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Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi

Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:

Hortense est à Londres et c'est toujours hyper compliqué entre elle et Gary.
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
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— En effet, ça sent la copulation frénétique…

Josiane lui fit les gros yeux et il se reprit :

— Ce n’était qu’une remarque naturaliste, veuillez m’en excuser… Vous allez bien, sinon ?

— Très bien, Junior ! s’exclamèrent en chœur les parents pris en flagrant délit.

— Et qu’est-ce qui vous a poussés à cet enchevêtrement des corps, le besoin de chasser une angoisse ou une pulsion naturelle ?

— Les deux, Junior, les deux, déclara Marcel en se rhabillant à la hâte.

— Tu as des ennuis au bureau, père ?

Junior avait planté ses yeux dans ceux de son père et Marcel répondit sans même s’en apercevoir. Il passa aux aveux :

— C’est dur, tu sais, en ce moment… C’est la crise partout et je rame, je rame…

— Pourtant le meuble, ce n’est pas comme la voiture. Le meuble coûte moins cher et les gens, quand il y a crise, aiment se replier dans leur intérieur coquet. Tu n’as qu’à voir, daddy, les émissions de déco à la télé n’ont jamais si bien marché.

— Je sais, Junior…

— Tu es sur un créneau intéressant : tout pour la maison pour toutes les bourses. Tu as de bons stylistes, de bons fabricants, un bon circuit commercial…

— Oui, mais pour survivre, il faut grossir, implanter des usines nouvelles, racheter les petites affaires qui périclitent… et je ne peux pas être partout ! Il faudrait que je me clone… Et ça, on n’a pas encore trouvé !

Il parlait, le regard ancré dans les yeux de son enfant. Il y lisait le déroulement de ses problèmes et l’espoir d’une solution. Le regard de Junior le rassérénait. Il y puisait la force, la créativité, l’envie de se battre à nouveau. Et c’était comme si une alliance invisible s’établissait. Que l’adulte se régénérait dans les yeux de l’enfant, qu’il reprenait courage.

— Il faut toujours voir plus loin et plus grand, daddy… L’homme qui n’avance pas est condamné.

— J’en ai bien conscience, fiston. Mais vois-tu, il faudrait que je me démultiplie ou que je passe ma vie dans les avions… et ça, j’en ai pas du tout envie !

— Il te faudrait un associé. C’est cela qui te manque et te tourmente…

— Je sais. J’y pense…

— Tu vas le trouver. Ne te décourage pas.

— Merci, fiston… Mes gros coups, autrefois, je les ai faits en m’appuyant sur des dossiers que me préparaient mes commerciaux. Tiens, prends les maisons en bois importées de Riga, par exemple… Elles ont fait faire un sacré bond en avant à l’entreprise. Eh bien ! c’était l’idée d’un autre. Je n’ai fait que l’enfourcher… On me l’a apportée sur un plateau. Il m’en faudrait des dizaines comme ça. Et ça manque, ça manque… On est tous écrasés de travail. On n’a plus le temps de réfléchir, de fureter, d’anticiper.

— Ne renonce pas. Ne quitte pas la Chine même si tu y connais des déboires. Ils seront les premiers à se relever. Leur système est tellement plus souple, plus élastique que le nôtre. Nous sommes un vieux pays, plein d’interdits, de réglementations. Alors qu’eux ! ils vivent à mille à l’heure, s’inventent, se réinventent… Quand les affaires redémarreront, ils tireront l’économie mondiale en avant et alors, tu ne regretteras pas d’être resté…

— Merci, Junior, tu me gonfles les couilles à bloc…

— C’est dommage que je sois encore petit… enfin selon les standards de notre société… parce que je travaillerais bien avec toi un moment, pour te donner un coup de main. Je suis sûr qu’on ferait une équipe formidable…

— Tu lis dans ma pensée, Junior, tu lis dans ma pensée…

Josiane assistait au dialogue père-fils, la bouche ouverte, les yeux écarquillés.

Muette.

