La grande mascarade parisienne
- Автор: Robida Albert
- Язык: французский
- Жанр: Европейская старинная литература
Электронная книга - «La grande mascarade parisienne». Краткое содержание книги:
Un grand écrivain qui est aussi un moraliste, , M. Alexandre Dumas, quitta ses travaux d'auteur dra-
VeDge-toi comme Badinard. *
matique et d'académicien, pour écrire, à propos du procès Badinard, une de ces brochures passionnantes dans lesquelles il formule vaillamment et sans détour sa pensée sur les questions morales.
Sous ce titre : Ceux qui se vengent bien et ceux qui se vengmt mal, M. Alexandre Dumas entreprit la réfutation de son fameux : Tue-la! Revenant sur ses anciennes opinions et faisant amende honorable, il combattit énergiquement les prétentions odieuses de ces époux ou amants trompés qui croient avoir le droit de se venger parle revolver et le vitriol, et il approuva hautement le choix fait par Badinard de la simple peine du talion pour venger les sévices matrimoniaux. Sa conclusion énergique et claire fut :
« Lecteur, mon ami, écoute mon conseil (cette fois c'est le bon!) : si ta fomme te trompe, ne la tue pas, ne la vitriolise pas, ne la revolv-rise pas, ne lui fais pas de mal avec les petits couteaux qui coupent l'amitié, taiiî-toi et pardonne! — Je te livre l'autre. Pas de pitié pour ce misérable, mais pas de petit couteau, pas de revolver et pas de vitriol non pius! la peine du talior ami lecteur : venge-toi comme Badinard! »
III
La tête de Crlquetta. - Bezucheux couronne une rosière et prononce un éloquent discours sur les charmes de la vertu. - La rosière approximative
M lle Griquetta, l'étoile des Folies-Musicales, donnait une fête champêtre dans sa petite villa de Beaumesnil, près Croissy, pour célébrer la Sainte-Suzanne, sa patronne. Le programme des divertissements était très varié et très chargé. -Dès la première heure, c'est-à-dire au lever du soleil, vingt et une
Candidates à la dignité de rosière approximative.
bombes avaient été tirées sur la terrasse de la villa pour réveiller les habitants, puis une distribution de bons de flans, brioches et galettes avait été faite aux indigents de la commune.
Les vraies réjouissances commencèrent à deux heures, après le déjeuner, par le couronnement solennel d'une rosière.
Sur la pelouse, devant la villa, se dressait une vaste tente décorée des drapeaux de toutes les puissances amies ou ennemies— (la vertu n'a pas de nationalité! avait dit Griquetta aux autorités) —au milieu desquels flottait une grande oriflamme aux initiales de Criquetta.
L'organisateur de cette partie de la cérémonie, était notre ami Bezucheux de laFricottière fils. — Présenté j adis par Gabassol à Griquetta, il était resté l'am i de la charmante actrice et, pour le moment, il essayait d'étourdir près d'elle l'immense chagria laissé par les trahisons répétées de Tulipia. En sa qualité d'ancien sous-préfet, Bezucheux de la Fricottière s'entendait aux cérémonies officielles ; ce fut lui qui salua les autorités de Beaumesnil et qui les installa à la tribune d'honneur; sous sa haute direction, quatre commissaires, décorés d'un brassard blanc, avec les initiales S. G., reçurent les invités, le conseil municipal, la fanfare et l'orphéon, ainsi qu'une députation de jeunes filles en blanc, en tête de laquelle marchait, les rougeurs de l'innocence au front, la jeune Virginie Moussard, désignée par vingt-huit années de vertu sans interruption aucune, pour la couronne de roses blanches et le titre de rosière municipale.
Les deux sociétés rivales, la fanfare beauménisloise et l'orphéon, se disputaient l'honneur d'ouvrir la séance par un morceau de leur répertoire. Bezucheux les mit d'accord en proposant de s'en remettre pour cela à la décision du sort. L'épreuve du doigt mouillé réunit après une courte délibération les suffrages de M. le maire et de ses adjoints; aussitôt Griquetta, présidente de la fête, fit venir les directeurs des deux sociétés musicales, et après s'être retournée une minute pour qu'il n'y eût pas de tricherie, leur tendit deux doigts, en les priant de choisir.
