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Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]

Электронная книга - «Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, la planète géante, règne Lord Valentin le Coronal, qui, naguère jongleur, a retrouvé son trône, mais conservé un corps d’emprunt. Ces faits de haute chronique ont été relatés dans Le château de Lord Valentin.
Mais il n’est pas dit que le règne de Valentin restera serein. Tandis que le Coronal entreprend son Périple à travers les immensités de Majipoor, afin de se faire voir de ses peuples, accompagné de Carabella, son épouse bien aimée, de ses amis des jours d’infortune devenus grands seigneurs et d’une armée de courtisans, les nuages s’amoncellent, les maladies frappent les récoltes, s’étendent comme feu de forêt. Des monstres surgissent des forêts d’habitude paisibles de Majipoor. La famine survient, et la rébellion.
Faudra-t-il faire la guerre aux Changeformes ? Car ce sont eux, premiers occupants de la planète, jadis massacrés et refoulés par les humains venus de l’espace, qui tentent une nouvelle révolte. Valentin, qui est épris de paix et d’amour, ne parvient pas à s’y résoudre. Majipoor va-t-elle sombrer ?
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Comment cela est-il arrivé ? se demanda-t-il. Pourquoi les habitants de Ni-moya, souffrant de la faim, en proie à la panique et à un accès de folie, s’en étaient-ils pris à leur propre ville ? Était-ce la même chose à travers tout le centre de Zimroel, toute la beauté qu’il avait fallu des milliers d’années pour créer avait-elle été détruite dans une explosion destructrice et irraisonnée ? Nous avons payé cher pour tous ces siècles d’autosatisfaction béate, se dit Hissune.

Stimion vint le trouver pour lui donner des nouvelles de la dame Inyanna qu’il tenait d’un des squatters. Elle avait quitté Ni-moya depuis plus d’un an, quand un des faux Coronals avait exigé d’elle le manoir pour en faire son palais. Tout le monde ignorait où elle était allée et si elle était encore en vie. Le duc de Ni-moya et toute sa famille s’étaient également enfuis bien avant elle, ainsi que la majeure partie de la noblesse locale.

— Et le faux Coronal ? demanda Hissune.

— Parti lui aussi, monseigneur. De même que tous les autres, car il y en avait plus d’un ; vers la fin ils étaient dix ou douze, se disputant entre eux. Mais ils ont pris la fuite comme des bilantoons effrayés quand le Pontife Valentin est arrivé le mois dernier. Aujourd’hui il n’y a qu’un seul Coronal à Ni-moya, monseigneur, et il s’appelle Hissune.

— Est-ce donc là mon Grand Périple ? dit Hissune avec un faible sourire. Où sont les musiciens, où sont les défilés ? Pourquoi toute cette saleté et cette destruction ? Cela ne ressemble pas à l’idée que je me faisais de ma première visite à Ni-moya, Stimion.

— Vous y reviendrez à une époque plus heureuse, monseigneur, et tout sera redevenu comme avant.

— Le crois-tu ? Le crois-tu vraiment ? Ah, je prie pour que tu aies raison, mon ami !

Alsimir fit son apparition.

— Monseigneur, le maire vous présente ses respects et demande la permission de vous rendre visite cet après-midi.

— Dis-lui de venir ce soir. Nous avons pour le moment des choses plus urgentes à faire que de rencontrer les autorités locales.

— Je le lui dirai, monseigneur. Je crois que le maire s’inquiète de la taille de l’armée que vous avez l’intention de cantonner ici. Il a parlé de difficultés pour le ravitaillement et de quelques problèmes d’hygiène qu’il…

— Il fournira ce que nous lui demanderons, Alsimir, ou bien nous trouverons un maire plus capable, dit Hissune. Dis-lui aussi cela. Tu peux ajouter que le seigneur Divvis sera bientôt là avec une armée presque aussi grosse que la mienne, ou peut-être plus, et que le seigneur Tunigorn suivra ; il peut par conséquent considérer ses efforts actuels comme une simple répétition pour le vrai fardeau qu’il aura bientôt sur les épaules. Mais fais-lui savoir que les besoins alimentaires de Ni-moya seront diminués quand je partirai d’ici, car j’emmènerai avec moi plusieurs millions de ses concitoyens pour constituer une partie de l’armée d’occupation qui ira à Piurifayne et demande-lui quelle méthode il propose pour choisir les volontaires. Et s’il regimbe, Alsimir, fais-lui comprendre que nous ne sommes pas venus ici pour l’ennuyer, mais pour sauver sa province du chaos, alors que nous préférerions être en train de jouter au sommet du Mont du Château. Si après lui avoir dit tout cela tu trouves que son attitude n’est pas satisfaisante, mets-le aux fers et vois s’il y a un maire adjoint prêt à se montrer plus coopératif, et s’il n’y en a pas, trouve quelqu’un qui le soit.

