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Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]

Электронная книга - «Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, la planète géante, règne Lord Valentin le Coronal, qui, naguère jongleur, a retrouvé son trône, mais conservé un corps d’emprunt. Ces faits de haute chronique ont été relatés dans Le château de Lord Valentin.
Mais il n’est pas dit que le règne de Valentin restera serein. Tandis que le Coronal entreprend son Périple à travers les immensités de Majipoor, afin de se faire voir de ses peuples, accompagné de Carabella, son épouse bien aimée, de ses amis des jours d’infortune devenus grands seigneurs et d’une armée de courtisans, les nuages s’amoncellent, les maladies frappent les récoltes, s’étendent comme feu de forêt. Des monstres surgissent des forêts d’habitude paisibles de Majipoor. La famine survient, et la rébellion.
Faudra-t-il faire la guerre aux Changeformes ? Car ce sont eux, premiers occupants de la planète, jadis massacrés et refoulés par les humains venus de l’espace, qui tentent une nouvelle révolte. Valentin, qui est épris de paix et d’amour, ne parvient pas à s’y résoudre. Majipoor va-t-elle sombrer ?
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Hissune traça du doigt un chemin sur la carte. Valentin était parti pour Khyntor. Mission ardue ; c’était le bastion du faux Coronal Sempeturn et de son armée privée, les Chevaliers de Dekkeret. Hissune craignait pour le Pontife. Mais il ne pouvait prendre aucune initiative pour le protéger : Valentin ne voudrait pas en entendre parler. « Je ne conduirai pas d’armées à l’assaut des villes de Majipoor », avait-il déclaré lorsqu’ils débattaient la question sur l’Ile ; et Hissune n’avait pas eu d’autre solution que de se soumettre à sa volonté. L’autorité du Pontife est toujours suprême.

Où irait Valentin après Khyntor ? Probablement dans les villes de la vallée de Dulorn, songea Hissune. Et ensuite peut-être vers celles du littoral, Pidruid, Til-omon, Narabal. Personne ne savait ce qui se passait sur cette côte lointaine où tant de millions d’habitants du cœur ravagé de Zimroel s’étaient réfugiés. Mais dans son for intérieur, Hissune voyait Valentin marcher inlassablement, ramenant l’ordre où il y avait le chaos par le seul rayonnement de son âme. C’était en réalité une étrange sorte de Grand Périple qu’effectuait le Pontife. Mais ce n’est pas le Pontife qui est censé faire les Grands Périples, songea Hissune avec gêne.

Il cessa de penser à Valentin pour se pencher sur ses propres responsabilités. Tout d’abord, attendre l’arrivée de Divvis. L’affaire promettait d’être délicate. Mais Hissune savait que toute la réussite future de son règne allait dépendre de la façon dont il s’y prendrait avec cet homme maussade et jaloux. Lui déléguer son autorité, certes, lui faire comprendre que parmi les généraux de cette guerre, il n’aurait de comptes à rendre qu’au Coronal. Mais en même temps le contenir, le maîtriser. Si c’était possible.

Hissune traça rapidement quelques traits sur la carte. Une armée placée sous le commandement de Divvis irait à l’ouest jusqu’à Khyntor ou Mazadone pour s’assurer que Valentin y avait réellement rétabli l’ordre et lèverait des troupes sur son passage ; ensuite elle redescendrait vers le sud-est pour prendre position le long des limites septentrionales de la province Métamorphe. L’autre armée, commandée par Hissune lui-même, descendant de Ni-moya, longerait les rives de la Steiche pour fermer la frontière orientale de Piurifayne. Puis s’engager à l’intérieur afin de prendre les rebelles en tenailles.

Que mangeront tous ces soldats sur une planète où l’on meurt de faim ? se demanda Hissune. Nourrir une armée de plusieurs millions d’hommes de racines, de noix et d’herbe ? Il secoua la tête. Nous en mangerons si c’est tout ce qu’il y a. Nous mangerons des pierres et de la boue. Nous mangerons les créatures démoniaques que les rebelles lancent contre nous. Nous mangerons nos propres morts, si c’est nécessaire. Et nous gagnerons. Et nous mettrons un terme à cette folie.

