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Le Dico des dictionnaires

Электронная книга - «Le Dico des dictionnaires». Краткое содержание книги:

C’est en dirigeant un laboratoire du CNRS consacré aux mots et aux dictionnaires que Jean Pruvost a contracté une dicopathie incurable. Chaque foyer possède au moins un exemplaire de ce condensé d’érudition, inlassablement mis à jour par l’usage et codifié par l’Académie. Ivre des mots, ce dicolâtre vit, lui, entouré de 10 000 dictionnaires.
Créateur d’une Journée annuelle des dictionnaires qui réunit depuis vingt ans des linguistes du monde entier, il se livre à un passionnant effeuillage de l’objet de toutes ses convoitises dont il goûte jusqu’à l’odeur… On découvre l’histoire passionnante de ce best-seller méconnu et mille anecdotes. Comment, au XIXe siècle, la « fesse » a-t-elle été jugée si indigne qu’elle a disparu de certaines éditions ? Pourquoi trouvait-on la définition d’« un » automobile ou d’« une » cyclone avant que Littré ne change d’avis pour ce dernier mot ? Le « sexe féminin », « sexe imbécile » selon Furetière, n’y était guère mieux traité que l’« étudiante », cette « jeune fille de condition modeste et de mœurs légères ». Et que dire de ce collégien qui a rageusement biffé la mention des 30 000 mots annoncée sur la page de garde de son dictionnaire pour les remplacer par 28 943, selon son décompte ?
De Furetière et Vaugelas au Robert en passant par le Littré, la saga des Larousse ou le Dictionnaire de l’Académie, Jean Pruvost nous fait partager son addiction pour les mots de la langue française, leur histoire et leurs secrets.
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Aucun Québécois n’ignore Marie de l’Incarnation et pas moins qui sont les « filles du roi », c’est-à-dire les huit cents jeunes filles célibataires, recrutées, transportées et dotées par le roi de France, qui émigreront en Nouvelle France de 1663 à 1673, pour s’y marier et fonder une famille. « C’est une chose prodigieuse », souligne d’ailleurs Marie de l’Incarnation en 1667, « que de voir l’augmentation des peuplades qui se font en ce pays. Les vaisseaux ne sont pas plutôt arrivés que les jeunes hommes y vont chercher des femmes et dans le grand nombre des uns et des autres on les marie par trentaine. » Les Français qui s’établissent à demeure sont alors nommés Français-Canadiens ou Canadiens.

Du premier glossaire à la première station de radio

En 1743, voici imprimé le premier glossaire canadien par Pierre-Philippe Potier, un missionnaire belge. En 1759, expulsés par les Anglais de la première colonie française d’Amérique du Nord — en gros aujourd’hui la Nouvelle-Écosse —, quelques milliers d’Acadiens se réfugièrent au Québec. La même année, la France et l’Angleterre s’affrontent et c’en est fini de la Nouvelle France, dont une partie devient la « Province of Quebec », avec l’anglais comme langue de la justice et du pouvoir. Il faut attendre 1774 pour que l’Acte de Québec reconnaisse officiellement la langue française.

En 1791, la Province de Québec est divisée en deux, le Bas-Canada, principalement francophone, et le Haut-Canada, presque entièrement anglophone. Un débat aboutit en 1793 à ce que la Chambre d’Assemblée accepte que les textes des lois soient offerts en anglais et en français. En 1823, une pétition signée par 60 000 protestataires évite de justesse un projet visant à faire de l’anglais l’unique langue officielle. Se battre et encore se battre pour « vivre en français »…

Une rébellion éclate en 1837, 72 insurgés prônant l’égalité des langues sont exécutés, et en 1840 commence l’exode de nombreux Canadiens français vers les États-Unis. En 1852 se crée l’université Laval, à Québec, première université de langue française. C’est là qu’au cours de la dernière décennie du XXe siècle et au-delà ont exercé Claude Poirier, Jean-Claude Boulanger, Louis Mercier et Claude Verrault, un quatuor exceptionnel d’ardents mousquetaires de la langue française, chacun des quatre étant venu à la Journée des dictionnaires témoigner de leur savoir et de leur combat.

