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Le Dico des dictionnaires

Электронная книга - «Le Dico des dictionnaires». Краткое содержание книги:

C’est en dirigeant un laboratoire du CNRS consacré aux mots et aux dictionnaires que Jean Pruvost a contracté une dicopathie incurable. Chaque foyer possède au moins un exemplaire de ce condensé d’érudition, inlassablement mis à jour par l’usage et codifié par l’Académie. Ivre des mots, ce dicolâtre vit, lui, entouré de 10 000 dictionnaires.
Créateur d’une Journée annuelle des dictionnaires qui réunit depuis vingt ans des linguistes du monde entier, il se livre à un passionnant effeuillage de l’objet de toutes ses convoitises dont il goûte jusqu’à l’odeur… On découvre l’histoire passionnante de ce best-seller méconnu et mille anecdotes. Comment, au XIXe siècle, la « fesse » a-t-elle été jugée si indigne qu’elle a disparu de certaines éditions ? Pourquoi trouvait-on la définition d’« un » automobile ou d’« une » cyclone avant que Littré ne change d’avis pour ce dernier mot ? Le « sexe féminin », « sexe imbécile » selon Furetière, n’y était guère mieux traité que l’« étudiante », cette « jeune fille de condition modeste et de mœurs légères ». Et que dire de ce collégien qui a rageusement biffé la mention des 30 000 mots annoncée sur la page de garde de son dictionnaire pour les remplacer par 28 943, selon son décompte ?
De Furetière et Vaugelas au Robert en passant par le Littré, la saga des Larousse ou le Dictionnaire de l’Académie, Jean Pruvost nous fait partager son addiction pour les mots de la langue française, leur histoire et leurs secrets.
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« La pouque sent toujours le hareng ! » signale-t-elle en quatrième de couverture : cette expression normande synonyme du fait que l’on ne peut renier ses origines, rappelle que c’est dans ce sac de jute, la pouque, qu’on transportait autrefois le hareng, l’odeur en restant forcément tenace.

Dans le même esprit, en 1984, pour un premier dictionnaire, le Dictionnaire des régionalismes de l’Ouest entre Loire et Gironde, le Vendéen Pierre Rézeau choisissait pour épigraphe une citation extraite de L’Histoire de Charles Brunet, par M. et J. N. Gurgand : « Si vous oubliez d’où vous venez, vous ne saurez plus qui vous êtes. » Alors jeune docteur ès lettres d’origine vendéenne, chargé de recherche au CNRS et réviseur du TLF — c’est ainsi que je l’ai connu —, Pierre Rézeau allait également offrir un ouvrage magistral de référence, le Dictionnaire des régionalismes de France, 1 100 articles, 10 000 exemples, 330 cartes. Au terme de plus de 500 enquêtes. Lexicologie de terrain ! On y trouve par exemple les premières attestations de la « verrine », avec une carte qui en indique l’ancrage à l’est de la France, en Lorraine, Alsace et Franche-Comté. Et de dénicher des témoignages du mot au XIIe siècle.

À ce monument paru en 2001 participait un autre « grand » des régionalismes, André Thibault, à qui je sais gré, alors que je l’invitai au dernier moment à une table ronde organisée à la Journée des dictionnaires, d’avoir offert un discours remarquable sur le sujet, au reste filmé par TV5 Monde, dans mon bureau à l’université de Cergy-Pontoise. André Thibault avait déjà donné en 1997 le Dictionnaire suisse romand, dans le droit fil du Trésor des vocabulaires francophones si ardemment lancé par Bernard Quemada à la fin des années 1980. Si au Québec on s’enfarge dans le tapis, en Suisse romande, on s’encouble les pieds dans le paillasson par exemple. En tout cas, pas question de foutimasser, c’est-à-dire de se « livrer à une occupation mal définie », « sans suite dans les idées », quand on rédige pareil dictionnaire, en compagnie de Pierre Knecht. Près de 1 200 mots, locutions et expressions caractéristiques de la Suisse romande sont ainsi recensés : de quoi se royaumer, « se promener en prenant du bon temps », dans ce « jardin extraordinaire » de régionalismes…

On s’en voudrait beaucoup de ne pas évoquer aussi deux autres grands frères d’armes : Loïc Depecker avec qui je dirige une collection sur la terminologie et la traduction, et Bernard Cerquiglini, recteur de l’Agence universitaire francophone. Au premier, grand terminologue, on doit à l’égard des régionalismes une belle contribution au sujet, dans la collection « Le Français retrouvé », Les Mots des régions de France, publié en 1992. Voilà un homme qui, malgré son équanimité, ni ne berlande sur le mode ardennais, c’est-à-dire va de ci, de là sans se concentrer sur sa tâche, ni ne berlaude, ce qui serait agir inconsidérément, comme on dit dans le Centre de la France.

