Les Mille Et Une Nuits Tome III
- Автор: Galland Antoine
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Les Mille Et Une Nuits Tome III». Краткое содержание книги:
À l’arrivée du prince, le concierge, qui s’était aperçu de sa crédulité et qu’il s’était laissé tromper par l’Indien, se présente devant lui les larmes aux yeux, se jette à ses pieds, s’accuse lui-même du crime qu’il croit avoir commis, et se condamne à la mort, qu’il attend de sa main.
«Lève-toi, lui dit le prince; ce n’est pas à toi que j’impute l’enlèvement de ma princesse, je ne l’impute qu’à moi-même et qu’à ma simplicité. Sans perdre de temps, va-moi chercher un habillement de derviche et prends garde de dire que c’est pour moi.»
Peu loin du palais de plaisance, il y avait un couvent de derviches, dont le scheikh, ou supérieur, était ami du concierge. Le concierge alla le trouver, et en lui faisant une fausse confidence de la disgrâce d’un officier de considération de la cour, auquel il avait de grandes obligations, et qu’il était bien aise de favoriser pour lui donner lieu de se soustraire à la colère du sultan, il n’eut pas de peine à obtenir ce qu’il demandait. Il apporta l’habillement complet de derviche au prince Firouz Schah. Le prince s’en revêtit après s’être dépouillé du sien. Déguisé de la sorte, et, pour la dépense et pour le besoin du voyage qu’il allait entreprendre, muni d’une boîte de perles et de diamants qu’il avait apportée pour en faire présent à la princesse de Bengale, il sortit du palais de plaisance à l’entrée de la nuit; et, incertain de la route qu’il devait prendre, mais résolu de ne pas revenir qu’il n’eût retrouvé sa princesse et qu’il ne la ramenât, il se mit en chemin.
Revenons à l’Indien. Il gouverna le cheval enchanté de manière que le même jour il arriva de bonne heure dans un bois, près de la capitale du royaume de Cachemire. Comme il avait besoin de manger, et qu’il jugea que la princesse de Bengale pouvait être dans le même besoin, il mit pied à terre dans ce bois, en un endroit où il laissa la princesse sur un gazon, près d’un ruisseau d’une eau très-fraîche et très-claire.
Pendant l’absence de l’Indien, la princesse de Bengale, qui se voyait sous la puissance d’un indigne ravisseur, dont elle redoutait la violence, avait songé à se dérober et à chercher un lieu d’asile; mais comme elle avait mangé fort légèrement le matin, à son arrivée au palais de plaisance, elle se trouva dans une faiblesse si grande quand elle voulut exécuter son dessein, qu’elle fut contrainte de l’abandonner et de demeurer sans autre ressource que dans son courage, avec une ferme résolution de souffrir plutôt la mort que de manquer de fidélité au prince de Perse. Ainsi elle n’attendit pas que l’Indien l’invitât une seconde fois à manger. Elle mangea, et elle reprit assez de force pour répondre courageusement aux discours insolents qu’il commença de lui tenir à la fin du repas. Après plusieurs menaces, comme elle vit que l’Indien se préparait à lui faire violence, elle se leva pour lui résister, en poussant de grands cris. Ces cris attirèrent en un moment une troupe de cavaliers qui les environnèrent, elle et l’Indien.
C’était le sultan du royaume de Cachemire, lequel, en revenant de la chasse avec sa suite, passait par cet endroit-là, heureusement pour la princesse de Bengale, et qui était accouru au bruit qu’il avait entendu. Il s’adressa à l’Indien, et lui demanda qui il était et ce qu’il prétendait de la dame qu’il voyait. L’Indien répondit avec impudence que c’était sa femme, et qu’il n’appartenait à personne d’entrer en connaissance du démêlé qu’il avait avec elle.
La princesse, qui ne connaissait ni la qualité ni la dignité de celui qui se présentait si à propos pour la délivrer, démentit l’Indien. «Seigneur, qui que vous soyez, reprit-elle, que le ciel envoie à mon secours, ayez compassion d’une princesse, et n’ajoutez pas foi à un imposteur. Dieu me garde d’être femme d’un Indien aussi vil et aussi méprisable! C’est un magicien abominable qui m’a enlevée aujourd’hui au prince de Perse, auquel j’étais destinée pour épouse, et qui m’a amenée ici sur le cheval enchanté que vous voyez.»
