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Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]

Электронная книга - «Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, la planète géante, règne Lord Valentin le Coronal, qui, naguère jongleur, a retrouvé son trône, mais conservé un corps d’emprunt. Ces faits de haute chronique ont été relatés dans Le château de Lord Valentin.
Mais il n’est pas dit que le règne de Valentin restera serein. Tandis que le Coronal entreprend son Périple à travers les immensités de Majipoor, afin de se faire voir de ses peuples, accompagné de Carabella, son épouse bien aimée, de ses amis des jours d’infortune devenus grands seigneurs et d’une armée de courtisans, les nuages s’amoncellent, les maladies frappent les récoltes, s’étendent comme feu de forêt. Des monstres surgissent des forêts d’habitude paisibles de Majipoor. La famine survient, et la rébellion.
Faudra-t-il faire la guerre aux Changeformes ? Car ce sont eux, premiers occupants de la planète, jadis massacrés et refoulés par les humains venus de l’espace, qui tentent une nouvelle révolte. Valentin, qui est épris de paix et d’amour, ne parvient pas à s’y résoudre. Majipoor va-t-elle sombrer ?
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— Quel pont allons-nous prendre, votre majesté ? demanda Deliamber.

Il y en avait quatre en vue : l’un de brique, un autre avec des arches de pierre, un troisième frêle, étincelant et transparent, comme s’il avait été fait de verre, et le dernier, le plus proche, un assemblage arachnéen de câbles oscillants. Le regard de Valentin se porta successivement sur les quatre ponts, puis sur les tours de Khyntor au sommet carré, très loin sur la rive opposée. Il remarqua que l’ouvrage constitué d’arches de pierre semblait s’être effondré au beau milieu. Une tâche supplémentaire pour le Pontife, songea-t-il en se souvenant que le titre qu’il portait signifiait jadis « faiseur de ponts ».

— Je connaissais les noms de ces ponts, mon bon Deliamber, dit-il, mais je les ai oubliés. Pouvez-vous me les rappeler ?

— C’est le pont des Rêves qui est á droite, votre majesté. Le plus proche de nous est le pont du Pontife et à côté c’est le pont de Khyntor qui semble inutilisable. En amont, se trouve le pont du Coronal.

— Eh bien, alors, prenons le pont du Pontife ! dit Valentin.

Zalzan Kavol et quelques-uns des Skandars s’engagèrent les premiers. Derrière eux avançaient Lisamon Hultin, puis Valentin qui marchait sans se presser, Carabella à ses côtés. Deliamber, Sleet et Tisana les suivaient et le reste du petit groupe fermait la marche. La foule qui ne cessait de grossir restait à leur hauteur mais en gardant ses distances.

Au moment où Valentin arrivait au bord du pont, une femme brune et mince vêtue d’une robe orange passé se détacha de la masse des badauds et se précipita vers lui en criant : « Majesté ! Majesté ! » Elle parvint à s’approcher à trois ou quatre mètres de lui avant que Lisamon Hultin ne l’arrête en la saisissant par le bras et en la faisant pivoter sur elle-même comme une vulgaire poupée de chiffon.

— Non… attendez… murmura la femme que Lisamon semblait sur le point de repousser dans la foule. Je ne veux aucun mal au Pontife… J’ai un présent pour lui…

— Lâchez-la, Lisamon, dit calmement Valentin.

Fronçant les sourcils d’un air soupçonneux, Lisamon obtempéra, mais elle demeura tout près du Pontife, prête à agir.

La femme tremblait tellement qu’elle avait de la peine à garder l’équilibre. Ses lèvres frémissaient, mais elle fut incapable de parler pendant quelques instants.

— Vous êtes vraiment lord Valentin ? demanda-t-elle enfin.

— J’étais lord Valentin. Je suis maintenant le Pontife Valentin.

— Bien sûr. Bien sûr. Je le savais. On disait que vous étiez mort, mais je ne l’ai jamais cru. Jamais !

Elle s’inclina profondément.

— Votre majesté ! dit-elle.

Elle tremblait encore. Elle semblait assez jeune, mais il était difficile d’en être sûr, car la faim et les épreuves avaient creusé de profonds sillons sur son visage et sa peau était encore plus pâle que celle de Sleet.

— Je m’appelle Millilain, dit-elle en tendant la main. Je voulais vous donner ceci.

Dans sa paume reposait une sorte de couteau en os, long, mince, à la pointe effilée.

