Les Mille Et Une Nuits Tome III
- Автор: Galland Antoine
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Les Mille Et Une Nuits Tome III». Краткое содержание книги:
Ce fut de la sorte que le prince de Perse recouvra et délivra la princesse de Bengale, et la ramena le même jour, en peu de temps, à la capitale de Perse, où il n’alla pas mettre pied à terre au palais de plaisance, mais au milieu du palais, devant l’appartement du roi son père; et le roi de Perse ne différa la solennité de son mariage avec la princesse de Bengale qu’autant de temps qu’il en fallut pour les préparatifs, afin d’en rendre la cérémonie plus pompeuse, et qu’elle marquât davantage la part qu’il y prenait.
Dès que le nombre des jours arrêtés pour les réjouissances fut accompli, le premier soin que le roi de Perse se donna fut de nommer et d’envoyer une ambassade célèbre au roi de Bengale pour lui rendre compte de tout ce qui s’était passé, et pour lui demander l’approbation et la ratification de l’alliance qu’il venait de contracter avec lui par ce mariage, que le roi de Bengale, bien informé de toutes choses, se fit un honneur et un plaisir d’accorder.
HISTOIRE DU PRINCE AHMED ET DE LA FÉE PARI-BANOU.
La sultane Scheherazade fit suivre l’histoire du cheval enchanté par celle du prince Ahmed et de la fée Pari-Banou, et en prenant la parole, elle dit:
Sire, un sultan, l’un des prédécesseurs de Votre Majesté, qui occupait paisiblement le trône des Indes depuis plusieurs années, avait dans sa vieillesse la satisfaction de voir que trois princes ses fils, dignes imitateurs de ses vertus, avec une princesse sa nièce, faisaient l’ornement de sa cour. L’aîné des princes se nommait Houssain, le second Ali, le plus jeune Ahmed, et la princesse sa nièce Nourounnihar.
La princesse Nourounnihar était fille d’un prince, cadet du sultan, que le sultan avait partagé d’un apanage d’un grand revenu, mais qui était mort peu d’années après avoir été marié, en la laissant dans un fort bas âge. Le sultan, en considération de ce que le prince son frère avait toujours parfaitement correspondu à l’amitié fraternelle qui était entre eux, avec une grande attache à sa personne, s’était chargé de l’éducation de sa fille, et l’avait fait venir dans son palais pour être élevée avec les trois princes. Avec une beauté singulière, et avec toutes les perfections du corps qui pouvaient la rendre accomplie, cette princesse avait aussi infiniment d’esprit, et sa tenue sans reproche la distinguait entre toutes les princesses de son temps.
Le sultan, oncle de la princesse, qui s’était proposé de la marier dès qu’elle serait en âge, et de faire alliance avec quelque prince de ses voisins en la lui donnant pour épouse, y songeait sérieusement, lorsqu’il s’aperçut que les trois princes ses fils l’aimaient passionnément. Il en eut une grande douleur, et cette douleur ne venait pas tant de ce que leur passion l’empêcherait de contracter l’alliance qu’il avait méditée, que de la difficulté, comme il le prévoyait, à obtenir d’eux qu’ils s’accordassent, et que les deux cadets au moins consentissent à la céder à leur aîné. Il leur parla à chacun en particulier, et après leur avoir remontré l’impossibilité qu’il y avait qu’une seule princesse devînt l’épouse des trois, et les troubles qu’ils allaient causer s’ils persistaient dans leur passion, il n’oublia rien pour leur persuader, ou de s’en rapporter à la déclaration que la princesse ferait en faveur de l’un des trois, ou de se désister de leurs prétentions et de songer à d’autres noces, dont il leur laissait la liberté du choix, et de convenir entre eux de permettre qu’elle fût mariée à un prince étranger. Mais comme il eut trouvé en eux une opiniâtreté insurmontable, il les fit venir tous trois devant lui, et il leur tint ce discours: «Mes enfants, dit-il, puisque, pour votre bien et pour votre repos, je n’ai pu réussir à vous persuader de ne plus aspirer à épouser la princesse ma nièce et votre cousine, comme je ne veux pas user de