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Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]

Электронная книга - «Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, la planète géante, règne Lord Valentin le Coronal, qui, naguère jongleur, a retrouvé son trône, mais conservé un corps d’emprunt. Ces faits de haute chronique ont été relatés dans Le château de Lord Valentin.
Mais il n’est pas dit que le règne de Valentin restera serein. Tandis que le Coronal entreprend son Périple à travers les immensités de Majipoor, afin de se faire voir de ses peuples, accompagné de Carabella, son épouse bien aimée, de ses amis des jours d’infortune devenus grands seigneurs et d’une armée de courtisans, les nuages s’amoncellent, les maladies frappent les récoltes, s’étendent comme feu de forêt. Des monstres surgissent des forêts d’habitude paisibles de Majipoor. La famine survient, et la rébellion.
Faudra-t-il faire la guerre aux Changeformes ? Car ce sont eux, premiers occupants de la planète, jadis massacrés et refoulés par les humains venus de l’espace, qui tentent une nouvelle révolte. Valentin, qui est épris de paix et d’amour, ne parvient pas à s’y résoudre. Majipoor va-t-elle sombrer ?
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— Monseigneur…

— Que se passe-t-il ?

— La ville est attaquée, monseigneur ! Hissune fut tout à fait réveillé.

— Attaquée ? Par qui ?

— D’étranges et monstrueux oiseaux, dit Alsimir. Leurs ailes ressemblent à celles des dragons de mer, leur bec à des faux et leurs griffes répandent du poison.

— Il n’existe pas d’oiseaux de ce genre.

— Ce sont sûrement de nouvelles créatures envoyées par les Changeformes. Elles ont commencé à envahir Ni-moya peu après l’aube, venant du sud, une nuée hideuse, il y en a des centaines, peut-être des milliers. Elles ont déjà fait cinquante victimes ou davantage, et cela risque d’empirer au cours de la journée.

Alsimir s’approcha de la fenêtre.

— Regardez, monseigneur, il y en a quelques-unes qui tournoient au-dessus de l’ancien palais du duc…

Hissune vit un groupe de silhouettes effrayantes voltiger dans le pur ciel matinal : d’immenses oiseaux, plus grands que les gihornas, et même que les miluftas, mais beaucoup plus laids. Leurs ailes n’étaient pas des ailes d’oiseaux mais plutôt le genre d’organes noirs membraneux soutenus par des os allongés semblables à des doigts comme en avaient les dragons de mer. Leur bec dangereusement pointu et recourbé était d’un rouge ardent et leurs longues serres d’un vert vif. Ils piquaient férocement en quête de proies, reprenaient de l’altitude et s’abattaient de nouveau, tandis qu’au-dessous d’eux les gens couraient désespérément dans les rues à la recherche d’un abri. Hissune vit un garçon d’une douzaine d’années avec des livres de classe sous le bras sortir imprudemment d’un bâtiment et se trouver sur la trajectoire d’une des créatures ailées : celle-ci fondit sur l’enfant et quand elle fut à trois mètres du sol, elle sortit ses serres puissantes et porta son attaque, déchirant la tunique et marquant d’une entaille sanglante le dos de l’enfant. L’oiseau reprit vivement son essor et sa victime roula par terre, frappant le pavé et agité de violentes convulsions. Mais le garçon cessa presque aussitôt de remuer et trois ou quatre oiseaux, tombant du ciel comme des pierres, s’abattirent sur lui et commencèrent à le dévorer.

Hissune poussa un juron.

— Tu as bien fait de me réveiller, dit-il. A-t-on déjà pris des mesures ?

— Cinq cents archers sont en train de se poster sur les toits monseigneur. Et nous mobilisons aussi vite que possible les lanceurs d’énergie à longue portée.

— Ce n’est pas suffisant. Loin de là. Nous devons éviter une panique générale dans la ville – vingt millions de citoyens terrifiés courant dans tous les sens et mourant piétinés. Il est indispensable de leur montrer que nous pouvons tout de suite contrôler la situation. Fais monter cinq mille archers sur les toits. Dix mille même, si nous les avons. Je veux la participation de tous ceux qui savent tirer à l’arc – dans toute la ville, il faut que ce soit bien visible pour rassurer les gens.

— Oui, monseigneur.

— Et ordonne aux habitants de rester chez eux en attendant de nouvelles consignes. Personne ne doit sortir : personne, même pour une affaire urgente, aussi longtemps que les oiseaux constitueront une menace. Dis aussi à Stimion de faire savoir à Divvis que nous avons quelques ennuis et qu’il faut qu’il se méfie s’il a toujours l’intention d’entrer à Ni-moya ce matin. Et je veux que tu envoies chercher ce vieil homme qui dirige le zoo d’animaux rares dans les collines, celui avec lequel j’ai parlé la semaine dernière, Ghitain, Khitain, un nom comme ça. Raconte-lui ce qui s’est passé, s’il n’est pas déjà au courant et amène-le ici sous bonne garde. Fais ramasser quelques-uns des oiseaux morts et apporte-les pour qu’il les examine.

