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Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi

Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:

Hortense est à Londres et c'est toujours hyper compliqué entre elle et Gary.
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
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Il ne parvint pas à se rendormir et décida de se lever, d’aller prendre son petit déjeuner. Ensuite il appellerait Mrs Howell…

Elle lui donna rendez-vous à la Fruit Market Gallery à l’heure du thé. Vous ne pourrez pas vous tromper, c’est juste derrière la gare. C’est un espace où on expose des artistes, on vend leurs livres, on y déguste aussi une nourriture délicieuse. J’aime beaucoup cet endroit… Vous me reconnaîtrez, je suis une petite dame un peu frêle et je porterai un manteau violet avec une écharpe rouge.

Il décida d’aller marcher dans la ville. Dans sa ville puisqu’il était à moitié écossais. Tout lui paraissait beau et son père allait jaillir au coin d’une rue pour le serrer dans ses bras.

Il marchait d’un bon pas, le nez en l’air, déchiffrant l’histoire de la ville sur les murs des maisons. Partout, il y avait des plaques commémoratives, évoquant les luttes passées et les victoires des habitants contre les occupants. Il franchit les remparts des châteaux, pénétra dans la vieille ville, s’engouffra dans les nombreux escaliers qui faisaient office de rues, coincés entre deux maisons, s’engagea dans le Royal Mile, passa devant le Nouveau Parlement écossais, déboucha sur la Grass Market Place qui semblait être un point de ralliement. Une grande place où les pubs s’alignaient côte à côte et affichaient tous le même menu : cullen skink, haggis, neeps, tatties… Chaque vieille pierre racontait les affrontements avec les Anglais, qui avaient fini par l’emporter, mais demeuraient l’ennemi héréditaire. C’était faire injure aux Écossais que de les traiter d’Anglais. Et Gary joua au touriste français.

À l’heure du déjeuner, il commanda un stovis dans un pub et une pinte de bière. Il mâcha la viande écrasée dans un hachis de pommes de terre, but sa bière et, alors que l’heure du rendez-vous approchait, sentit son ventre se nouer. Dans quelques heures, il allait savoir. Il avait hâte d’entendre ce que Mrs Howell allait lui apprendre.

Il avait un père, il avait un père… Son père était vivant et avait besoin de lui.

Il ne serait plus jamais insouciant ou lâche.

Puis il reprit sa promenade qui l’entraîna vers le Dean Village où il se crut revenu au Moyen Âge. Une rivière à reflets argentés serpentait sous des ponts blancs et moussus, les maisons étaient basses et les arbustes débordaient derrière de vieux murs en pierre. Il retourna à pied vers la vieille ville et se présenta, ponctuel, à la Fruit Market Gallery, il s’installa à une grande table ronde, un peu à l’écart, et guetta la porte d’entrée.

Elle entra. Petite femme fragile, perdue dans un grand manteau violet et une longue écharpe rouge. Elle le reconnut tout de suite, s’assit en face de lui et le regarda, médusée. Il s’était levé afin de l’accueillir dignement et elle le détailla longuement en murmurant, c’est incroyable, incroyable, je crois voir ton père jeune… Mon Dieu ! Mon Dieu ! Et elle porta ses mains à son visage. Elle s’était préparée pour ce rendez-vous, elle avait mis de l’ombre à paupières bleue sur ses yeux clairs.

Ils commandèrent un thé et deux tartes aux pommes et à la crème Chantilly.

Elle ne disait toujours rien et le contemplait en secouant la tête.

— Gary McCallum… Que je sois anéantie sur-le-champ, si tu n’es pas le fils de ton père !

— Je lui ressemble tant ? demanda-t-il, ému.

— Il ne pourra pas te renier, tu es un McCallum, c’est sûr… J’ai cru retrouver mes vingt ans quand je t’ai vu. Quand je dansais pendant les fêtes données au château… J’ai entendu le son des violons et des flûtes et le caller qui invite les gens à danser… Chaque homme portait le kilt de son clan avec une belle veste noire…

— Parlez-moi de lui, Mrs Howell, je suis si impatient…

— Excuse-moi, je reste là à te regarder comme une vieille pierre silencieuse. C’est que tu me rappelles tant de souvenirs… J’ai travaillé au château, quand j’étais jeune, je ne sais pas si ta mère te l’a dit…

Gary hocha la tête. Il voulait par-dessus tout qu’elle lui raconte l’histoire. Son histoire.

