Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi
- Автор: Pancol Katherine
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
Sujet, verbe, complément. L’ordre et la discipline reviennent dans les écoles. La France se redresse. Les enfants agitent le drapeau tricolore et sont fiers de leur pays. Comme au temps du général de Gaulle. Voilà un bel exemple de grammaire et de civisme. Henriette vénérait le général de Gaulle. Un homme qui parlait le français sans fautes ni incorrections. Quand le langage rejoint la droiture d’esprit et de corps ! Elle ne pouvait pas en dire autant de l’esprit avachi de son élève…
Henriette Grobz prenait au sérieux le redressement scolaire de Kevin Moreira dos Santos. Elle avait compris qu’il y avait en cet enfant un filon extraordinaire. Une « mauvaiseté » qu’elle pourrait exploiter à son profit. Il semblait doué pour le crime. Il lui manquait encore quelques outils, qu’elle allait lui fournir sans tarder. Il n’avait pas d’états d’âme, ni le moindre tressaillement de conscience à l’idée de faire le mal. D’ailleurs, il ignorait la différence entre le Bien et le Mal. Il ne connaissait que son propre confort. Ce qui l’arrangeait était le Bien, ce qui le contrariait était le Mal. Il avait mille idées pour contourner les difficultés, repousser l’effort, profiter de son prochain, obtenir ce qu’il voulait dans l’instant et, s’il se montrait rétif à l’idée d’étudier, il devenait ingénieux dès qu’il s’agissait d’améliorer son bien-être quotidien et pouvait alors développer une belle énergie.
Ce jour-là, encore, elle ne fut pas déçue.
Alors qu’elle se présentait pour sa leçon hebdomadaire, Kevin grogna quelque chose qu’elle ne comprit pas. Il ne disait jamais bonjour ni ne se levait quand elle entrait dans sa chambre. N’arrêtait pas de mâcher son chewing-gum pendant la leçon et de faire la scie musicale avec son élastique entre les dents.
Comme elle allait s’asseoir à sa place habituelle entre le coude de Kevin et le mur, il parut contrarié et tenta de dissimuler ce qu’il était en train de faire sur son écran d’ordinateur.
— T’es en avance, vieille bique… Reviens plus tard, j’suis occupé.
— J’y suis, j’y reste… Je sors mes affaires et j’attends que tu sois prêt…
Elle sortit les cahiers de Kevin, les devoirs qu’elle avait faits au brouillon afin qu’il les recopie, un livre de grammaire, un autre de géographie.
— Casse-toi, j’te dis…
— Qu’est-ce qu’il y a, mon ange ? Je te dérange ?
— T’as tout bon, vieille truie… dégage !
Habituée à la grossièreté du garçon, Henriette s’assit et détourna la tête.
— Mieux que ça… je veux voir que ton dos !
Elle entendait les doigts du gamin s’agiter sur le clavier. Elle fit semblant de se pencher pour prendre un livre dans le cartable posé aux pieds de Kevin et assista en direct à un hold-up. Kevin allait sur le site bancaire de sa mère, tapait une série de chiffres puis un code secret, accédait au compte de Mme Moreira dos Santos, le consultait.
— Et ensuite… que fais-tu ? demanda Henriette en relevant brusquement la tête.
— Ça te regarde pas…
— Oui, mais ça regarde ta mère.
Le gamin se mordit la langue. Piqué, il était piqué. En pleine action.
— Et elle n’aimerait pas trop que je lui raconte ce que je viens de voir…, susurra Henriette poussant l’avantage.
Il gigotait maintenant sur le bout de ses fesses grasses. La chaise grinçait.
— T’as compris quoi ?
— J’ai compris ta ruse… Et je la trouve brillante, si tu veux tout savoir… Considère-moi comme une alliée, pas comme une dénonciatrice… sauf si tu m’y forces.
Il la contemplait, méfiant.
— Allez… T’as rien à perdre, tout à gagner… On peut faire des affaires ensemble…
— J’ai pas besoin de toi pour gagner du fric…
— Oui, mais t’as besoin d’acheter mon silence. Alors, donnant-donnant, tu m’expliques et je me tais… Ou…
Il s’emmêlait les doigts dans son élastique et ne savait plus que dire.
