Magie et Cristal
- Автор: Кинг Стивен Эдвин
- Серия: La Tour Sombre #4
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Éditions J'ai Lu
- ISBN: 978-2290345924
- Переводчик: Marie de Prémonville
- Жанр: Ужасы
Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:
Elle se pencha encore un peu, et ses orbites démesurément caves s’emplirent d’un feu rose. Ermot, constatant qu’elle demeurait imperméable à ses cajoleries, s’en alla ramper inconsolable sur le plancher, à chasser les mouches. Moisi s’écarta vivement de lui, crachant des jurons félins, son ombre à six pattes, énorme et difforme, projetée sur le mur frappé de lumière par la flambée dans la cheminée.
Roland sentit la précipitation du moment se ruer à leur rencontre. Il fit en sorte de se détacher de Susan et elle s’éloigna de lui, les yeux hagards et les joues en feu — il pouvait distinguer cette rougeur-là, même à la clarté de la lune nouvellement levée. Il avait les couilles douloureuses, comme pleines de plomb fondu.
Elle se détourna à demi et Roland vit que son sombrero avait glissé de guingois dans son dos. Il le remit d’aplomb d’une main tremblante. Après avoir emprisonné ses doigts d’une étreinte aussi brève que forte, elle se pencha pour ramasser ses gants d’écuyère, qu’elle avait retirés, désireuse de le toucher, peau contre peau. Quand elle se redressa, le sang reflua brusquement de son visage et elle chancela. Si Roland n’avait pas posé ses mains sur ses épaules pour sauvegarder son équilibre, elle aurait pu tomber. Elle tourna vers lui des yeux pleins de tristesse.
— Qu’allons-nous faire ? Oh Will, qu’allons-nous faire ?
— De notre mieux, lui dit-il. Comme nous l’avons toujours fait, tous les deux. Comme nos pères nous l’ont appris.
— C’est de la folie.
Roland, qui ne s’était jamais senti autant dans son bon sens de sa vie — même le mal lui ravageant le bas-ventre lui paraissait dans l’ordre raisonnable des choses —, ne répondit pas.
— Vous savez combien c’est dangereux ? demanda-t-elle.
Et avant qu’il ait pu répliquer, elle continua ainsi :
— Si fait, vous le savez. Je vois que vous le savez. Si jamais l’on nous voyait ensemble, ce serait grave. Si l’on nous voyait en train de… comme tout à l’heure.
Elle frissonna. Il tendit la main vers elle et elle recula.
— Mieux vaut que nous ne…, Will. Si jamais, il ne pourrait y avoir rien d’autre entre nous que des mamours. À moins que vous n’ayez ça en tête ?
— Vous savez bien que non.
Elle opina.
— Avez-vous posté vos amis pour faire le guet ?
— Si fait, dit-il.
Son visage se fendit alors de ce sourire inattendu qu’elle aimait tant.
— Mais pas à un endroit d’où ils pourraient nous voir.
— Dieux merci, dit-elle, avant d’éclater d’un rire quelque peu éperdu et de se rapprocher de lui.
De se rapprocher si près qu’il était difficile de ne pas la reprendre dans ses bras. Elle leva des yeux pleins de curiosité vers lui.
— Qui êtes-vous vraiment, Will ?
— Celui que je vous ai dit à peu de chose près. C’est l’ironie de la situation, Susan. Moi et mes amis, on ne nous a pas expédiés ici parce qu’on s’est soûlés et qu’on a fait les quatre cents coups du diable, mais pas non plus pour y mettre au jour quelque sinistre complot ou conspiration secrète. On n’était que des garçons qu’il fallait tenir à l’écart pendant une période dangereuse. Tout ce qui est arrivé depuis…
Il secoua la tête pour lui montrer combien il était désemparé et Susan repensa à son père disant que le ka était comme le vent — quand cela arrivait, cela pouvait emporter vos volailles, votre maison, votre écurie. Votre vie même.