Hissune se leva, s’approcha de la fenêtre et regarda Ni-moya en ruine, plus belle maintenant que le crépuscule descendait pour cacher la majeure partie de ses blessures. Il aperçut son reflet dans la vitre et se salua d’un air moqueur. Bonsoir, monseigneur ! Le Divin soit avec vous, monseigneur ! Lord Hissune : comme cela était étrange. Oui, monseigneur ; non, monseigneur ; je vais le faire immédiatement, monseigneur. Ils lui faisaient le signe de la constellation. Ils reculaient avec respect. Ils se conduisaient tous envers lui comme s’il était vraiment le Coronal. Il s’y habituerait peut-être bientôt. Après tout, cela n’avait pas été une surprise. Pourtant c’était encore irréel pour lui. Peut-être parce que jusqu’à maintenant il avait consacré tout son règne à ce voyage improvisé sur Zimroel. Hissune se dit que cela ne deviendrait réel que lorsqu’il retournerait enfin au Mont du Château – au Château de lord Hissune ! – et que sa vie consisterait à signer des décrets, prendre des rendez-vous et présider d’importantes cérémonies, ce qu’il imaginait être les occupations d’un Coronal en temps de paix. Mais ce jour viendrait-il ? Il haussa les épaules. Question stupide, comme la plupart des questions. Ce jour viendrait quand il viendrait ; en attendant le travail ne manquait pas. Hissune retourna à son bureau et continua pendant une heure à annoter ses cartes.

Alsimir revint au bout d’un moment.

— J’ai parlé avec le maire, monseigneur. Il promet maintenant de nous apporter toute sa coopération. Il attend en bas dans l’espoir que vous l’autoriserez à vous faire part de son désir d’être coopératif.

— Fais-le monter, dit Hissune en souriant.

2

Quand il atteignit enfin Khyntor, Valentin ordonna à Asenhart de ne pas accoster dans la ville proprement dite, mais de l’autre côté de la rivière dans le faubourg sud de Khyntor, où l’on pouvait voir les merveilles géothermiques, les geysers, les fumerolles et les lacs bouillonnants. Il voulait faire son entrée dans la ville avec calme et mesure pour que le prétendu « Coronal » qui la régissait soit bien prévenu de son arrivée.

Ce ne pouvait pas être une surprise pour le faux Coronal lord Sempeturn. En effet, au cours de son voyage qui l’avait mené de Ni-moya à Khyntor en remontant le Zimr, Valentin n’avait caché ni son identité ni sa destination… Il avait fait de nombreuses haltes dans les villes qui bordaient l’énorme fleuve, rencontrant dans chacune d’elles les édiles ayant survécu et obtenant des promesses de soutien aux armées qui étaient recrutées pour affronter la menace Métamorphe. Et tout le long du fleuve, même dans des villes où il ne s’arrêtait pas, la population venait sur le passage de la flotte impériale en route pour Khyntor, agitant la main et criant : « Valentin Pontife ! Valentin Pontife ! »

Le voyage avait été triste car il était évident, même depuis le fleuve, que ces villes naguère si vivantes et si prospères n’étaient plus que l’ombre d’elles-mêmes, avec leurs entrepôts vides aux fenêtres brisées, leurs bazars déserts et leurs avenues de front de mer envahies par les mauvaises herbes. Et partout où il débarquait, il s’apercevait que malgré leurs acclamations et leurs gestes de la main, les gens qui étaient restés dans ces agglomérations avaient totalement perdu l’espoir : les yeux mornes et baissés, les épaules tombantes, le visage empreint de tristesse.

Mais en arrivant à Khyntor, cet endroit fantastique aux geysers tonnants, aux lacs chuintants et gargouillants et aux nuages de vapeur gazeuse vert pâle, Valentin vit autre chose sur les visages de la multitude qui s’était rassemblée sur les quais : un air attentif, curieux, impatient, comme si elle attendait le déroulement d’une sorte d’épreuve sportive.

Valentin savait qu’ils voulaient voir quel genre d’accueil lui réserverait lord Sempeturn.

— Nous serons prêts dans deux minutes, votre majesté, annonça Shanamir. Les flotteurs sont en train de descendre la rampe.

— Pas de flotteurs, répliqua Valentin. Nous entrerons dans Khyntor à pied.

Il entendit l’habituel petit cri horrifié de Sleet et vit son air exaspéré tout aussi familier. Lisamon Hultin avait le visage empourpré de contrariété et Zalzan Kavol fronçait les sourcils. Carabella elle aussi semblait inquiète. Mais nul n’osa protester. Nul n’osait plus protester depuis un certain temps. Non parce qu’il était devenu Pontife, songea-t-il : le passage d’un titre ronflant à un autre était en réalité de peu d’importance. C’était plutôt comme s’ils considéraient qu’il s’enfonçait chaque jour plus profondément dans un univers auquel ils n’avaient pas accès. Il leur devenait incompréhensible et Valentin, quant à lui, ne se préoccupait plus le moins du monde de sa sécurité : il se sentait invulnérable, invincible.

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