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La jeune fille et les clones

Электронная книга - «La jeune fille et les clones». Краткое содержание книги:

Sur Stratos, les femmes se reproduisent l'hiver par clonage. En été, les hommes entrent en rut et il faut les enfermer dans les Sanctuaires. Mais quelques-uns échappent à la police sexuelle et s'accouplent, proti pudor ! avec les femmes. Les « vars » qui naissent de ces unions sont élevés jusqu'à la puberté puis chassés du clan ; à eux d'en fonder un autre, s'ils peuvent.
Maia et Leie, sa soeur jumelle, se voient ainsi, très jeunes, réduites à explorer ce monde pastoral et le trouvent plutôt compliqué. Il y a des radicales qui militent pour les droits des hommes ; des Perkinites qui au contraire, pour les éliminer, proposent la parthénogénèse ; et même un visiteur venu des étoiles pour proposer à Stratos de réintégrer le Phylum. Quoi, il y aurait eu sécession ? Pourquoi tous ces mystères : la Porte à Enigmes, le Mur d'Images, le Grand Modeleur ? Et comment faire bouger les choses ?
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— Elles nous r’péreraient tout d’suite. Et avec leur canon, on aurait aucune chance. Et puis, j’veux ma revanche. On va s’approcher en attendant l’dernier tir pour hisser la voile.

Ils se laissèrent emporter par le courant vers un endroit où les flots étaient moins tumultueux. Des explosions leur ébranlaient les tympans. Alors qu’ils s’approchaient, un autre son leur glaça le cœur : des cris aigus, désespérés.

— Il faut qu’on…, commença Tress.

— Ta gueule ! cracha Naroïne.

À cet instant leur parvint un bruit qui rappela à Maïa celui des cloisons du Wotan en train de se briser. Une explosion de bois et d’os. D’air et de chair sauvagement déchiquetés. À ses échos succéda un long silence stupéfait, rompu seulement par le fracas des vagues heurtant les rochers. Maïa avait la bouche et la gorge si sèches qu’elle ne put même pas déglutir.

— Elles vont attendre d’être sûres avant d’bouger, fit Naroïne, dominant sa colère. Charl, tiens-toi prête. Les autres, hissez la voile et planquez-vous !

Ils obtempérèrent. Charl prit la barre. Elle s’était affublée d’une perruque de fortune qui lui donnait l’air vaguement blonde.

— J’vois c’qu’y reste du radeau, dit la boscotte en regardant discrètement par-dessus la lisse. Baisse la tête, toi !

Un coup d’œil lui avait suffi. Pour le reste, Maïa se contenterait de la description de Naroïne. La mer était jonchée de débris de rondins et de cordes. Et puis il y avait un corps grotesquement déformé. Le spectacle lui soulevait le cœur.

— J’vois pas encore le pirate. Y a une, non, deux survivantes qui s’cachent derrière des caisses. J’espérais qu’y en aurait plus… Ela ! Voilà leur étrave. Prépare-toi, Maïa !

Elles avaient longuement débattu de cette partie du plan. Naroïne estimait devoir se charger de cette tâche dangereuse. Maïa avait rétorqué qu’elle était trop petite pour que ce soit vraisemblable. Et puis, elle avait plus important à faire.

« Tu l’auras voulu », se dit Maïa en rampant vers l’arrière.

Charl se mit à gesticuler et à crier pour attirer l’attention des pirates. « Tout ça repose sur des suppositions. Pourvu que les pirates n’éventent pas la ruse tout de suite…

« Enfin, Inanna n’avait aucune raison de rester sur l’île une fois le radeau détruit. Il est normal qu’elle vienne chercher des renforts pour achever les survivantes restées dans l’île. »

C’était un raisonnement logique, corroboré par les derniers événements. Mais était-il exact ? Les pirates s’attendaient-elles à voir une grande blonde dans un petit bateau à voile ?

— Sont à environ cent cinquante mètres, décrivait Charl, entre ses dents. Ah, quelqu’un m’montre du doigt… on m’fait signe. Une autre prend des jumelles. À toi de jouer, vite !

Maïa respira un bon coup et fit semblant de se jeter sur Charl, laquelle la repoussa. Le bateau se mit à tanguer. Puis elles s’empoignèrent comme si elles tentaient de s’étrangler mutuellement tout en se débrouillant pour que Charl tourne le dos aux pirates. Tout ce qu’elles pouvaient voir à présent, c’était une grande blonde en train de se défendre contre une adversaire qui avait survécu à la destruction du radeau.