Hissune adressa un sourire à Stimion.

— Assez parlé du maire de Ni-moya, reprit-il. A-t-on eu des nouvelles du seigneur Divvis ?

— Il y en a beaucoup, monseigneur. Il a quitté Piliplok et nous suit en remontant le Zimr aussi vite qu’il peut. En chemin il lève son armée. Nous avons des messages de lui provenant de Port Saikforge, Stenwamp, Orgeliuse, Impemonde et Obliom Vale, et aux dernières nouvelles il approche de Larnimisculus.

— Qui, si j’ai bonne mémoire, est encore à plusieurs milliers de kilomètres à l’est d’ici, n’est-ce pas ? dit Hissune. Nous en avons donc pour longtemps à l’attendre. Eh bien, il arrivera quand il arrivera, on ne peut pas le faire aller plus vite et je ne crois pas qu’il soit sage de partir pour Piurifayne sans l’avoir vu.

Il eut un petit sourire de regret.

— Notre tâche serait trois fois plus facile si cette planète était moitié plus grande. Alsimir, envoie à Divvis des messages l’assurant de notre plus haute considération à Larnimisculus et peut-être à Belka, Clarischanz et quelques autres villes au long de son trajet et lui disant combien j’ai hâte de le revoir.

— Est-ce vrai, monseigneur ? demanda Alsimir.

— Assurément, répondit Hissune en le regardant attentivement. Je suis très sincère, Alsimir !

Il choisit d’établir son quartier général dans le grand bureau situé au troisième étage du bâtiment. À l’époque où Calain frère du duc de Ni-moya, y avait habité – selon le souvenir que Hissune avait gardé – l’immense pièce lui avait servi de bibliothèque où il conservait des livres anciens reliés en cuir d’animaux rares. Mais les livres avaient disparu ; la bibliothèque n’était plus qu’un grand espace vide avec un simple bureau couvert de graffiti en son centre. Il y éclata ses cartes et réfléchit à l’entreprise qui l’attendait.

Hissune n’avait pas apprécié d’être laissé sur l’Ile du Sommeil quand Valentin s’était embarqué pour Piliplok. Il avait eu l’intention de se charger lui-même de la pacification de Piliplok et par les armes. Mais Valentin ne partageait pas ses idées et son point de vue avait prévalu. Oui, Hissune était peut-être Coronal, mais au moment où cette décision fut prise, il comprit que sa situation serait anormale pendant quelque temps, car il devrait supporter l’existence d’un Pontife vigoureux, actif et très présent qui n’avait aucune intention de se retirer dans le Labyrinthe. Les études d’histoire d’Hissune ne lui avaient fourni aucun exemple semblable. Même les plus forts et les plus ambitieux des Coronals – lord Confalume, lord Prestimion, lord Dekkeret, lord Kinniken – avaient cédé leur place et s’étaient installés dans leur demeure souterraine au terme de leur règne au Château.

Mais Hissune savait qu’il n’y avait pas de précédent à ce qui se passait actuellement. Et il ne pouvait pas nier que le voyage de Valentin à Piliplok – qu’Hissune avait considéré comme la pire des folies – avait été en fait un chef-d’œuvre de stratégie.

Imaginez : la ville rebelle abaissant humblement ses drapeaux et se soumettant au Pontife sans un murmure, exactement comme Valentin l’avait prédit ! Hissune se demanda quel était le secret qui lui permettait de réussir un coup si audacieux avec autant d’assurance. Mais après tout il avait reconquis son trône en utilisant la même tactique durant la guerre de restauration. Sa douceur, sa gentillesse cachaient un tempérament remarquablement fort et déterminé. Et pourtant, songea Hissune, la gentillesse de Valentin n’était pas qu’une façade ; elle était l’essence même de son caractère, ce qu’il y avait de plus profond et de plus authentique en lui. Valentin était un être extraordinaire, un grand roi, à sa façon insolite…

Et maintenant le Pontife poursuivait sa route vers l’ouest en longeant le Zimr avec son petit entourage, visitant tour à tour les régions endommagées, négociant doucement un retour à la normale. Il avait quitté Piliplok pour Ni-moya où il était arrivé quelques semaines avant Hissune. Les faux Coronals avaient fui à son approche ; les vandales et les bandits avaient cessé leurs méfaits ; on racontait que les citoyens hébétés et ruinés de la grande cité étaient venus par millions acclamer leur nouveau Pontife comme s’il pouvait d’un seul geste de la main remettre le monde dans son état antérieur. Le fait de marcher dans le sillage de Valentin simplifiait énormément le travail d’Hissune : au lieu d’être obligé de consacrer du temps et des ressources à assujettir Ni-moya, il trouva une ville paisible et disposée à coopérer à tout ce qui devait être fait.

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