— Toutes les femmes de ma famille ont travaillé au château. C’était une tradition. À la naissance, on était déjà engagée comme femme de chambre, cuisinière, servante, nourrice, lingère… Il y avait un bataillon de domestiques à Chrichton, en ces temps-là, et j’ai fait comme ma mère, ma grand-mère, mon arrière-grand-mère, je suis entrée au service des McCallum. C’était l’année de la naissance de ton père, Duncan. On donna une fête magnifique. On s’est tous réjouis. Tu as entendu parler de la malédiction qui pèse sur le château ?

— J’ai lu l’histoire en faisant des recherches…

— Alors, tu es au courant… On était tous concernés car… tu sais, les McCallum avaient coutume d’engrosser les domestiques et on se disait toutes qu’on avait du sang McCallum dans nos veines. Qu’on portait nous aussi la malédiction du moine… J’ai une ancêtre qui a mis au monde un bâtard dans les écuries. Elle est morte en couches et a juste eu le temps de faire une croix sur le front de l’enfant et de murmurer une prière pour éloigner le maléfice… On ne se révoltait pas. Cela allait de soi. Les plus malignes faisaient passer l’enfant, les autres le gardaient… et reprenaient leur service. Moi, j’ai eu l’audace de leur résister. J’étais tombée amoureuse d’un Anglais, Mr Howell, et quand le père de ton père l’a appris, il m’a renvoyée. J’avais pactisé avec l’ennemi héréditaire, je devais partir. Je suis allée rejoindre Mr Howell à Londres et j’ai vécu là-bas jusqu’à sa mort. Mais je m’égare, c’est un peu fouillis tout ce que je te raconte…

— Non, continuez, l’encouragea Gary qui comprenait que c’était la première fois que cette femme en manteau violet se confiait.

Elle lui sourit avec gratitude et poursuivit :

— À la mort de mon mari, je suis revenue à Édimbourg. La ville me manquait. J’ai acheté cette petite maison que j’ai transformée en pension et j’ai loué des chambres à des étudiants. C’est comme ça que j’ai rencontré ta mère, Shirley… C’était une belle jeune fille, rebelle, audacieuse. Elle faisait les quatre cents coups et j’ai souvent dû intervenir pour ramener le calme dans sa chambre. Elle n’avait pas froid aux yeux, ça, on peut le dire sans la calomnier…

Gary sourit à l’idée de sa mère semant la panique dans la petite pension de Mrs Howell.

— Quand elle est tombée amoureuse de ton père, j’ai essayé de lui dire que rien de bon ne sortirait de cette affaire, que le sang des McCallum était vicié, mais bien sûr, elle ne m’a pas écoutée. Elle n’en faisait qu’à sa tête et puis, elle était amoureuse et tu ne peux rien contre une jeune fille amoureuse… En plus, à cette époque, je m’étais mise à boire. Le retour au pays avait été difficile et je me retrouvais bien seule… Même ma famille m’en voulait ! Il faut que tu saches que les Écossais n’aiment pas du tout les Anglais. Si tu veux insulter un Écossais, tu le traites d’Anglais !

— À ce point-là ?

Elle hocha la tête et continua :

— Je dois dire que les Anglais ont tout fait pour humilier le fier sang écossais. Sais-tu qu’à une époque, les cartes météo que tu vois à la télé étaient dessinées de telle façon que l’Écosse était réduite à la taille d’un confetti ! Pendant les matchs de rugby qui opposent l’Angleterre à la France, les Écossais sont toujours du côté des Français contre les Anglais… c’est une haine qui n’en finit pas d’expirer. Aujourd’hui, on a notre propre Parlement, on fait nos lois, on a notre monnaie et certains rêvent d’indépendance complète… Avec mon nom anglais, j’étais très mal vue… Et très isolée. Alors je buvais, je buvais le soir pour oublier que j’étais si seule… Lui aussi, ton père, était seul. Il courait les filles, traînait dans les pubs, allait chasser les daims et pêcher dans les rivières. Jamais travaillé ! Il a vendu petit à petit toutes les terres autour du château… Je vais t’emmener voir le château et tu seras fier. Sauf que maintenant, il ne reste que les pierres. De vieilles pierres grises et branlantes. Les murs s’écroulent et je me demande comment il peut encore vivre là-dedans sans prendre une solive sur la tête…

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