Des cris se firent entendre. « Si elles se doutent de quoi que ce soit, elles vont nous achever au canon, se dit Maïa. Ou si, chez elles, les espionnes comptent pour du beurre. »

Se bagarrer, même pour la frime, était épuisant. Le roulis du bateau forçait les combattantes à s’agripper solidement. Au bout de quelques minutes, Charl resserra sa prise sur la gorge de Maïa, déclenchant des ondes d’authentique douleur.

— Maïa ! appela Naroïne, tapie à l’arrière. Où sont-elles ?

Maïa fit mine de flanquer un coup sur l’oreille de Charl et regarda par-dessus son épaule. Le vaisseau pirate vira de bord et son foc se gonfla, lui donnant un peu d’élan.

— À moins… moins de cent mètres, hoqueta Maïa alors que Charl la jetait contre le mât de l’esquif. Elles arrivent…

Charl prit une rame et lui en destina un coup si réaliste qu’elle se baissa avant d’avoir pu lui dire le reste : deux des pirates massées à la proue du ketch tenaient des objets qui ressemblaient de façon terrifiante à des fusils. La seule chose qui pouvait sauver Maïa était sa proximité avec une femme que ces félonnes prenaient pour leur complice.

— Quatre-vingts mètres…, reprit Maïa en donnant un coup de coude dans les côtes de Charl, qui lâcha sa rame et la prit à bras-le-corps. Eh, pas si fort !… Soixante mètres…

Le ketch était d’une beauté terrifiante. On aurait dit un rapace qui fondait sur elles, rejetant de part et d’autre de son étrave les débris de l’infortuné radeau qui roulaient dans son sillage. Les falaises à pic de l’île étaient à présent derrière l’esquif. Toute retraite leur était interdite.

— Cinquante mètres…

Soudain, la perruque de Charl glissa. Les deux femmes se hâtèrent de la remettre en place, mais une des pirates poussa des cris outragés. « C’est fichu », se dit Maïa en levant les yeux sur l’ennemi qui approchait. Une carabine pointa sur elles.

Il n’y eut pas un bruit, rien. Juste une ombre fugitive qui courut le long de la falaise et sur un coin de mer inondé de soleil. Une des corsaires du ketch leva la tête et ouvrit la bouche pour crier. On aurait dit qu’un énorme nuage noir, confus, tombait sur le gracieux navire, suivi d’une caisse de métal hérissée de protubérances qui heurta le bastingage, rebondit… et explosa.

Maïa fut d’abord aveuglée par les flammes, puis la déflagration projeta Charl sur elle, l’écrasant contre le mât. L’onde de choc s’empara de la voile qui se mit à claquer et envoya les deux femmes au fond du bateau où elles restèrent à moitié estourbies, ballottées par les flots en furie.

Maïa sentit qu’on la tirait vers la proue. Le sang battait à ses oreilles. Le temps semblait s’étirer et se rompre à intervalles irréguliers. Puis elle entendit la voix lointaine de Brod lui dire d’étranges choses sur un ton rassurant.

— Ça va, Maïa. Tu n’as rien. Il faut que tu te prépares. Debout, Maïa ! Allez, Naroïne nous amène vers Tanière…

Mouais… Seulement elle commençait à avoir l’habitude de ce genre de situation et elle savait qu’il lui faudrait quelques minutes pour reprendre ses esprits. Se mettant à genoux, elle sentit qu’on lui glissait un bâton entre les mains. Ses doigts se refermèrent machinalement dessus. La treppe d’Inanna… Si seulement elle se rappelait comment on s’en servait !

Brod la tourna dans le bon sens, vers une énorme chose noire de suie qui était, un instant plus tôt, blanche, orgueilleuse et superbe et gisait à présent au milieu d’un enchevêtrement de câbles et de cordages. Ses voiles avaient été déchiquetées par la bombe artisanale, catapultée à l’instant propice par deux prisonnières restées au sommet de la falaise.

— Parées !

Dans les terribles échos qui retentissaient encore à ses oreilles, Maïa reconnut la voix de Naroïne. Elle décochait des rafales de flèches avec son arc pendant que Tress faisait franchir les derniers mètres à leur bateau…

Le choc fut rude. Brod poussa un cri et bondit, un bout de corde entre les dents, sur le bastingage du navire pirate. Il grimpa à bord et fit rapidement un nœud, assurant l’esquif.

— Attention ! cria Maïa, sortant de sa léthargie.

Elle visa une femme qui se jetait sur Brod en brandissant une treppe. Hélas, sa propre arme ricocha sur le bastingage.

Brod se retourna juste à temps. Avec un soupir, il écarta l’arme de la pirate, l’attrapa par son bustier et l’envoya rejoindre celles qui nageaient parmi les débris du radeau.

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