La grande mascarade parisienne
- Автор: Robida Albert
- Язык: французский
- Жанр: Европейская старинная литература
Электронная книга - «La grande mascarade parisienne». Краткое содержание книги:
Hais les affaires sont les affaires!
Vous vous souvenez que, par un premier testament, feu Badinard avaitlégué toute sa fortune à la dame Badinard son épouse; ce testament a été annulé par celui qui instituait M. Cabassol légataire universel de la fortune et des vengeances de M. Badinard. Or, si comme vous le reconnaissez, ma cliente M mc Badinard a été victime d'une erreur, le second testament qui l'injurie si gravement doit être déclaré caduc et toute la succession doit revenir à ma cliente suivant les termes et dispositions du premier testament.
Cela est parfaitement limpide. En conséquence, j'ai l'honneur de vous prévenir que je rejette au nom de ma cliente toute proposition de transaction et que j'intente dès ce jour, à M. Antony Cabassol, un procès en nullité de testament et en captation d'héritage, devant le tribunal civil de la Seine.
Daignez agréer, mon cher maître, l'hommage de ma considération la plus distinguée.
Mitaine.
A la lecture de cette déclaration de guerre, M e Taparel tomba foudroyé dans son fauteuil. Il s'attendait à des démonstrations d'un étonnement admi-ratif, à des exclamations, à de chauds remerciements et voilà que le man-dataire de M me Badinard répondait à des propositions de restitution bénévole parla menace d'un procès rigoureux!
— C'est abominable ! s'écria-l-il enfin en retrouvant assez de forces pour donner un grand coup de poing sur son bureau, allons trouver cet implacable Mitaine !
Et saisissant son chapeau, il traversa son étude comme un ouragan pour se rendre rue Dauphine, à l'étude de l'avoué.
L'élude de M e Mitaine répondait bien à l'idée que l'on peut se faire d'un antre de la chicane ; elle était située au deuxième étage, au fond de la deuxième cour d'une vieille et sombre maison. Après un escalier sale et sombre, on rencontrait une porte sombre et sale portant sur une plaque de cuivre les mots :
JULES MITAINE
AVOUÉ Près le tribunal civil de la Seine. Tournez le bouton S.V.P.
M e Taparel tourna le boulon. Une demi-douzaine de clercs,courbés devant les fenêtres d'une grande pièce sombre, paperassaient avec fureur; l'un d'eux leva la tête, mit sa plume entre ses dents et daigna recevoir le visiteur.
— Maître Mitaine e3t chez lui? demanda M 0 Taparel.
— Il est au Palais 1 répondit le clerc.
— Au Palais, déjà! s'écria le notaire.
— Affaire urgente !
— Affaire urgente! j'ai besoin de le voir pour une affaire urgente aussi... je suis M e Taparel.
— Ah! monsieur, justement M 0 Mitaine est allé au Palais pour entamer Bans relard l'affaire Badinard contre Gabassol.
— Déjà ! s'écria M e Taparel.
— Oui, monsieur, et vous voyez, nous sommes tous occupés pour Badi-
Les cœurs de Bezucheux, Laoostade et entres foulés par Tulipia.
iiaitl contre Gahassol : mémoire aux juges pour M me Badinard, requêtes, significations, assignations et autres menues pièces de procédure.
— M e Mitaine ne perd pas de temps! dit amèrement M° Taparcl, mais j'espère encore arrêter tout cela ; envoyez, s'il vous plait, quelqu'un au Palais pour avertir M° Mitaine de ma présence ici, et pour le prier de venir conférer un instant avec moi, avant de passer outre.
Un clerc s'empressa de courir chercher M* Mitaine au greffe du tribunal. civil. Ce fut l'affaire d'une demi-heure, M 0 Mitaine arriva bientôt sur les pas de sod clerc.
C'était un homme d'une cinquantaine d'années, au profil anguleux et chafouin, aux yeux très mobiles clignotant derrière un lorgnon à verres bleus, à cheval sur un nez presque malicieux ; sa bouche pincée et ses pommettes saillantes étaient encadrées de longs favoris beurre frais reliés à une chevelure de la même couleur, disposée avec des prétentions à l'élégance.