— Tu la fermes, vieille bique, si je t’essplique ? Tu la fermes ou je te casse une jambe dans l’escalier quand tu descends à pied pour économiser l’ascenseur… Ou je te dénonce quand tu branches ton aspirateur sur la prise du palier…
— Je dis rien. Rien de rien…
— Tu sais que j’en suis capable ?
— Je le sais.
— Ça me ferait plaisir, en plus…
— J’en suis persuadée…, sourit Henriette, sachant qu’elle avait gagné et qu’il multipliait les menaces pour adoucir l’aveu qu’il allait être obligé de faire.
Et elle pensa, tu es fait comme un rat, mon petit Kevin, et dorénavant je vais pouvoir te faire chanter.
Alors il « esspliqua ».
Il visitait régulièrement le compte de sa mère. Quand ce dernier était bien rempli, il subtilisait la Carte bleue de sa génitrice et la soulageait de dix, vingt, trente euros. Cela dépendait de ses besoins. Si le compte était raplapla, il n’y touchait pas. Cela durait depuis longtemps et elle n’y voyait que du feu.
— Simple, non ? dit-il avec un zeste de vantardise dans la voix. Je visite son compte à son insu. Je pique des petites sommes.
Sujet, verbe, complément d’objet direct, pensa Henriette, ce sont les combinaisons les plus simples qui sont les meilleures.
— Oui mais comment as-tu fait pour avoir ses codes secrets ? Celui de son compte en ligne et celui de la Carte bleue ? Elle doit se méfier avec un gamin comme toi…
— Tu parles si elle se méfie ! Elle dort avec son porte-monnaie sous l’oreiller !
— Mais ce n’est pas ça qui va t’arrêter tout de même ! Tu es plus finaud…
— Arrête la flatterie, vieille truie ! Ça marche pas avec moi…
— Bon, soupira Henriette, tu as décidé d’être désagréable… Je lui dis tout et tu files en pension l’année prochaine. T’auras même plus le loisir de me casser une jambe…
Kevin Moreira dos Santos réfléchit. Il se mit à mâcher son chewing-gum avec vigueur.
— Je te balancerai pas, répéta Henriette d’une voix douce. Je vais te faire une confidence : je suis passionnée par les escroqueries et les escrocs, ils sont à mes yeux les gens les plus ingénieux du monde…
Kevin trébucha sur le mot « ingénieux ». Il la regarda, méfiant. Ingénieux, c’était quoi cette entourloupe, une sorte d’ingénieur, un minable qui bosse pour les autres après avoir fait de longues années d’études ?
— Mais non ! Ingénieux, cela signifie malin, intelligent, imaginatif… Alors, tu me dis comment tu fais ? Tu es obligé, tu es fait aux pattes. Je te tiens par la barbichette…
— Bon d’accord, souffla-t-il en baissant les épaules.
C’était la première fois qu’il baissait les épaules devant elle et Henriette se félicita d’être arrivée un quart d’heure en avance. Leurs rapports allaient changer, elle passerait bientôt du statut d’exploitée à celui d’associée et si l’onctuosité n’était pas encore de mise entre eux, elle ne désespérait pas de se faire respecter un jour.
— Elle a enfermé ses papiers secrets dans un coffre dont elle garde la clé sur elle… Dans son soutif. Un jour, je lui ai fait un câlin, elle n’est pas habituée alors elle a été toute bouleversée, et j’ai piqué la clé. Je lui faisais des baisers, des gouzi-gouzi, je la chatouillais, elle pleurait de joie, elle était toute ramollie, j’ai glissé mon doigt entre les deux seins, j’ai fouiné dans le bonnet droit, le bonnet gauche et… Elle n’y a vu que du feu ! Et puis une voisine est arrivée avec une histoire de fuite d’eau dans la cave. La daronne a filé et moi, j’ai piqué les codes dans le coffre… Elle les change jamais, elle a peur de s’embrouiller. Elle a la cervelle d’une huître. Après, c’était facile de lui piquer la carte… Quand elle distribue le courrier, le matin, par exemple, les jours où je vais pas à l’école. Et puis le distributeur de fric est juste à gauche en sortant de l’immeuble… Ça me prend deux minutes, sauf quand y a la queue !