Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Серия: Majipoor (fr) #3
- Год: 1985
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-04390-1
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]». Краткое содержание книги:
Mais il n’est pas dit que le règne de Valentin restera serein. Tandis que le Coronal entreprend son Périple à travers les immensités de Majipoor, afin de se faire voir de ses peuples, accompagné de Carabella, son épouse bien aimée, de ses amis des jours d’infortune devenus grands seigneurs et d’une armée de courtisans, les nuages s’amoncellent, les maladies frappent les récoltes, s’étendent comme feu de forêt. Des monstres surgissent des forêts d’habitude paisibles de Majipoor. La famine survient, et la rébellion.
Faudra-t-il faire la guerre aux Changeformes ? Car ce sont eux, premiers occupants de la planète, jadis massacrés et refoulés par les humains venus de l’espace, qui tentent une nouvelle révolte. Valentin, qui est épris de paix et d’amour, ne parvient pas à s’y résoudre. Majipoor va-t-elle sombrer ?
Faraataa avait estimé que cinquante mille de ces crustacés pouvaient en cinq jours semer la panique dans une ville de la taille de Khyntor. Mais comme Ceux Qui Ne Changent Pas avaient décidé d’envahir Piurifayne, il avait dû lâcher les pilligrigorms non pas dans une ville, mais sur le sol même de Piurifayne, dans l’espoir qu’ils jetteraient la confusion dans l’immense armée de Divvis et l’obligeraient à battre en retraite. Il ignorait encore si cette tactique avait été couronnée de succès.
De l’autre côté de la jungle, là où le Coronal lord Hissune conduisait une seconde armée sur une autre voie impossible suivant la rive ouest de la Steiche, Faraataa projetait de tendre un enchevêtrement de lianes à glu très collantes et impénétrables sur des centaines de kilomètres pour les obliger à faire des détours de plus en plus larges jusqu’à ce qu’ils soient complètement perdus. La difficulté de ce stratagème venait de ce que seuls les frères de la forêt savaient manier les lianes à glu. La sueur de ces insupportables petits singes sécrétait un enzyme qui les immunisait contre la viscosité des lianes. Mais les frères de la forêt n’avaient guère de raison d’aimer les Piurivars qui les avaient chassés pendant des siècles pour la riche saveur de leur chair et apparemment il ne s’avérait pas facile de s’assurer leur concours pour cette manœuvre.
Faraataa sentit la colère monter en lui.
Tout s’était si bien déroulé au début. Le déclenchement des maladies et des fléaux dans les régions rurales – provoquant l’effondrement de l’agriculture sur une surface aussi vaste – la famine, la panique, les migrations massives – oui, exactement comme c’était prévu. Et l’envoi des animaux monstrueux avait également bien marché, sur une plus petite échelle, aggravant les craintes de la population et compliquant la vie des citadins.
Mais l’effet n’avait pas été aussi fort que Faraataa l’avait espéré. Il s’était imaginé que les gigantesques miluftas avides de sang terroriseraient Ni-moya déjà en plein chaos – mais il n’avait pas prévu que l’armée de lord Hissune se trouverait dans la ville quand les miluftas y arriveraient, ni que ses archers tueraient si facilement les oiseaux. Et maintenant Faraataa n’en avait plus et il faudrait cinq ans pour en élever d’autres en quantité suffisante pour donner un résultat.
Mais il y avait encore les pilligrigorms et des millions de gannigogs attendant dans des cuves d’être lâchés. Il y avait aussi les quexes, les vriigs, les zambinaxes et les malamolas. Il y avait de nouveaux fléaux : un nuage de poussière rouge qui s’abattrait sur une ville en une nuit et empoisonnerait ses réserves d’eau pendant des semaines ; et une spore pourpre de laquelle naissait un ver qui s’attaquait aux animaux en pâture. Faraataa hésitait à employer certaines de ces armes, car ses savants lui avaient dit qu’il ne serait peut-être pas aisé de les contrôler après la défaite de Ceux Qui Ne Changent Pas. Mais si son peuple devait souffrir de la guerre, s’il semblait ne plus y avoir d’espoir – eh bien alors, Faraataa n’aurait aucun scrupule à lancer contre l’ennemi tout ce qui pourrait lui nuire, quelles qu’en fussent les conséquences.
Aarisiim revint, s’approchant timidement.
— Il y a des nouvelles, ô Roi Qui Est.
— De quel front ?
— Des deux, ô Roi.
— Sont-elles mauvaises ? demanda Faraataa en le fixant d’un regard pénétrant.
