dit que le Cor est dans le camp repéré par Hurin ? Tu devrais aller voir, Rand. C’est la seule solution. Prends l’alantin avec toi. Comme tous ses semblables, il doit avoir une excellente vision nocturne. Et si tu accomplis un exploit, il est assez fort pour porter le Cor dans son coffre.