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Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]

Электронная книга - «Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, la planète géante, règne Lord Valentin le Coronal, qui, naguère jongleur, a retrouvé son trône, mais conservé un corps d’emprunt. Ces faits de haute chronique ont été relatés dans Le château de Lord Valentin.
Mais il n’est pas dit que le règne de Valentin restera serein. Tandis que le Coronal entreprend son Périple à travers les immensités de Majipoor, afin de se faire voir de ses peuples, accompagné de Carabella, son épouse bien aimée, de ses amis des jours d’infortune devenus grands seigneurs et d’une armée de courtisans, les nuages s’amoncellent, les maladies frappent les récoltes, s’étendent comme feu de forêt. Des monstres surgissent des forêts d’habitude paisibles de Majipoor. La famine survient, et la rébellion.
Faudra-t-il faire la guerre aux Changeformes ? Car ce sont eux, premiers occupants de la planète, jadis massacrés et refoulés par les humains venus de l’espace, qui tentent une nouvelle révolte. Valentin, qui est épris de paix et d’amour, ne parvient pas à s’y résoudre. Majipoor va-t-elle sombrer ?
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C’est alors que les rangs s’ouvrirent et qu’un petit homme trapu aux joues rouges et rugueuses en sortit pour faire face à Valentin. Il était vêtu d’une robe blanche de Coronal sur un pourpoint vert et il portait sur ses cheveux bruns en désordre la couronne à la constellation, ou tout au moins une imitation acceptable. Il leva les deux mains, les paumes tournées vers le ciel.

— Assez ! s’écria-t-il d’une voix forte. Pas plus loin, imposteur !

— D’où tenez-vous votre autorité pour donner ces ordres ? demanda Valentin d’un ton affable.

— De moi-même, car je suis le Coronal lord Sempeturn !

— Ha ! Vous êtes le Coronal et je suis un imposteur ? Je n’avais pas compris. Et par la volonté de qui êtes-vous donc Coronal, lord Sempeturn ?

— Par la volonté du Divin qui m’a choisi pour régner en cette période de vacance du pouvoir sur le Mont du Château !

— Je vois, dit Valentin. Mais à ma connaissance il n’y a pas de vacance. Il y a un Coronal du nom de lord Hissune qui a été légitimement nommé pour occuper cette dignité.

— Un imposteur ne peut nommer légitimement quelqu’un, répliqua Sempeturn.

— Mais je suis Valentin, son prédécesseur, devenu Pontife également par la volonté du Divin, s’il faut en croire l’opinion générale.

Sempeturn eut un sourire méchant.

— Vous étiez un imposteur quand vous prétendiez être Coronal et vous l’êtes toujours !

— Croyez-vous cela ? Ai-je donc été acclamé à tort par tous les princes et la noblesse du Mont, par le Pontife Tyeveras – puisse-t-il reposer éternellement à la Source – et par ma propre mère la Dame ?

— J’affirme que vous les avez tous bernés. La meilleure preuve en est la malédiction qui s’est abattue sur Majipoor. Car le Valentin qui fut nommé Coronal était un homme brun et regardez-vous… vous avez des cheveux brillants comme l’or !

— Mais c’est de l’histoire ancienne, mon ami, rétorqua Valentin en riant. Vous n’ignorez certainement pas que c’est par sorcellerie que l’on m’a privé de mon enveloppe charnelle pour me mettre dans celle-ci ?

— C’est vous qui le dites.

— Et c’est ce que les Puissances du royaume ont reconnu.

— Alors vous êtes un maître es tromperies, dit Sempeturn. Mais je n’ai pas de temps à perdre avec vous, des tâches urgentes m’appellent. Allez-vous en. Retournez d’où vous venez, remontez à bord de votre navire et descendez le fleuve. Si vous êtes encore dans cette province demain à la même heure, vous le regretterez amèrement.

— Je compte partir bientôt, lord Sempeturn, mais j’ai d’abord un service à vous demander. Ces soldats qui vous obéissent – les Chevaliers de Dekkeret, c’est bien le nom que vous leur donnez ? – nous avons besoin d’eux à l’est, aux frontières de Piurifayne, où lord Hissune le Coronal lève une armée. Allez le voir, lord Sempeturn. Placez-vous sous ses ordres. Faites ce qu’il vous demandera. Nous sommes conscients de ce que vous avez accompli en rassemblant ces troupes et nous ne voudrions pas vous priver de votre commandement. Mais vous devez vous associer à l’effort général.

— Vous devez être fou, dit Sempeturn.

— Ce n’est pas mon avis.

— Laisser ma ville sans surveillance ? Couvrir plusieurs milliers de kilomètres pour renoncer à mon autorité en faveur d’un usurpateur ?