Aarisiim hésita un instant.
— À l’ouest ils détruisent les pilligrigorms. Ils projettent par des tubes métalliques une sorte de feu qui fait fondre leur carapace. Et l’ennemi progresse rapidement dans la zone où nous avons lâché les pilligrigorms.
— Et à l’est ? dit Faraataa d’un ton froid.
— Ils ont pénétré dans la forêt et nous n’avons pas pu dresser à temps la barricade de lianes à glu. Les éclaireurs disent qu’ils cherchent Ilirivoyne.
— Pour aller trouver la Danipiur et s’allier avec elle contre nous.
Les yeux de Faraataa lancèrent des éclairs.
— La situation est mauvaise, Aarisiim, mais nous sommes loin d’être vaincus ! Appelle Benuuiab, Siimii et quelques autres. Nous allons partir pour Ilirivoyne et nous emparer de la Danipiur avant qu’ils la trouvent. Et nous la mettrons à mort si c’est nécessaire. Avec qui s’allieront-ils alors ? S’il faut trouver un Piurivar ayant assez d’autorité pour gouverner, il n’y aura que Faraataa, et Faraataa ne signera pas de traités avec Ceux Qui Ne Changent Pas.
— S’emparer de la Danipiur ? dit Aarisiim d’un air dubitatif. Mettre la Danipiur à mort ?
— S’il le faut, je détruirai toute la planète plutôt que de la leur rendre !
5
En début d’après-midi ils firent halte à l’est de la vallée de Dulorn dans le Val de Prestimion qui avait été autrefois un important centre rural. Le voyage que Valentin effectuait à travers le continent tourmenté de Zimroel l’avait mis en présence de scènes d’une tristesse accablante – fermes abandonnées, villes dépeuplées, traces de terribles luttes pour survivre… mais de tous les endroits qu’il avait vu, le Val de Prestimion était certainement le plus déprimant.
Les champs étaient carbonisés, ses habitants silencieux, stoïques et hébétés.
— Nous cultivions la lusavande et le riz, dit l’hôte de Valentin, un planteur nommé Nitikkimal qui, semblait-il, était le maire. Le charbon de la lusavande a tout détruit et nous avons dû brûler les champs. Il faudra au moins encore deux ans avant de pouvoir les ensemencer de nouveau. Mais nous sommes restés ici. Personne n’a quitté Prestimion, votre majesté. Nous avons peu à manger, et nous autres les Ghayrogs nous n’avons pas de gros besoins, vous le savez. Pourtant nous n’avons pas assez de nourriture et nous n’avons pas de travail, cela nous rend nerveux et nous sommes tristes de voir la terre couverte de cendres. Mais c’est notre terre, voilà pourquoi nous restons. Pourrons-nous replanter un jour, votre majesté ?
— J’en suis certain, dit Valentin en se demandant s’il ne donnait pas un faux espoir à ces gens.
Nitikkimal habitait un grand manoir à l’extrémité de la vallée, avec de grosses poutres en bois de ghannimor noir et un toit d’ardoises vertes. Mais l’intérieur était humide et plein de courants d’air, comme si le planteur n’avait plus le cœur à faire les réparations qui devenaient nécessaires à cause du climat pluvieux du Val de Prestimion.
Pendant l’après-midi, Valentin se reposa un moment dans l’immense suite que Nitikkimal avait mise à sa disposition, avant d’aller à la salle de réunion municipale pour discuter avec les habitants de la région. Un gros paquet de dépêches provenant de l’Est attendait Valentin à son arrivée au manoir. Il apprit que Hissune s’était profondément enfoncé en territoire Métamorphe, qu’il était quelque part à proximité de la Steiche en train de chercher la Nouvelle Velalisier, la capitale rebelle. Valentin se demanda si Hissune aurait plus de chance qu’il n’en avait eu dans sa quête de l’insaisissable Ilirivoyne. Et Divvis avait levé une seconde armée encore plus importante pour attaquer l’autre côté du pays Piurivar. Valentin s’inquiéta en imaginant un homme aussi belliqueux que Divvis au milieu de cette jungle. Je n’avais pas projeté d’envoyer des armées envahir Piurifayne, songea Valentin. C’est ce que j’avais espéré éviter. Mais il savait bien que c’était devenu inévitable. Cette époque avait besoin d’hommes tels que Hissune, pas tels que Valentin. Il jouerait son rôle, ils joueraient le leur et, si le Divin le voulait, les plaies du monde commenceraient un jour à se cicatriser.