Le directeur de la fanfare poussa un hurrah éclatant, il avait pris le doigt mouillé/
Pendant que le chef de l'orphéon descendait penaud de l'estrade, la fanfare, avec toute la vigueur de ses bras et de ses poumons, entama la Marseillaise.
Quand les derniers accords des cui-/ vres se furent éteints au milieu des applaudissements, l'orphéon tout entier se redressa, et entonna d'une voix furieuse :
Allons, enfants de la patrie.
M. le maire de Beaumesuil.
Après le dernier couplet triomphalement enlevé par l'orphéon, Bezucheux se leva, déploya un papier, et aprè.3 avoir, d'un geste, réclamé le silence de l'assemblée, commença la lecture d'un éloquent discours sur :
LES CHARMES DE LA VERTU
Mesdemoiselles, mesdames, messieurs I
A toutes les époques, aussi bien dans l'antiquité, cette grand' mère des temps présents, qu'au moyen âge, dans les siècles d'hier et d'avant-hier, dans
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Popularité de Cabassol.
es temps barbares, dans les temps héroïques, dans les temps chevaleresques, — à Rome, à Sparte, à Carthage, en Grèce, en Egypte, en Perse, — sur le Nil, sur l'Euphrate, sur le Tigre ou sur le Tibre, chez les hommes de 1 âge de pierre, chez les tribus de l'âge de fer, chez les peuplades de l'âge de bronze, — au sein des populations lacustres, parmi les sauvages peu vêtus des déserts préhistoriques, — sous la tente en poil de dromadaire des Arabes pasteurs, sous les portiques d'Athènes, dans les palais de marbre des augustes sénateurs de Rome, dans les gothiques manoirs de la féodalité, — en même temps que l'on récompensait le courage, la force, l'adresse, le talent, toujours on a honoré, glorifié, récompensé la vertu, cette simple et candide petite violette !
Dan? Les jeux olympiques où toute la jeunesse grecque était conviée, des exercices étaient réservés aux jeunes filles, on ne leur apprenait pas à lancer d'une main sûre le dard cruel ou le javelot meurtrier, on ne leur apprenait pas à manier le glaive, mais on les faisait lutter à la course, on'organisait des concours de travaux de coulure et des prix étaient réservés aux plus habiles et aux plus sages.
A Rome, au Colysée, dans ces arènes où le sang des gladiateurs coulait avec celui des bètes féroces ou simplement sauvages, certains jours étaient réservés pour des distributions de prix et d'accessits de vertu. C'est là, sans doute que les Romains venaient choisir celle qui devait être la gardienne du foyer domestique, car un poète de cette époque féconde en poètes, fait dire à une jeune Romaine dans une de ses fraîches églogues :
C'est au Colysée que je fis sa conquête, Ce jour pour moi, etc..
A Rome encore, les amis de la vertu doivent l'institution du collège des Rosières, en latin du temps, Vestales!
Au moyen âge nous trouvons les jeux Floraux, ces aimables tournois poétiques qui se sont perpétués d âge en âge jusqu'à notre époque, que des censeurs austères se plaisent pourtant à nous représenter comme entièrement dépourvue d'idéal. Des églantines, des roses et des soucis d'or étaient et sont encore distribués chaque année aux vainqueurs de ces joules pacifiques, aux poètes qui ont le mieux chanté la vertu.
Les tournois eux-mêmes n'étaient pas exclusivement les fêtes de la vaillance et de la force, outre les prix pour les combats à la lance émoulue ou non émoulue, à l'épée, ou à la hache, dans la lice armoriée et pavoisée nos aïeux avaient coutume de distribuer aussi de blanches couronnes aux jeunes élèves des pensionnats de la noblesse, de la bourgeoisie et du peuple, qui s'étaient particulièrement distingués pendant le cours de l'année, dans la pratique de la vertu et des travaux à l'aiguille.