Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi
- Автор: Pancol Katherine
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
— À condition que je sois le seul photographe ! Et que je puisse aller voir sous ta jupe.
Il joignit le geste à la parole et glissa sa main sous sa jupe.
— Tu es mon roi, mon féroce, mon audacieux… le seul qui ait le droit de m’emmener au cirque ! gloussa Josiane, alanguie.
Marcel remua de plaisir et enfonça le nez entre les seins de sa Choupette adorée.
— Il est dans sa chambre, Junior ?
— Faut pas le déranger, il bosse son anglais avec une méthode que je lui ai trouvée… Immersion totale. Il en a jusqu’à vingt heures…
— On fonce au lit se dire des mots d’amour ?
— On fonce, Alphonse…
Et ils gagnèrent leur chambre à pas de loup, firent voler le dessus-de-lit, voler jupe, pantalon et cotillons et se jouèrent le grand huit qui déraille, le petit boa orphelin, l’araignée étoilée des mers du Nord, le petit pingouin sous la glace, le grand fou qui jongle avec des choux verts et la girafe cinglée à l’accordéon. Enfin, fourbus, repus, ils se jetèrent dans les bras l’un de l’autre, se félicitèrent de tant de verve sexuelle, se pourléchèrent, se frictionnèrent, gonflèrent de bonheur et retombèrent comme deux baudruches flapies.
Marcel ronronnait et récitait les vers vieux de trois mille sept cents ans gravés sur les murs du temple de la déesse Ishtar de Babylone en Mésopotamie : « Que le vent souffle, que frémisse la futaie ! Que ma puissance s’écoule comme l’eau de la rivière, que mon pénis soit bandé comme la corde d’une harpe… »
— Que ton verbe est riche, mon bon gros, aussi riche et dru que ton membre généreux, soupira Josiane.
— Ah ! Je ne meurs pas au cul de ma princesse, moi ! s’exclama Marcel. Je ne m’endors jamais sur le rôti…
— Ça, pour sûr, tu n’as pas le pousse-mou et jamais ne lèves le siège !
— Que veux-tu, ma tourterelle, ton corps me rend lyrique. Il m’inspire, me fait jouer du trémolo, m’affole les arpèges. Le jour où je mettrai les chaussettes à la fenêtre, je n’aurai plus qu’à me pendre à la corde…
— Ne parle pas de malheur, mon aimé…
— C’est que je ne suis plus tout jeune et l’idée que tu te trouves privée de piment dans la peau me glacerait au plus profond des os… Il te faudrait alors aller te sustenter ailleurs et…
Il pensa au fringant Chaval qui avait honoré autrefois sa Choupette. Il avait cru en perdre le souffle et était devenu jaune comme un vieux malheur. Il eut un petit rire vengeur et la serra contre lui pour s’assurer que personne ne viendrait la lui reprendre.
— Tiens ! Demande-moi plutôt qui m’a rendu visite au bureau…
— Alors qui est venu au bureau aujourd’hui ? reprit Josiane en frétillant de plaisir sous le poids de son amant royal, le roi du Bengale.
— Chaval. Bruno Chaval.
— Quoi ? Le rastaquouère gominé ? Celui qui a filé à la concurrence et a menacé de nous ruiner[19] ?
— Lui-même. Plus très frais, le poissonnet ! Il pleure misère. Il a été renvoyé de sa dernière boîte. N’a pas voulu me dire pourquoi. Je peux te le dire, moi : il pue l’embrouille. Il n’est pas net du col. Il a les yeux qui se croisent et ne disent pas bonjour. Il cherche une place, il voudrait que je le reprenne, même très bas. Prêt à donner un coup de main à René !
— C’est louche, mon gros loup, il prépare un mauvais coup… Le Chaval a une haute idée de lui-même. Il ne se vendrait pas pour deux rondelles d’oignon…
— C’est vrai que tu le connais bien, ma tourterelle… Tu l’as pratiqué autrefois et pas qu’en position verticale !
— Ce fut une erreur… On commet tous des erreurs. C’était quand tu étais marié avec le Cure-dents et que t’avais le courage d’un loufiat… Alors tu lui as dit quoi ?
— Que je ne pouvais rien faire pour lui… qu’il s’adresse à d’autres bonnes âmes… Et je l’ai retrouvé une heure plus tard en train de faire le beau chez la Trompette ! Je sais pas de quoi ils parlaient, mais ils causaient, ils causaient…
— Tu vas voir qu’il va finir gigolo ! Remarque qu’il ne lui reste plus que ça : faire le beau dans le lit des dames… Avec sa taille cambrée et son regard réglisse…
— C’est un rôle que je ne pourrai jamais tenir, soupira Marcel en chatouillant sa Choupette.