La princesse de Bengale n’eut pas besoin d’un plus long discours pour persuader au sultan de Cachemire qu’elle disait la vérité. Sa beauté, son air de princesse et ses larmes parlaient pour elle. Elle voulut poursuivre; mais, au lieu de l’écouter, le sultan de Cachemire, justement indigné de l’insolence de l’Indien, le fit environner sur-le-champ, et commanda qu’on lui coupât la tête. Cet ordre fut exécuté avec d’autant plus de facilité que l’Indien, qui avait commis ce rapt à la sortie de sa prison, n’avait aucune arme pour se défendre.
La princesse de Bengale, délivrée de la persécution de l’Indien, tomba dans une autre qui ne lui fut pas moins douloureuse. Le sultan, après lui avoir fait donner un cheval, l’emmena à son palais, où il la logea dans l’appartement le plus magnifique après le sien, et il lui donna un grand nombre de femmes esclaves pour être auprès d’elle et pour la servir, avec des eunuques pour sa garde. Il la mena lui-même jusque dans cet appartement, où, sans lui donner le temps de le remercier de la grande obligation qu’elle lui avait, de la manière qu’elle l’avait médité: «Princesse, dit-il, je ne doute pas que vous n’ayez besoin de repos: je vous laisse en liberté de le prendre. Demain, vous serez plus en état de m’entretenir des circonstances de l’étrange aventure qui vous est arrivée.» Et en achevant ces paroles, il se retira.
La princesse de Bengale était dans une joie inexprimable de se voir en si peu de temps délivrée de la persécution d’un homme qu’elle ne pouvait regarder qu’avec horreur, et elle se flatta que le sultan de Cachemire voudrait bien mettre le comble à sa générosité en la renvoyant au prince de Perse, quand elle lui aurait appris de quelle manière elle était à lui et qu’elle l’aurait supplié de lui faire cette grâce. Mais elle était bien éloignée de voir l’accomplissement de l’espérance qu’elle avait conçue.
En effet, le roi de Cachemire avait résolu de l’épouser le lendemain, et il en avait fait annoncer les réjouissances dès la pointe du jour, par le son des timbales, des tambours, des trompettes et d’autres instruments propres à inspirer la joie, qui retentissaient non-seulement dans le palais, mais même par toute la ville. La princesse de Bengale fut éveillée par le bruit de ces concerts tumultueux, et elle en attribua la cause à tout autre motif que celui pour lequel il se faisait entendre. Mais quand le sultan de Cachemire, qui avait donné ordre qu’on l’avertît lorsqu’elle serait en état de recevoir visite, fut venu la lui rendre, et qu’après s’être informé de sa santé, il lui eut fait connaître que les fanfares qu’elle entendait étaient pour rendre leurs noces plus solennelles, et l’eut priée en même temps d’y prendre part, elle en fut dans une consternation si grande qu’elle tomba évanouie.
Les femmes de la princesse, qui étaient présentes, accoururent à son secours, et le sultan lui-même s’employa pour la faire revenir; mais elle demeura longtemps dans cet état avant qu’elle reprît ses esprits. Elle les reprit enfin, et alors, plutôt que de manquer à la foi qu’elle avait promise au prince Firouz Schah, en consentant aux noces que le sultan de Cachemire avait résolues sans la consulter, elle prit le parti de feindre que l’esprit venait de lui tourner dans l’évanouissement. Dès lors elle commença à dire des extravagances en présence du sultan, elle se leva même comme pour se jeter sur lui, de manière que le sultan fut fort surpris et fort affligé de ce contre-temps fâcheux. Comme il vit qu’elle ne revenait pas en son bon sens, il la laissa avec ses femmes, auxquelles il recommanda de ne la pas abandonner et de prendre un grand soin de sa personne. Pendant la journée, il prit celui d’envoyer souvent s’informer de l’état où elle se trouvait, et chaque fois on lui rapporta ou qu’elle était au même état, ou que le mal augmentait plutôt que de diminuer. Le mal parut même plus violent sur le soir que pendant le jour, et de la sorte, le sultan de Cachemire ne fut pas cette nuit-là aussi heureux qu’il se l’était promis.