— C’est nécessaire, lord Sempeturn.

— À Khyntor, je suis seul à décider de ce qui est nécessaire.

— Il faut que cela change, dit Valentin.

Il se glissa aisément dans l’état de transe et projeta une infime partie de son esprit en direction de Sempeturn, jouant avec lui et faisant froncer les sourcils de perplexité au petit homme rougeaud. Il envoya dans le cerveau de Sempeturn l’image de Dominin Barjazid habitant le corps qui autrefois était le sien.

— Reconnaissez-vous cet homme, lord Sempeturn ? dit-il.

— C’est… c’est… c’est l’ancien lord Valentin !

— Non, dit Valentin en envoyant une forte secousse de sa force mentale au faux Coronal de Khyntor.

Sempeturn vacilla, faillit tomber et s’agrippa aux hommes en uniforme vert et or qui l’entouraient. La couleur de ses joues s’accentua et devint violette comme du raisin trop mûr.

— Qui est cet homme ? demanda Valentin.

— C’est le frère du Roi des Rêves, murmura Sempeturn.

— Et pourquoi a-t-il les traits de l’ancien lord Valentin ?

— Parce que… parce que…

— Dites-le moi.

Sempeturn plia les genoux et s’affaissa doucement jusqu’à ce que ses mains tremblantes touchent presque le sol.

— Parce qu’il a volé le corps du Coronal afin d’usurper son titre et qu’il l’a gardé… par la grâce de celui qu’il voulait renverser…

— Et qui suis-je donc ?

— Vous êtes lord Valentin, dit piteusement Sempeturn.

— C’est faux. Qui suis-je, Sempeturn ?

— Valentin… le Pontife… le Pontife de Majipoor…

— Exact. Enfin. Et si je suis le Pontife, qui est le Coronal ?

— Celui… que vous avez nommé… votre majesté.

— J’ai dit qu’il s’appelle lord Hissune et qu’il vous attend à Ni-moya. Allez, rassemblez vos chevaliers, prenez la route de l’est avec votre armée et servez votre Coronal selon son bon plaisir. Partez, Sempeturn ! Partez !

Il projeta une dernière décharge d’énergie mentale vers Sempeturn qui chancela, vacilla et se laissa tomber à genoux.

— Majesté… votre majesté… pardonnez-moi…

— Je passerai une ou deux nuits à Khyntor, dit Valentin. Veillez à ce que tout soit en ordre. Et puis je pense que je me dirigerai vers les provinces occidentales où j’ai d’autres tâches à accomplir.

Il se retourna et vit Carabella qui le regardait comme si des ailes ou des cornes lui avaient poussé. Il lui sourit et lui envoya un baiser du bout des doigts. Cela m’a donné soif, songea-t-il. Je ne refuserais pas une ou deux coupes de bon vin, s’ils en ont à Khyntor.

Il baissa les yeux sur la dent de dragon qu’il avait gardé au creux de sa main et la caressa légèrement du doigt. Il entendit de nouveau le son des cloches et crut percevoir un frôlement d’ailes puissantes au plus profond de son âme. Il enveloppa soigneusement la dent dans un bout de soie colorée qu’il demanda à Carabella et la lui tendit.

— Prends-en bien soin jusqu’à ce que je te la redemande, ma douce, dit-il. Je pense qu’elle me sera bien utile.

Il regarda la foule et aperçut Millilain, la femme qui lui avait donné la dent. Elle avait les yeux fixés sur lui et ils flamboyaient. Cette effrayante intensité exprimait à la fois la révérence et le ravissement, comme si elle contemplait un être divin.

3

Hissune se rendit compte qu’une violente discussion avait lieu derrière la porte de sa chambre. Il s’assit dans son lit, fronça les sourcils et cligna légèrement des yeux. Il aperçut par la grande fenêtre qu’il avait à sa gauche la première lueur rougeâtre du soleil à l’horizon. Il avait veillé tard dans la nuit pour préparer l’arrivée de Divvis le jour-même et il était mécontent d’être tiré de son sommeil si peu de temps après l’aube.

— Qui est là dehors ? grommela-t-il. Par le Divin, quel est ce remue-ménage ?

— Monseigneur, il faut que je vous voie immédiatement ! fit la voix d’Alsimir. Vos gardes disent que vous ne devez être réveillé sous aucun prétexte, mais il faut absolument que je vous parle !

— Puisqu’il semble que je suis réveillé, tu peux entrer, dit Hissune en soupirant.

Il y eut un bruit de verrous que l’on tirait et au bout de quelques instants Alsimir entra, l’air très agité.

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