Heureux. Il était heureux. Leur montée chromatique vers le bonheur l’avait lavé de tous ses soucis et il reposait, béat, aux côtés de sa femme, prêt à jacasser encore pendant des heures. Il existait entre eux une entente si parfaite qu’il ne pouvait rester longtemps sombre en compagnie de Josiane ; il respirait avec délices le parfum de sa crinière épaisse et douce, reniflait les plis de son cou, goûtait la sueur de son corps, enfonçait le nez partout dans la chair molle et grasse. La vie lui avait offert le phénix des femmes, sa moitié d’orange, et les tracas s’effaçaient semblables à des chiffres à la craie sur un tableau noir.
Il oubliait tout quand il tenait sa Choupette entre les bras.
Pourtant, les soucis ne manquaient pas.
La tête lui tournait devant les difficultés qui s’amoncelaient. Il ne savait plus par quel bout prendre les problèmes…
Il avait toujours compté sur son bon sens de gamin des rues, son ingéniosité à s’adapter aux circonstances, son admirable sens des affaires qui lui permettait de rouler l’un pour mieux estourbir l’autre, pour se sortir des situations les plus périlleuses. Marcel Grobz n’était pas un enfant de chœur. Il n’avait pas fréquenté les grandes écoles, mais il possédait le génie de l’analyse et de la synthèse, l’intuition du coup à jouer en avance et prenait toujours ses adversaires de court. Rien ne lui répugnait : ni la commission rondelette glissée dans la main à la dernière minute, ni le renversement d’alliances, ni le bon gros mensonge proféré sur le ton de la plus grande sincérité en roulant des yeux. C’était à la fois un grand calculateur et un fin stratège. Il ne se perdait jamais en conjectures fumeuses ou alors c’était pour tromper l’ennemi. Lui laisser croire qu’il était faible et l’anéantir ensuite. Il savait manier l’insinuation perfide, la fausse information, la dénégation naïve pour s’imposer ensuite dans toute son ampleur de général romain.
Il avait compris que l’argent achetait tout et ne répugnait pas à signer des chèques pour acheter la paix. Chaque chose a son prix et si le prix était raisonnable, il mettait l’argent sur la table. C’est ainsi qu’il avait conclu l’armistice avec Henriette. Elle veut du pognon, elle en aura ! Je la gaverai pour obtenir la paix. Il faisait confiance à son habileté à regagner cet argent dépensé pour une femme revêche et dure qui avait profité de lui. Que lui importait ! Il avait été assez couillon pour se laisser attraper, il paierait maintenant… L’argent dominait tout, il dominerait l’argent. Ne se laisserait pas mener par ce maître avide.
Mais ces derniers temps, les affaires étaient devenues difficiles. Pour tout le monde. En Chine il y avait de vrais problèmes de norme et de qualité. Il aurait fallu qu’il soit sur place tout le temps, qu’il surveille les chaînes de fabrication, installe des moyens de contrôle, impose des tests. Qu’il passe au moins dix jours par mois sur place. Tout à son bonheur familial, il allait de moins en moins en Chine. Il faisait confiance à ses associés chinois et ce n’était pas une bonne idée. Pas une bonne idée du tout… Il aurait eu besoin d’un bras droit efficace. D’un homme jeune, célibataire, que les voyages n’effarouchent pas. Chaque fois qu’il essayait d’engager un commercial pour le seconder, l’homme, avant de s’asseoir, s’enquérait du nombre de semaines de congé, du tarif des heures supplémentaires, du montant des frais professionnels et de la qualité de la mutuelle. Il protestait si les déplacements étaient trop fréquents ou s’il ne voyageait pas en première classe. Et moi qui ai implanté des usines aux quatre coins du monde en voyageant les genoux sous le menton ! gémissait-il en retournant le problème dans tous les sens sans trouver de solution. Avant, au temps du Cure-dents, il arpentait le globe. Chine, Russie, pays de l’Est, il vivait dans sa valise. Aujourd’hui, un aller-retour à Sofia lui paraissait un tour du monde ! Or son entreprise s’était surtout développée hors de France. Douze mille personnes travaillaient pour lui à l’étranger, quatre cents en France. Cherchez l’erreur !