11 aborda M* Taparel avec de chaleureuses poignées de main et l'entraîna dans son cabinet.
— Enchanté, cher maître, de l'honneur de votre visite ! dit-il, comme je vous l'avais annoncé, je m'occupais de notre affaire, j'étais allé au Palais pour...
— C'est aller un peu vite en besogne, et vous auriez pu me voir avant de commencer le feu. Voyons! est-il possible que vous songiez sérieusement à nous attaquer devant le tribunal civil, quand mon client, de lui-même, vient renoncer à la succession de M. Badinard...
— Comme homme, j'admire ce beau trait, mais comme avoué je ne dois pas me laisser arrêter par des raisons sentimentales ! Mandataire de M m9 Badinard, je ne vois qu'une chose : feu Badinard, obsédé par d'injurieux soupçons contre la dame son épouse, lègue par un testament que je qualifierai seulement d'étrange et de bizarre, sa fortune à un parent éloigné, à la condition expresse que ce jeune homme le vengera de 77 personnes qu'il accu c e d'avoir compromis la dame son épouse. Le legs était subordonné à l'exécution de ces vengeances, puisque, dans un dernier paragraphe, feu Badinard dit qu'en cas de non-exécution dans un certain délai, toute sa fortune servira à l'édification « dans un endroit sain et désert, d'un Refuge pour les maris maltraités par le sort. »
— C'est vrai, dit Je notaire.
— Donc puisque, par suite de la découverte de l'innocence absolue de M mc Badinard, le légataire de feu Badinard reconnaît n'avoir aucune vengeance à exercer, le legs fait par M. Badinard tombe de lui-même. — 11 en est de même de la disposition de feu Badinard pour le cas où les vengeances imposées ne pourraient être exercées, — feu Badinard n'ayant pas eu de
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M. Jules Mitaine, avoué de M" Badinard.
déboires conjugaux, n'a pas à faire élever de « Refuge pour les maris maltraités par le sort. » C'est limpide 1 trouvez-vous mon raisonnement limpide ?
— Parfaitement, mais...
— Je n'ai pas fini. Ce testament étrange et injurieux annulé, le précédent testament, par lequel feu Badinard léguait tous ses biens à son épouse, reprend toute sa force...
— Parfaitement, mais...
— Attendez! or, pendant quinze mois M. Cabassol a été en possession de la succession, il a usé, dépensé...
— Beaucoup ! fit le notaire, je pourrais dire énormément! mais ce sont des dépenses pieuses, faites uniquement dans le but d'exécuter promptement les volontés du testateur. En ma qualité d'exécuteur testamentaire, j'avais pour instruction de feu Badinard de fournir toutes les sommes nécessaires à la prompte réalisation des soixante-dix-sept vengeances...
— Comme mandataire de ma cliente je proteste contre ces dépenses. M m * Badinard reconnue innocente, doit être remise en possession de tous les capitaux provenant de la succession, c'est limpide !
— Non ! S'écria M e Taparel. Beiucheux accablé par le chagrin.
— Pardon, la limpidité de mon raisonnement n'est pas discutable ! Je reprends... M me Badinard reconnue innocente, doit être remise en possession, etc., plus les intérêts depuis quinze mois...
— Par exemple !
— Rien de plus juste ! je suis sûr que le tribunal abondera dans mon sens... plus...
— Encore I
— Naturellement! plus les dommages et intérêts qu'il plaira au tribunal de nous accorder et que moi, avoué, mandataire de M me Badinard, j'évalue très modestement à la somme de trois cent cinquante mille francs, et ce, sous les plus expresses réserves de tous nos droits à indemnités non prévues encore.
— Trois cent cinquante mille francs de dommages et intérêts ! s'écria M e Taparel, mais c'est odieux!... Mon client a montré la plus entière bonne foi; s'il a accepté le legs de feu Badinard, c'était avec l'intention de remplir convenablement les conditions à lui imposées. Il reconnaît l'erreur du testament, mais il ne doit pas en être rendu responsable puisqu'elle est du fait du testateur, M. Badinard? Cela aussi est limpide?