mon autorité en la donnant à l’un de vous préférablement aux deux autres, il me semble que j’ai trouvé un moyen propre à vous rendre contents et à conserver l’union qui doit être entre vous, si vous voulez m’écouter et que vous exécutiez ce que vous allez entendre. Je trouve donc à propos que vous alliez voyager chacun séparément dans un pays différent, de manière que vous ne puissiez pas vous rencontrer; et comme vous savez que je suis curieux sur toute chose de tout ce qui peut passer pour rare et singulier, je promets la princesse ma nièce en mariage à celui de vous qui m’apportera la rareté la plus extraordinaire et la plus singulière. De la sorte, comme le hasard fera que vous jugerez vous-mêmes de la singularité des choses que vous aurez apportées, par la comparaison que vous en ferez, vous n’aurez pas de peine à vous faire justice en cédant la préférence à celui de vous qui l’aura méritée. Pour les frais du voyage, et pour l’achat de la rareté dont vous aurez à faire l’acquisition, je vous donnerai la même somme à chacun convenable à votre naissance, sans l’employer néanmoins en dépense de suite et d’équipage, qui, en vous faisant connaître pour ce que vous êtes, vous priverait de la liberté dont vous avez besoin, non-seulement pour vous bien acquitter du motif que vous avez à vous proposer, mais même pour mieux observer les choses qui mériteront votre attention, et enfin pour tirer une plus grande utilité de votre voyage.»
Comme les trois princes avaient toujours été très-soumis aux volontés du sultan leur père, et que chacun de son côté se flattait que la fortune lui serait favorable et lui donnerait lieu de parvenir à la possession de Nourounnihar, ils lui marquèrent qu’ils étaient prêts à obéir. Sans différer, le sultan leur fit compter la somme qu’il venait de promettre, et dès le même jour ils donnèrent les ordres pour les préparatifs de leur voyage; ils prirent même congé du sultan pour être en état de partir de grand matin dès le lendemain. Ils sortirent par la même porte de la ville, bien montés et bien équipés, habillés en marchands, chacun avec un seul officier de confiance déguisé en esclave, et ils se rendirent ensemble au premier gîte, où le chemin se partageait en trois, par l’un desquels ils devaient continuer leur voyage chacun de son côté. Le soir, en se régalant d’un souper qu’ils s’étaient fait préparer, ils convinrent que leur voyage serait d’un an, et se donnèrent rendez-vous au même gîte, à la charge que le premier qui arriverait attendrait les deux autres, et les deux autres le troisième, afin que, comme ils avaient pris congé du sultan leur père les trois ensemble, ils se présentassent de même devant lui à leur retour. Le lendemain, à la pointe du jour, après s’être embrassés et souhaités réciproquement un heureux voyage, ils montèrent à cheval et prirent chacun l’un des trois chemins sans se rencontrer dans leur choix.
Le prince Houssain, l’aîné des trois frères, qui avait entendu dire des merveilles de la grandeur, des forces, des richesses et de la splendeur du royaume de Bisnagar, prit sa route du côté de la mer des Indes, et après une marche d’environ trois mois, en se joignant à différentes caravanes, tantôt par des déserts et par des montagnes stériles, et tantôt par des pays très-peuplés, les mieux cultivés et les plus fertiles qu’il y eût en aucun autre endroit de la terre, il arriva à Bisnagar, ville qui donne le nom à tout le royaume dont elle est la capitale, et qui est la demeure ordinaire de ses rois. Il se logea dans un khan destiné pour les marchands étrangers; et, comme il avait appris qu’il y avait quatre quartiers principaux où les marchands de toutes les sortes de marchandises avaient leurs boutiques, au milieu desquelles était situé le château ou plutôt le palais des rois, lequel occupait un terrain très-vaste, comme au centre de la ville, qui avait trois enceintes et deux lieues en tous sens d’une porte à l’autre, dès le lendemain il se rendit à l’un de ces quartiers.