Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi
- Автор: Pancol Katherine
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
C’est surtout de Chine que surgissaient les problèmes.
Le prix de la main-d’œuvre, autrefois bon marché, augmentait de 10 % chaque année et de nombreux entrepreneurs filaient vers d’autres pays pour se délocaliser encore. La nouvelle destination prisée était le Vietnam. Mais le Vietnam, fallait y aller ! Étudier les mœurs du pays, la langue, tout recommencer, tout réapprendre !
Autre problème en Chine : la contrefaçon. Une usine s’était montée juste à côté de l’une des siennes et recopiait ses modèles pour les vendre à bas prix à des concurrents européens. Il avait protesté, on lui avait fait un procès en prétendant que c’était lui qui avait copié ! Sans oublier l’exigence des douanes françaises qui inventaient chaque jour de nouvelles normes de sécurité pour les produits venant de Chine. Il avait été obligé de faire fabriquer des palettes en carton ou en bois traité pour éviter les épidémies.
La crise frappait aussi les Chinois. Beaucoup d’usines fermaient faute de commandes. Ou coulées par les impayés américains. Elles fermaient et omettaient de payer ce qu’elles devaient. Les patrons disparaissaient et il ne fallait pas compter sur la justice chinoise pour les retrouver.
Il ne s’en sortait plus…
Il avait tenté de s’implanter en Russie… Avait ouvert une usine, envoyé des prototypes à fabriquer, investi de l’argent. Tout avait disparu, du jour au lendemain ! Même les plantes vertes du hall d’entrée ! Il n’avait plus rien retrouvé et quand il avait croisé le responsable qu’il avait engagé, ce dernier avait changé de trottoir pour l’éviter. Il ne pouvait pas se battre tout seul. La Russie était devenue un vrai Far West. Le colt faisait la loi.
Il ne pouvait pas non plus réduire la taille de son affaire : seules les grosses entreprises survivaient. Les petites fermaient les unes après les autres.
Il sentait bien qu’il n’avait plus l’œil aussi acéré. La fatigue, l’âge, l’envie de paresser… À son prochain anniversaire, il soufflerait soixante-neuf bougies. Il n’était plus un jeune homme même s’il se sentait en pleine forme…
À soixante-neuf ans, un homme n’est pas vieux, se répétait-il pour se convaincre. Loin de là. Il se rappela son père à son âge et se compara à lui. Un pauvre abricot sec, son père ! Le visage jaune et plissé, les lèvres avalées dans les gencives faute de dents pour les maintenir en place, et les yeux qui tombaient pareils à des larmes noires. Alors que lui, il ruisselait de vie et de vigueur. Même s’il soufflait en montant les escaliers… La semaine dernière, il avait eu un malaise juste avant d’arriver au troisième étage. Il s’était accroché à la rampe et s’était hissé sur la marche suivante en se tenant le cœur.
Il ne l’avait pas raconté à Josiane.
La tête lui avait tourné, le cœur s’était serré, une drôle de douleur pointue au côté droit, il était resté, une jambe en l’air, en attendant de retrouver son souffle puis était reparti en comptant les marches pour que sa tête arrête de tourner. Non ! Il n’irait pas voir un médecin. Avec ces gens-là, on arrive en bon état et on repart les pieds devant. Son père avait vécu jusqu’à quatre-vingt-douze ans dans sa peau d’abricot sec sans en consulter un seul ! Le seul homme de médecine qu’il consentait à fréquenter était son dentiste. Parce qu’il rigolait avec lui, qu’il avait une bonne tête, s’y connaissait en vins et aimait les belles femmes à en perdre haleine. Mais les autres, il les fuyait et ne s’en portait pas plus mal.
Au lit, avec Choupette, il n’avait jamais le cœur qui pinçait. Ni le moindre essoufflement… Ça vaut pas tous les électrocardiogrammes, ça ?
N’empêche, n’empêche…
Il lui fallait trouver un second. Un homme jeune, malin, habile, énergique, prêt à se dépenser, à voyager quinze jours par mois. La perle rare.
Il avait hésité quand Chaval était venu le trouver…
Il ne l’avait pas dit à Josiane, mais… il ne lui avait pas dit non, à Chaval. Il avait dit revenez me voir, je ne sais pas si j’ai besoin de quelqu’un, et surtout je ne sais pas si je peux vous faire confiance. L’autre avait protesté, avait battu sa coulpe, avait parlé d’une erreur de jeunesse, avait rappelé ses bons services – et c’est vrai qu’il n’était pas mauvais, le bougre, avant qu’il ne perde la tête et se fasse embaucher par la concurrence ! Il hésitait. Il hésitait. Peut-on faire confiance à un homme qui vous a trahi une fois ? Peut-on pardonner et passer cette trahison sur l’ardoise des erreurs de jeunesse, d’une ambition de jeune fringant pressé, affamé par toujours plus de pouvoir et d’argent…
L’était pas mauvais, le Chaval. Pas mauvais du tout quand il était chef des ventes chez lui. Un sens aigu des affaires et un bon sens comptable. Même Josiane le poussait à l’époque. Ce n’était plus le cas aujourd’hui. Elle hurlerait à la mort si elle apprenait que Chaval revenait.
Alors forcément, ça ne l’arrangeait pas du tout que Choupette veuille retrouver une place dans l’entreprise.
Pas du tout, du tout…
Marcel en était là de ses sombres pensées quand Junior frappa à la porte.
— Hum ! Hum ! Je peux entrer ou je dérange ? May I come in or am I intruding ?
— Qu’est-ce qu’il dit ? Qu’est-ce qu’il dit ? demanda Josiane en se rhabillant à toute allure.
— Il dit qu’il veut entrer…
— Une minute, mon amour, cria Josiane en enfilant sa jupe, son chemisier, ses collants et en tâchant d’attacher son soutien-gorge. Dépêche-toi, lança-t-elle à Marcel.
— Vous êtes au lit ? Habillés ou dévêtus ? reprit Junior.
— Euh… Dis-lui quelque chose ! C’est toi qui m’as entraînée…
— Comme si je t’avais violée ! rigola Marcel en revenant à la réalité.
— On arrive, on arrive, Junior ! répéta Josiane, qui avait oublié son slip dans les draps et le cherchait à tâtons.
— Prenez votre temps, je ne voudrais pas vous bousculer… Take it easy, life without love is not worth living ! And I know perfectly well how much you love each other[20]…
— Oh ! Marcel ! Il a avalé la méthode ! C’est pas possible ! Tu comprends ce qu’il dit ?
— Oui et c’est charmant… Il nous souhaite tout le bonheur du monde !
— Mais dépêche-toi ! Tu vas le choquer en restant nu comme une grosse limace au fond du lit !
Marcel se leva à regret et chercha ses affaires des yeux.
— C’était bien bon, ma Choupette, bien bon…
— Oui, mais c’est fini. On passe à autre chose. On redevient respectables.
— Je serais bien resté au lit…
— Stay father, stay… I know everything about human copulation, so don’t bother for me[21]…
— Junior ! Parle français ! Tu vas faire de la peine à ta mère…
— Sorry, mother ! C’est juste que j’ai la tête pleine de mots anglais. Tu vas être fière de moi, j’ai fini toute la méthode. Il ne me manque plus qu’un peu de pratique pour avoir un accent parfait. Hortense va être stupéfaite… Avez-vous fini de vous emberlificoter ou puis-je entrer ?
Josiane lâcha entre dans un souffle et Junior parut.
Vint se poser au bout du lit et déclara :