Hissune se tourna de nouveau vers la fenêtre, le regard noir. Le corps du garçon était complètement caché par les neuf ou dix oiseaux qui voletaient voracement autour de lui. Ses livres étaient éparpillés alentour de façon pathétique.

— Les Changeformes ! s’exclama-t-il amèrement. Envoyer des monstres faire la guerre à des enfants ! Ah, mais nous le leur ferons payer très cher, Alsimir ! Nous donnerons Faraataa à manger à ses propres oiseaux ! Va maintenant, il y a beaucoup à faire.

Tandis qu’il se hâtait de prendre son petit déjeuner, Hissune reçut régulièrement de nombreux compte-rendus détaillés. L’attaque aérienne avait fait plus d’une centaine de morts et le nombre des victimes s’accroissait rapidement. Au moins deux autres vols d’oiseaux avaient envahi la ville, ce qui faisait maintenant – pour autant que quelqu’un ait pu les compter – au moins quinze cents créatures ailées.

Mais la contre-attaque menée sur les toits donnait déjà des résultats : à cause de leur grande taille, les oiseaux volaient lentement et gauchement, offrant aux archers dont ils ne semblaient pas avoir peur des cibles faciles. Il était par conséquent assez facile de les abattre et leur extermination semblait être surtout une question de temps, même si d’autres devaient arriver de Piurifayne. Presque toutes les rues de la cité avaient été désertées par les habitants, car la nouvelle de l’attaque et l’ordre du Coronal de rester calfeutré chez soi s’étaient maintenant répandus jusqu’aux faubourgs les plus éloignés. Les oiseaux tournoyaient piteusement au-dessus de Ni-moya silencieuse et abandonnée.

Au milieu de la matinée, on apprit que Yarmuz Khitain, le conservateur du Parc des Bêtes Fabuleuses, avait été conduit à la Perspective Nissimorn et procédait actuellement dans la cour à la dissection d’un des oiseaux morts. Hissune l’avait rencontré quelques jours plus tôt, car Ni-moya était infestée de toutes sortes de créatures étranges et destructrices envoyées par les rebelles Métamorphes et le zoologiste avait donné de précieux conseils. Hissune descendit dans la cour et trouva Khitain, un homme d’un certain âge au regard sombre et à la poitrine creuse, accroupi au-dessus des restes d’un oiseau tellement grand qu’Hissune crut d’abord qu’il y en avait plusieurs étendus sur les pavés.

— Avez-vous déjà vu un animal de cette sorte ? demanda Hissune.

Khitain leva les yeux. Il était pâle, tendu, tremblant.

— Jamais, monseigneur. C’est une créature de cauchemar.

— De cauchemar Métamorphe, selon vous ?

— Sans aucun doute, monseigneur. Ce n’est manifestement pas un oiseau naturel.

— Vous voulez dire que c’est une créature synthétique ? Khitain secoua la tête.

— Pas tout à fait, monseigneur. Je pense qu’elles sont produites par manipulation génétique à partir de formes de vie existantes. La forme de base est celle d’un milufta, c’est évident – connaissez-vous cet animal ? C’est le plus gros charognard de Zimroel. Mais ils ont créé un oiseau encore plus gros et en ont fait un rapace, un prédateur, au lieu d’un nécrophage. Vous voyez ces glandes venimeuses à la base des serres – aucun oiseau de Majipoor n’en a, mais il existe en territoire Piurifayne un reptile appelé l’ammazoar qui en est pourvu et ils semblent qu’ils s’en soient inspirés.

— Et les ailes ? dit Hissune. Ils ont copié celles des dragons de mer, n’est-ce pas ?

— Le dessin est identique. En fait, ce ne sont pas vraiment des ailes d’oiseaux, mais plutôt le genre de palmure qui joint parfois les doigts de certains mammifères – les dhiims, par exemple, ou les chauves-souris, ou les dragons de mer. Les dragons de mer sont des mammifères, vous le savez, monseigneur.

— Oui, je sais, dit Hissune d’un ton sec. Mais ils n’utilisent pas leurs ailes pour voler. Quel est le but recherché en mettant des ailes de dragon sur un oiseau ?

— Autant que je puisse en juger, ce n’est pas pour l’aérodynamisme, répondit Khitain en haussant les épaules. Cela sert peut-être seulement à rendre les oiseaux plus terrifiants. Quand on utilise des créatures de ce genre comme instrument de guerre…

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