En 1895, c’est la naissance de la première école littéraire de Montréal pour « travailler avec tout le soin et toute la diligence possibles à la conservation de la langue française ». La Société du parler français au Canada est créée peu de temps après, en 1902, et la première station de radio francophone émet dès 1922. Nouvelle date marquante : 1950. Est en effet fondée cette année-là l’Union internationale des journalistes et de la presse de langue française.

Félix, Gilles et Robert, 400…

Un chanteur québécois triomphe alors en France : Félix Leclerc, né en 1914. Avouons-le au passage, dès qu’on joue de la guitare, on s’assure toujours un certain succès en chantant au Québec mais en France aussi : « Moi mes souliers… », ou bien « C’était un p’tit bonheur que j’avais ramassé… » Les chanteurs font énormément pour la langue : ils la promeuvent. Robert Charlebois, né en 1944, fera à son tour parler de lui, pendant que Gilles Vigneault, né en 1928, fils d’un marin pêcheur et d’une institutrice de campagne, auteur de 40 livres et de plus de 400 poèmes qu’il chante pour beaucoup, devient une légende vivante, au point que Gens du pays passe presque pour l’hymne national des Québécois…

Dans ce droit fil médiatique, en 1952, la Télévision de Radio-Canada présente un programme bilingue. Enfin, en 1961, pour promouvoir le français au Québec, est créé l’Office de la langue française, qui en passant le cap du XXIe siècle serait reprécisé en tant qu’Office québécois de la langue française. C’est la source terminologique la plus importante en langue française : des millions de mots y sont examinés, traduits de l’anglais et offerts à tous. En 1974, la loi 22 fait du français la langue officielle du Québec. Elle impose l’usage du français dans l’affichage public et, en 1977, c’est au tour de la loi 101, au cœur de la Charte de la langue française, de viser à « faire du français la langue de l’État et de la Loi aussi bien que la langue normale et habituelle du travail, de l’enseignement, des communications, du commerce et des affaires […] dans un esprit d’ouverture et de justice ».

À partir de là faut-il dire que tout s’accélère avec en 2000 la Commission des états généraux sur la situation et l’avenir de la langue française au Québec, 2008 marquant symboliquement le 400e anniversaire de la fondation de la ville de Québec.

François, aux boulons

Il faut avoir tout cela en tête pour comprendre un ami très cher, François, amoureux de la langue française, mari de Monique Cormier. Cet homme de lettres est entré inaltérablement dans ma mémoire, au moment où il me raconta, la voix émue, comment, lorsqu’il vint, jeune homme, en France, il resta plus d’une heure dans une quincaillerie, parce que, pour la première fois, il voyait écrits en toutes lettres sur les boîtes : « clous », « vis », « boulons » et non pas « nails », « screws » et « bolts ». Il lut la quincaillerie tout entière, une heure durant, d’étiquette en étiquette. Il n’avait jamais vu ces mots qu’il prononçait depuis son enfance, dans sa langue, le français. On ne doit pas l’oublier : les Français du Québec, avant les années 1970, devaient tout lire en anglais, y compris le mode d’emploi de leurs outils de travail. Leur langue était confisquée.

Des premiers étonnements des universitaires français jusqu’au blanchon

Cartes de visite avec courriel…

Lorsqu’en 1993 j’organisai la première Journée des dictionnaires, après avoir séjourné quinze jours au Québec, les échanges furent forcément nombreux entre les collègues québécois et mon université. Ils nous tendaient leur carte, et on la regardait, avec admiration, avec systématiquement en gras en bas du carton, leur adresse électronique — leur courriel — scintillant de tous ses électrons. Et, au passage, on ne manquait pas d’être étonné, peut-être même « bousculé », de voir féminisé le nom de la profession : professeure, tel était déjà en effet le titre officiel de Monique Cormier qui fut ensuite vice-présidente de l’université de Montréal.

Enfin, on assistait à leurs conférences avec quelque envie, constatant qu’ils jonglaient avec des projections, en « Powerpoint », issues de leur ordinateur portable, voilà qui là aussi nous laissait pantois. L’Amérique du Nord avait assurément de l’avance sur nos pratiques de conférenciers très éloignées des technologies nouvelles…

Des dictionnaires et du joual

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