Les Mille Et Une Nuits Tome III
- Автор: Galland Antoine
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Les Mille Et Une Nuits Tome III». Краткое содержание книги:
Le cheval fit sa diligence ordinaire, et le prince Firouz Schah le gouverna de manière que, environ en deux heures et demie, il découvrit la capitale de la Perse. Il n’alla pas descendre dans la grande place d’où il était parti, ni dans le palais du sultan, mais dans un palais de plaisance peu éloigne de la ville. Il mena la princesse dans le plus bel appartement, où il lui dit que, pour lui faire rendre les honneurs qui lui étaient dus, il allait avertir le sultan son père de leur arrivée, et qu’elle le reverrait incessamment; que cependant il donnait ordre au concierge du palais, qui était présent, de ne lui laisser manquer de rien de toutes les choses dont elle pouvait avoir besoin.
Après avoir laissé la princesse dans l’appartement, le prince Firouz Schah commanda au concierge de lui faire seller un cheval. Le cheval lui fut amené, il le monta, et après avoir renvoyé le concierge auprès de la princesse, avec ordre, sur toute chose, de la faire déjeuner de ce qui pouvait lui être servi le plus promptement, il partit, et dans le chemin et dans les rues de la ville par où il passa pour se rendre au palais, il fut reçu aux acclamations du peuple, qui changea sa tristesse en joie après avoir désespéré de le revoir jamais depuis qu’il avait disparu. Le sultan son père donnait audience quand il se présenta devant lui au milieu de son conseil, qui était tout en habit de deuil, comme le sultan, depuis le jour que le cheval l’avait emporté. Il le reçut en l’embrassant avec des larmes de joie et de tendresse; il lui demanda avec empressement ce que le cheval de l’Indien était devenu.
Cette demande donna lieu au prince de prendre l’occasion de raconter au sultan son père l’embarras et le danger où il s’était trouvé après que le cheval l’eut enlevé dans l’air, de quelle manière il s’en était tiré, et comment il était arrivé ensuite au palais de la princesse de Bengale, la bonne réception qu’elle lui avait faite, le motif qui l’avait obligé de faire avec elle un plus long séjour qu’il ne devait, et la complaisance qu’il avait eue de ne la pas désobliger, jusqu’à obtenir d’elle enfin de venir en Perse avec lui, après lui avoir promis de l’épouser.
«Et, Sire, ajouta le prince en achevant, après lui avoir promis en même temps que vous ne me refuseriez pas votre consentement, je viens de l’amener avec moi sur le cheval de l’Indien; elle attend dans un des palais de plaisance de Votre Majesté, où je l’ai laissée, que j’aille lui annoncer que je ne lui ai pas fait la promesse en vain.»
À ces paroles, le prince se prosterna devant le sultan son père pour le fléchir; mais le sultan l’en empêcha, il le retint, et en l’embrassant une seconde fois: «Mon fils, dit-il, non-seulement je consens à votre mariage avec la princesse de Bengale, je veux même aller au devant d’elle en personne, la remercier de l’obligation que je lui ai en mon particulier, l’amener dans mon palais, et célébrer ses noces dès aujourd’hui.»
Ainsi le sultan, après avoir donné les ordres pour l’entrée qu’il voulait faire à la princesse de Bengale, ordonné que l’on quittât l’habit de deuil et que les réjouissances commençassent par le concert des timbales, des trompettes et des tambours, avec les autres instruments guerriers, commanda qu’on allât faire sortir l’Indien de prison et qu’on le lui amenât.
L’Indien lui fut amené, et quand on le lui eut présenté: «Je m’étais assuré de ta personne, lui dit le sultan, afin que ta vie, qui cependant n’eût pas été une victime suffisante ni à ma colère ni à ma douleur, me répondît de celle du prince mon fils. Rends grâce à Dieu de ce que je l’ai retrouvé. Va, reprends ton cheval et ne parais plus devant moi.»
Quand l’Indien fut hors de la présence du sultan de Perse, comme il avait appris de ceux qui étaient venus le délivrer de prison que le prince Firouz Schah était de retour avec la princesse qu’il avait amenée avec lui sur le cheval enchanté, le lieu où il avait mis pied à terre et où il l’avait laissée, et que le sultan se disposait à aller la prendre et l’amener à son palais, il n’hésita pas à le devancer lui et le prince de Perse, et, sans perdre de temps, il se rendit en diligence au palais de plaisance, et en s’adressant au concierge, il dit qu’il venait de la part du sultan de Perse pour prendre la princesse de Bengale en croupe sur le cheval, et la mener en l’air au sultan, qui l’attendait, disait-il, dans la place de son palais pour la recevoir et donner ce spectacle à sa cour et à la ville de Schiraz.
L’Indien était connu du concierge, qui savait que le sultan l’avait fait arrêter, et le concierge fit d’autant moins de difficulté à ajouter foi à sa parole, qu’il le voyait en liberté. Il se présenta à la princesse de Bengale, et la princesse n’eut pas plutôt appris qu’il venait particulièrement de la part du prince de Perse, qu’elle consentit à ce que le prince souhaitait, comme elle se le persuadait.
L’Indien, ravi en lui-même de la facilité qu’il trouvait à faire réussir sa méchanceté, monta le cheval, prit la princesse en croupe, avec l’aide du concierge, il tourna la cheville, et aussitôt le cheval les enleva, lui et la princesse, au plus haut de l’air.
Dans le même moment, le sultan de Perse, suivi de sa cour, sortait de son palais pour se rendre au palais de plaisance, et le prince de Perse venait de prendre le devant pour préparer la princesse de Bengale à le recevoir, comme l’Indien affectait de passer au-dessus de la ville avec sa proie, pour braver le sultan et le prince, et pour se venger du traitement injuste qui lui avait été fait, comme il le prétendait.
Quand le sultan de Perse eut aperçu le ravisseur, qu’il ne méconnut pas, il s’arrêta avec un étonnement d’autant plus sensible et plus affligeant qu’il n’était pas possible de le faire repentir de l’affront insigne qu’il lui faisait avec un si grand éclat. Il le chargea de mille imprécations avec ses courtisans et avec tous ceux qui furent témoins d’une insolence si signalée et de cette méchanceté sans égale.
L’Indien, peu touché de ces malédictions, dont le bruit arriva jusqu’à lui, continua sa route pendant que le sultan de Perse rentra dans son palais, extrêmement mortifié de recevoir une injure aussi atroce et de se voir dans l’impuissance d’en punir l’auteur.
Mais quelle fut la douleur du prince Firouz Schah quand il vit qu’à ses propres yeux, sans pouvoir y apporter empêchement, l’Indien lui enlevait la princesse de Bengale, qu’il aimait si passionnément qu’il ne pouvait plus vivre sans elle! À cet objet, auquel il ne s’était pas attendu, il demeura comme immobile, et avant qu’il eût délibéré s’il se déchaînerait en injures contre l’Indien, ou s’il plaindrait le sort déplorable de la princesse, et s’il lui demanderait pardon du peu de précaution qu’il avait pris pour se la conserver, elle qui s’était livrée à lui d’une manière qui marquait si bien combien il en était aimé, le cheval, qui emportait l’un et l’autre avec une rapidité incroyable, les avait dérobés à sa vue. Quel parti prendre? Retournera-t-il au palais du sultan son père se renfermer dans son appartement pour se plonger dans l’affliction, sans se donner aucun mouvement à la poursuite du ravisseur, pour délivrer sa princesse de ses mains et le punir comme il le méritait? Sa générosité, son amour, son courage, ne le permettent pas. Il continue son chemin jusqu’au palais de plaisance.