Et s’il lui fallait une preuve qu’elle allait être définitivement distancée par les deux hommes de sa vie, elle venait de l’obtenir. Pas une seule seconde, ils ne s’étaient tournés vers elle pour l’englober dans leur conversation ! Ils s’étaient parlé d’homme à homme, les yeux dans les yeux, et elle se sentit, une fois de plus, cruellement inutile.

Quand elle était entrée dans l’entreprise de Marcel, avant de devenir sa Pompadour, elle avait essayé de grimper les échelons. De quitter son statut de secrétaire qu’elle ne méprisait pas, loin de là, mais dont elle se lassait. Elle travaillait tard, tenait la boutique ouverte au mois d’août, répondait aux fournisseurs, proposait des idées nouvelles pour enrichir et diversifier l’entreprise. Chaval ou un autre la laissaient travailler, monter les dossiers, établir les budgets et, au moment de montrer le résultat à Marcel Grobz, ils s’attribuaient à eux seuls tout le mérite. Et elle restait là, sidérée, bégayant mais c’est moi qui… c’est moi qui… et c’est à peine si Marcel levait un sourcil pour l’écouter.

C’est elle qui avait trouvé le filon des maisons en bois de Riga, en Lettonie. Des maisons de cent mètres carrés importées vingt-cinq mille euros, revendues cinquante mille, livraison et montage compris. Avec vitrage thermique et madriers en bois de neuf centimètres d’épaisseur. Du robuste sapin rouge qui pousse lentement à plus de mille cinq cents mètres d’altitude et offre une densité de sept cent cinquante kilogrammes par mètre cube contre quatre cents pour le sapin traditionnel. Elle pouvait réciter tous les avantages de ces chalets, les yeux fermés. Sans consulter la moindre note. Elle en avait parlé à Chaval qui l’avait félicitée et lui avait promis que, le jour venu, c’est elle qui présenterait l’affaire au patron. Bernique ! Il avait ramassé la mise. Comme d’habitude. Elle s’était retrouvée flouée comme une débutante. Marcel avait fait éclater son chiffre d’affaires avec les chalets de Riga et Chaval avait reçu une importante commission pour avoir déniché le tuyau.

C’était il y avait longtemps… Elle se laissait faire alors. Incapable de se défendre. Habituée à prendre des baffes et à s’enrouler aux pieds du baffeur. Une sale habitude venue de l’enfance. Josiane, elle n’a pas besoin de faire des études, elle n’a qu’à apprendre à rouler des hanches ! C’est de la crème de pute, ma fille, disait son père, en lui flattant la croupe. Roule, ma fille, roule. Les femmes, elles ont pas besoin d’en avoir dans le cigare, elles sucent le cigare des autres et ça rapporte autant.

Et toute la famille de s’esclaffer et de lui coller du coton dans les bonnets de soutien-gorge pour affoler le mâle. Ses oncles la coinçaient dans les coins pour lui « apprendre la vie », ses tantes et sa mère ricanaient en ajoutant c’est le métier qui rentre, elle va pas faire la mijaurée, celle-là.

Elle n’avait pas assez de force pour résister.

Ce temps-là était fini. Elle se l’était juré, le jour où elle était rentrée de la maternité, son enfant chéri dans les bras. Plus personne ne la renverserait sur le bas-côté.

Et voilà que ça recommençait. Qu’elle regardait passer les trains en recevant des gravillons dans la gueule.

Il fallait qu’elle réagisse.

Elle était bel et bien hors jeu…

Elle n’aimait pas cette idée.

Elle baissa la tête, réfléchit, fixa un point dans la chambre, choisit l’embrasure d’un rideau et la prit à partie… il faut que je m’en sorte, il faut que je me trouve une idée qui me tire de cette impasse. Je vais dépérir sinon, vieillir à toute allure, me trouver réduite au pot-au-feu du soir, à les écouter parler sans rien dire et ce n’est pas une bonne idée à mon âge. Quarante-trois ans… j’ai encore des choses à faire, n’est-ce pas ? J’ai encore des choses à faire…

Parce que après je serai trop vieille pour tout, même pour sucer des cigares.

Les larmes lui montèrent aux yeux. Elle eut envie de se recoucher et de ne plus jamais se lever. Elle s’essuya le bord des cils et refusa la marée noire des idées qui vous jettent contre le mur.

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