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Les Mille Et Une Nuits Tome III

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Les Mille Et Une Nuits Tome III
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Ce discours de la princesse de Bengale avait pour but que le prince Firouz Schah, en faisant avec elle un séjour de quelque durée, devînt insensiblement plus passionné pour ses charmes, dans l’espérance que, par ce moyen, l’ardent désir qu’elle apercevait en lui de retourner en Perse se ralentirait, et qu’alors il pourrait se déterminer à paraître en public, et à se faire voir au roi de Bengale. Le prince de Perse ne put honnêtement lui refuser la grâce qu’elle lui demandait, après la réception et l’accueil favorable qu’il en avait reçu. Il eut la complaisance d’y condescendre, et la princesse ne songea plus qu’à lui rendre son séjour agréable par tous les divertissements qu’elle put imaginer.

Pendant plusieurs jours, ce ne furent que fêtes, que bals, que concerts, que festins ou collations magnifiques, que promenades dans le jardin et que chasses dans le parc du palais, où il y avait toute sorte de bêtes fauves, de cerfs, de biches, daims, chevreuils, et d’autres semblables particulières au royaume de Bengale, dont la chasse non dangereuse pouvait convenir à la princesse.

À la fin de ces chasses, le prince et la princesse se rejoignaient dans quelque bel endroit du parc, où on leur étendait un grand tapis avec des coussins, afin qu’ils fussent assis plus commodément. Là, en reprenant leurs esprits et en se remettant de l’exercice violent qu’ils venaient de se donner, ils s’entretenaient sur divers sujets. Sur toute chose, la princesse de Bengale prenait un grand soin de faire tomber la conversation sur la grandeur, la puissance, les richesses et le gouvernement de la Perse, afin que du discours du prince Firouz Schah elle pût à son tour prendre occasion de lui parler du royaume de Bengale et de ses avantages, et par-là gagner sur son esprit de le faire résoudre à s’y arrêter. Mais il arriva le contraire de ce qu’elle s’était proposé.

En effet, le prince de Perse, sans rien exagérer, lui fit un détail si avantageux de la grandeur du royaume de Perse, de la magnificence et de l’opulence qui y régnaient, de ses forces militaires, de son commerce par terre et par mer jusqu’aux pays les plus éloignés, dont quelques-uns lui étaient inconnus, et de la multitude de ses grandes villes, presque toutes aussi peuplées que celle qu’il avait choisie pour sa résidence, où il y avait même des palais tout meublés, prêts à le recevoir selon les différentes saisons, de manière qu’il était à son choix de jouir d’un printemps perpétuel, que, avant qu’il eût achevé, la princesse regarda le royaume de Bengale comme de beaucoup inférieur à celui de Perse par plusieurs endroits. Il arriva même que, quand il eut fini son discours, et qu’il l’eut priée de l’entretenir à son tour des avantages du royaume de Bengale, elle ne put s’y résoudre qu’après plusieurs instances de la part du prince.

La princesse de Bengale donna donc cette satisfaction au prince Firouz Schah, mais en diminuant plusieurs avantages par où il était constant que le royaume de Bengale surpassait le royaume de Perse. Elle lui fit si bien connaître la disposition où elle était de l’y accompagner, qu’il jugea qu’elle pourrait y consentir à la première proposition qu’il lui en ferait. Mais il crut qu’il ne serait à propos de la lui faire que quand il aurait eu la complaisance de demeurer avec elle assez de temps pour la mettre dans son tort au cas qu’elle voulût le retenir un peu plus longtemps, et l’empêcher de satisfaire au devoir indispensable de se rendre auprès du roi son père.

Pendant deux mois entiers, le prince Firouz Schah s’abandonna entièrement aux volontés de la princesse de Bengale, en se prêtant à tous les divertissements qu’elle put imaginer, et qu’elle voulut bien lui donner, comme si jamais il n’eût dû faire autre chose que de passer la vie avec elle de la sorte. Mais dès que ce terme fut écoulé, il lui déclara sérieusement qu’il n’y avait que trop longtemps qu’il manquait à son devoir, et il la pria de lui accorder enfin la liberté de s’en acquitter, en lui répétant la promesse qu’il lui avait déjà faite de revenir incessamment, et dans un équipage digne d’elle et digne de lui, la demander en mariage, dans les formes, au roi de Bengale.

«Princesse, ajouta le prince, mes paroles peut-être vous seront suspectes, et sur la permission que je vous demande, vous m’avez déjà mis au rang de ces faux amants qui mènent l’objet de leur amour en oubli dès qu’ils s’en sont éloignés. Mais pour marque de la passion non feinte et non dissimulée avec laquelle je suis persuadé que la vie ne me peut être agréable qu’avec une princesse aussi aimable que vous l’êtes, et qui m’aime, comme je ne veux pas en douter, j’oserais vous demander la grâce de vous emmener avec moi si je ne craignais que vous ne prissiez ma demande pour une offense.»

Comme le prince Firouz Schah se fut aperçu que la princesse avait rougi à ces dernières paroles, et que, sans aucune marque de colère, elle hésitait sur le parti qu’elle devait prendre: «Princesse, continua-t-il, pour ce qui est du consentement du roi mon père et de l’accueil avec lequel il vous recevra dans son alliance, je puis vous en assurer. Quant à ce qui regarde le roi de Bengale, après les marques de tendresse, d’amitié et de considération qu’il a toujours eues et qu’il conserve encore pour vous, il faudrait qu’il fût tout autre que vous me l’avez dépeint, c’est-à-dire ennemi de votre repos et de votre bonheur, s’il ne recevait avec bienveillance l’ambassade que le roi mon père lui enverrait pour obtenir l’approbation de notre mariage.»

La princesse de Bengale ne répondit rien à ce discours du prince de Perse; mais son silence et ses yeux baissés lui firent connaître mieux qu’aucune autre déclaration qu’elle n’avait pas de répugnance à l’accompagner en Perse et qu’elle y consentait. La seule difficulté qu’elle parut y trouver fut que le prince de Perse ne fût pas assez expérimenté pour gouverner le cheval, et qu’elle craignait de se trouver avec lui dans le même embarras que quand il en avait fait l’essai. Mais le prince Firouz Schah la délivra si bien de cette crainte, en lui persuadant qu’elle pouvait s’en fier à lui, et qu’après ce qui lui était arrivé, il pouvait défier l’Indien même de le gouverner avec plus d’adresse que lui, qu’elle ne songea plus qu’à prendre avec lui les mesures pour partir si secrètement que personne de son palais ne pût avoir le moindre soupçon de leur dessein.

Elle réussit, et dès le lendemain matin, un peu avant la pointe du jour, que tout son palais était encore enseveli dans un profond sommeil, comme elle se fut rendue sur la terrasse avec le prince, le prince tourna le cheval du côté de la Perse, dans un endroit où la princesse pouvait elle-même s’asseoir en croupe aisément. Il monta le premier, et quand la princesse se fut assise derrière lui à sa commodité, qu’elle l’eut embrassé de la main pour plus grande sûreté, et qu’elle lui eut marqué qu’il pouvait partir, il tourna la même cheville qu’il avait tournée dans la capitale de la Perse, et le cheval les enleva en l’air.

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