— Vous voyez, elle veut vous assassiner ! rugit Lisamon en s’apprêtant à bondir de nouveau.

Valentin l’arrêta d’un geste de la main.

— Attendez, dit-il. Qu’avez-vous là, Millilain ?

— Une dent… une dent sacrée… une dent du roi des eaux Maazmoorn…

— Ha !

— Pour vous protéger. Pour vous guider. C’est le plus grand des rois des eaux. Cette dent est précieuse, votre majesté.

Elle s’était mise à trembler comme une feuille.

— J’ai cru au début qu’il était mal de les adorer, que c’était un blasphème, que c’était criminel. Et puis j’ai réfléchi, j’ai écouté, j’ai appris. Les rois des eaux ne sont pas mauvais, votre majesté ! Ce sont nos véritables maîtres ! Nous leur appartenons, nous et tous ceux qui vivent sur Majipoor. Et je vous apporte la dent de Maazmoorn, votre majesté, le plus grand d’entre eux, le très puissant…

— Il vaudrait mieux continuer à avancer, Valentin, dit doucement Carabella.

— Oui, dit-il.

Il tendit la main et prit délicatement la dent. Elle mesurait à peu près vingt-cinq centimètres de long, était étrangement froide au toucher et luisait comme si elle était éclairée de l’intérieur. En refermant la main sur elle, il crut entendre fugitivement un son lointain de cloches, ou ce qui ressemblait à un son de cloches, mais qui produisait une mélodie comme il n’en avait jamais entendue.

— Je vous remercie, Millilain, dit-il gravement. J’en prendrai grand soin.

— Votre majesté, souffla-t-elle et elle repartit en titubant et se fondit dans la foule.

Valentin se remit en route et s’engagea lentement sur le pont qui menait à Khyntor.

La traversée dura une bonne heure. Bien avant d’atteindre l’autre rive, Valentin vit qu’une foule s’était rassemblée pour l’attendre ; mais il se rendit compte que ce n’était pas une foule ordinaire, car ceux qui se tenaient à l’avant-garde étaient vêtus de manière identique. Ils portaient un uniforme vert et or, les couleurs du Coronal. C’était donc une armée… l’armée du Coronal, lord Sempeturn. Zalzan Kavol se retourna, le visage sombre.

— Votre majesté ? dit-il.

— Continuez, dit Valentin. Quand vous arriverez devant le premier rang, écartez-vous, laissez-moi passer et restez à mes côtés.

Il sentit la main de Carabella se crisper craintivement sur son poignet.

— Te souviens-tu, dit-il, au début de la guerre de restauration, quand nous sommes arrivés à Pendiwane et avons trouvé une milice de dix mille hommes qui nous attendaient aux portes de la ville alors que nous n’étions qu’une poignée ?

— Mais ce n’est pas Pendiwane. Pendiwane ne s’était pas rebellée contre toi. Ce n’était pas un faux Coronal qui t’attendait devant les portes, mais un maire de province, gras et suant de peur.

— Cela revient au même, dit Valentin.

Il atteignit l’extrémité du pont. Le passage était bouché par les troupes en uniforme vert et or.

— Qui êtes-vous pour vouloir rentrer dans Khyntor sans la permission de lord Sempeturn ? cria d’une voix rauque un officier au regard apeuré qui se tenait au premier rang.

— Je suis le Pontife Valentin et je n’ai besoin de la permission de personne pour entrer dans une cité de Majipoor.

— Le Coronal lord Sempeturn refuse de vous laisser avancer au-delà de ce pont, étranger !

— Comment le Coronal, si Coronal il y a, peut-il aller contre la volonté du Pontife ? demanda Valentin en souriant. Allons, écartez-vous !

— Je n’en ferai rien. Car vous n’êtes pas plus Pontife que moi.

— Vous refusez de me reconnaître ? demanda calmement Valentin. J’aimerais entendre cela de la propre bouche de votre Coronal.

Valentin avança, entouré par Zalzan Kavol et Lisamon Hultin. L’officier qui l’avait défié jeta des regards hésitants de droite et de gauche aux soldats de la première ligne ; il se raidit et les autres l’imitèrent ; ils portèrent ostensiblement la main à la crosse de leur arme. Valentin continua d’avancer. Les soldats reculèrent d’un demi-pas, puis d’un autre, sans cesser de le regarder durement.

Valentin ne s’arrêta pas. La première ligne disparut à sa vue tandis qu’il poursuivait inexorablement sa marche en avant.

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