— Will Dearborn est votre véritable nom ?
Il haussa les épaules.
— Pour un homme, un nom en vaut un autre, j’intuite, si le cœur qui lui correspond est vrai. Susan, vous êtes allée aujourd’hui à la Maison du Maire, mon ami Richard vous a vue à cheval…
— Oui, pour les essayages, dit-elle. Je dois être la Fille de la Moisson, cette année — c’est Hart qui en a décidé ainsi, de moi-même, je n’aurais jamais désiré une chose pareille, vous pourrez témoigner que je vous l’ai dit. Tout ça, c’est de la sottise pure et c’est dur pour Olive, aussi, j’en réponds.
— Vous ferez la plus jolie Fille de la Moisson qu’on ait jamais vue, dit-il.
Et l’évidente sincérité de sa voix lui provoqua des picotements de plaisir ; Susan sentit ses joues s’empourprer à nouveau. La Fille de la Moisson devait changer cinq fois de costume entre le banquet de midi et le feu de joie du crépuscule, chacun étant plus recherché que le précédent (à Gilead, il y en aurait eu neuf ; à cet égard, Susan ne connaissait pas sa chance), et elle aurait porté volontiers les cinq pour Roland, eût-il été le Gars de la Moisson. (Celui de cette année, Jamie McCann, était une face de carême qui servait de doublure à Hart Thorin qui, outre des cheveux gris à foison, avait quarante ans de trop pour tenir ce rôle.) Elle aurait encore porté avec plus de bonheur le sixième à son seul bénéfice — une camisole argentée aux bretelles ultraminces, dont l’ourlet s’arrêtait assez haut sur les cuisses. C’était là une tenue que personne — Maria, sa camériste, Conchetta, sa couturière, et Hart Thorin exceptés — ne verrait jamais. C’était celle dont elle serait vêtue quand elle irait rejoindre la couche du vieillard, comme sa gueuse, à l’issue de la fête.
— Pendant que vous étiez là-bas, avez-vous vu ceux qui se font appeler les Grands Chasseurs du Cercueil ?
— J’ai aperçu Jonas et celui à la cape. Ils se tenaient dans la cour et parlaient ensemble, dit-elle.
— Et pas Depape ? Le rouquin ?
Elle fit non de la tête.
— Vous connaissez le jeu des Castels, Susan ?
— Si fait. Mon père m’a montré quand j’étais petite.
— Alors vous savez que les pièces rouges sont disposées d’un côté du tableau et les blanches de l’autre. Qu’elles contournent les Buttes et progressent les unes vers les autres furtivement, se mettant à couvert derrière des écrans. Ce qui se passe à Hambry ressemble beaucoup à ça. Et comme dans une partie de Castels, le problème est maintenant de savoir qui sortira le premier à découvert. Vous comprenez ?
Elle opina aussitôt.
— Au cours du jeu, celui qui contourne le premier sa Butte est le plus vulnérable.
— Dans la vie, aussi. Toujours. Mais parfois, rester à couvert est difficile. Mes amis et moi avons compté presque tout ce que nous avons osé compter. Pour compter le reste…
— Les chevaux sur l’Aplomb, par exemple.
— Si fait, justement. Les compter serait nous mettre à découvert. Ou bien encore les bœufs, dont nous avons connaissance…
Elle eut un haussement de sourcils éclair.
— Il n’y a point de bœufs à Hambry. Vous devez faire erreur.
— Il n’y a pas d’erreur.
— Où sont-ils ?
— Au Rocking H.
Ses sourcils, maintenant, elle les fronçait, tout en réfléchissant.
— C’est chez Laslo Rimer.
— Si fait, le frère de Kimba. Et ce ne sont pas là les seuls trésors cachés à Hambry, ces jours. Il existe des chariots en surplus, des articles de sellerie en surplus, dissimulés dans des écuries appartenant aux membres de l’Association du Cavalier, des caches de ravitaillement…