Au second, M. Professeur sur TV5 Monde, ambassadeur rayonnant de la langue française, on doit une œuvre immense et en l’occurrence l’ajout d’une mention remarquée à la Délégation générale à la langue française, devenant sous sa houlette en 2001 la Délégation générale à la langue française et aux langues de France. Il s’agissait en effet de marquer la reconnaissance par l’État français de la diversité linguistique de notre territoire. De fait, contrairement à une idée reçue, elles sont une centaine : il ne conviendrait pas d’oublier le basque, le corse, les langues occitanes.

C’est qu’en vérité certaines langues régionales de France sont en grand danger de disparition : le gallo, le saintongeais, par exemple. Le gallo ? Langue de la Haute-Bretagne et d’une partie de la Basse-Normandie. On risque de ne plus être ferdillouz, frileux, très longtemps hélas. On aimerait bien pourtant pratiquer la mérienne, la sieste, sans s’inquiéter de la disparition du gallo. Le saintongeais ? Il est parlé dans les anciennes provinces d’Aunis, de Saintonge et en Angoumois, parfois aussi appelé charentais, il a grandement nourri en Amérique du Nord le parler acadien mais aussi québécois. Abeurnoncieau ! autrement dit, Horreur ! Du latin ab renoncio, je renonce à Satan…, on serait bénèze, bien heureux, d’acertainer, d’affirmer, que les baignassouts, les touristes qui ne font que se baigner, rencontrent toujours s’ils le veulent, quelques autochtones tartassant, bavardant, le saintongeais…

Mi ch’est mi

Pour conclure, revenons au chtimi, point de départ de cet attachement aux régionalismes, avec une famille bien ancrée dans le Nord-Pas-de-Calais. Eh bien les Chtis gardent leur secret… Ils divisent en effet les grammairiens. L’hypothèse qui l’emporterait serait peut-être celle d’un jeu de mots, en partant des formes patoises des pronoms personnels, moi, mi en chtimi, toi, ti dans la langue de ma grand-mère. Tout serait parti d’une formule « Mi ch’est mi, ti t’es to », très répandue dans les tranchées lors de la Première Guerre mondiale, relayée par la littérature et le « Chtimi aux yeux d’enfant », un personnage de Roland Dorgelès dans Les Croix de bois.

En définitive, pour beaucoup d’entre nous, le plaisir vif du régionalisme, c’est sans doute le plus souvent le fait de retrouver cet enfant au contact de ses ancêtres, qu’ils soient de Bretagne, d’Alsace, du Languedoc, de Franche-Comté, etc. Sans oublier le Pas-de-Calais.

Reliure

« Relieure : Voyez Reliûre. » Et Richelet de définir ainsi la reliûre : « Manière & façon dont un livre est relié. Une méchante reliûre… », c’est-à-dire qui ne vaut rien. Avec la « méchante reliûre », on est encore proche de l’origine du mot méchant, qui vient de meschéoir, meschéant, c’est-à-dire qui tombe mal, qui choit mal… En vérité, c’est en 1548 que la reliure est attestée en français sous la forme relieure, dérivée de relier, et du verbe lier, d’abord écrit loier ou leier, du latin ligare. Voilà qui explique l’orthographe mal fixée de la reliure au XVIIe siècle.

Lorsque, au XIXe siècle, l’imprimerie bat son plein, Pierre Larousse, auteur, imprimeur et éditeur du Grand Dictionnaire universel, consacrera plus de huit colonnes au sujet qui le passionne en citant d’emblée Lenormant, en écho à ses préoccupations : « La reliure est un des arts les plus importants pour conserver intacts les ouvrages précieux que les savants ont publiés… » Puis vient le second sens, l’ouvrage relié, et il choisit alors un exemple permettant d’épingler « certains amateurs » qui « n’estiment dans les livres que la reliure ». Il est vrai que fabrication industrielle, artisanale ou d’art, offre des livres aux reliures séduisantes, qu’elles soient pleines, dos et plats recouverts d’un même morceau de peau, ou qu’il s’agisse de demi-reliures, où seul le dos est recouvert, ou encore à dos brisé, la peau qui recouvre le dos ne tenant pas aux cahiers. On comprend ainsi qu’en 1906 Paul Léautaud, mal habillé, déclare tout de go : « Je ne suis pas relié, aujourd’hui, je ne suis que broché ! »

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