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La grande mascarade parisienne

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La grande mascarade parisienne
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— Je vais aller le chercher, car j'ai hâte d'être tranquille...

— Je vais vous accompagner jusqu'à votre villa, et quand vous aurez l'album, nous irons tout dire à M e Taparel!

Tulipia cacha soigneusement sa figure sous les plis d'une mantille épaisse et prit le bras que lui offrait Gabassol. Le trajet se fit en silence. Gabassol, encore sous le coup de la révélation inattendue qu'il venait d'arracher à Tulipia, trouva à peine quelques médiocres galanteries à dire à celle dont il tenait enfin le bras sous le sien.

Tulipia le laissa sous un arbre et revint cinq minutes après, tenant enfin sous son manteau l'album, cause de tant d'événements.

— Enfin, nous le tenons! fit notre ami avec un soupir de soulagement, courons vite trouver M e Taparel!

A l'hôtel, M 6 Taparel était couché et dormait d'un sommeil hanté par le souvenir de Tulipia et bourrelé par le remords, Cabassol entra sans façon dans la chambre du notaire et lui frappa sur l'épaule.

M 8 Taparel ouvrit brusquement les yeux.

— Elle! balbutia le notaire en regardant Tulipia avec une stupéfaction voisine du complet ahurissement, elle!...

— Inutile de vous frotter les yeux, dit Gabassol, vous ne rêvez pas... quand vous saurez ce qui me fait introduire, au mépris des vulgaires convenances, M me Tulipia dans votre chambre, vous bondirez d'étonnement...

— Grand Dieu!... je ne me permettrai pas de bondir, les convenances me l'interdiraient... mais dites vite-!...

Ceet de la bouche de M me Balagny, que vous allez entendre les étonnantes rév •ations qui m'ont, tout à l'heure, sur la plage, pétrifié de surprise!...

— Prenez un siège, et parlez! prononça M c Taparel avec solenni'é.

— Je n'oserai jamais... dit Tulipia.

— M Taparel, reprit Gabassol, faites appel d'avance à tout votre sang-froid, revètissez votre cœur d'un triple airain! M" Taparel, en ce moment, vous êtes plus qu'un notaire, vous êtes un confesseur!

— C'est cela, dit Tulipia, vous êtes un confesseur!...

— Vous m'épouvantez! fît M" Taparel.

— M« Taparel, reprit Gabassol, êtes-vous prêt?., avez-vous dépouillé l'homme privé et vous sentez-vous bien maintenant notaire et rien que notaire?

— Je m'accuse, dit Tulipia, d'avoir été faible...

— Je le sais, dit le notaire.

— Pardon, fit Cabassol, comme homme privé vous pouvez le savoir, mais comme notaire vous devriez l'ignorer... d'ailleurs, vous ne savez pas jusqu'à quel point madame a poussé la fai- vous allez voir...

— J'ai été faible, très faible, trop faible !... je...

— Je vois que je dois venir à votre secours, dit Cabassol — madame a été faible, c'est entendu, entre autres faiblesse?, elle avait celle de la photographie, mon Dieu! je ne saurais l'en blâmer ; poussant au plus haut degré le culte de l'amitié, elle aimait à conserver pour les revoir de temps en temps, les petits cartons sur lesquels les collaborateurs du soleil avaient fixé, avec ou sans retouches, les traits aimables des personnes chères à son cœur. Vous me comprenez?

— Non.

— Tous comprendrez tout à l'heure... Ce? photographies de se? ami? M mP Tulipia les avait réunies dans un album coquet de...

— Je comprends de moin? en moins... laissons l'album aux souvenirs de M ne deBalagny et parlons de l'album de la succession Badinard

— 0 perspicacité notariale! tu n'es qu'un mot!... Vous ne devinez pas? N<>n?... Eh bien, sachez donc que l'album Badinard et celui de M mp de Ba-lagnyj ne sont qu'un seul et même album!... M mc Tulipia vient de m'en faire l'aveu, .ces portraits ne compromettent d'autre personne qu'elle et M. Badinard n'avait aucune vengeance à tirer des originaux!

M e Taparel pu-sa des exclamations entrecoupées et se livra pour exprimer

M. Taparel ouvrit les yeux.

sa stupéfaction, à une pantomime des plus animées — Cabassol continuant la confession de Tulipia, mit le digne notaire au courant des événements, pendant que Tulipia cherchait à prendre l'attitude éplorée et touchante d'une Madeleine en proie à un repentir qui n'exclut pas la coquetterie.

— M me Tulipia touchée par la grâce, nous rapporte l'album, acheva Ga-bassol, et j'ai promis en votre nom une absolution complète.

— Ouf! lit le notaire, l'émotion me suffoque!... une pareille erreur!... c'est un fait inouï dans les annales du notariat... Savez-vous, madame, savez-vous bien quelles conséquences terribles a fatalement amenées l'erreur de M. Badinard, erreur dont toute la faute retombe sur vous?... Savez-vous que nous avons poursuivi de notre vengeance de simples innocents, de braves gens qui jamais n'avaient causé la moindre petite brèche à l'honneur conjugal de feu Badinard?... Savez-vous...

— N'en parlons plus, j'ai promis l'absolution, dit Cabassol, remercions madame au contraire, de nous avoir arrêtés dans l'œuvre de vengeance que nous poursuivions!... et félicitons aussi M e Taparel, notaire fragile, d'avoir été en quelque sorte l'instrument providentiel de la découverte ! sans vous, sans votre bonne pensée de... communiquer notre album à madame, je... faisais de nouveaux malheurs!

— Madame, dit enfin M 0 Taparel, soyez tranquille, cet album vous sera restitué I laissez-le entre nos mains, je vous prie, jusqu'à la fin de la liquidation de la succession Badinard...

— Ma foi, gardez-le, je n'y tiens plus guère, répondit Tulipia... vous comprenez, dans ma nouvelle situation, il pourrait devenir gênant!... j'aime autant qu'il soit en dépôt chez vous.

— Ah! fit Cabassol, qui feuilletait l'album après lequel il avait tant couru depuis six mois, heureusement, grand Dieu, que nous savons à quoi nous en tenir... Voyez donc, cher monsieur Taparel!

Et il indiqua du doigt au notaire une des dernières photographies de l'album.

— Mon portrait! s'écria M e Taparel en prenant subitement la rougeur du homard après la cuisson.

— Et maintenant, chère madame, reprit Cabassol, voulez-vous avoir l'obligeance d'écrire les quelques lignes que je vais vous dicter...

Je soussignée,

Ayant appris qu'un album dans lequel f avais réuni les photographies de quelques amis, était tombé par suite d'une erreur déplorable, entre les mains de M. Timoléon Badinard et avait causé dans le mér,a/je dudit sieur, un trouble sérieux, revendique solennellement par ces présentes la propriété dudit album et proclame la parfaite innocence de M me Badinard mise, bien à tort, en doute, par feu Timoléon Badinard.

Fait à Dieppe, le... en présence de M e Taparel, notaire à Paris, qui atteste l'authenticité de ma signature.

Tulipia achevait de parapher lorsqu'un coup violent frappé à la porte la fit tressaillir.

— Aïe! c'est le prince! s'écria Tulipia...

Séance de philosophie.

— N'entrez pas ! cria M e Taparel.

La porte venait de s'ouvrir et un homme était debout sur le seuil.

— L'Américain ! s'écria Gabassol.

— Je vous retrouve enfin, dit gravement Palamède en s'adressant à Ca-bassol. Eh bien, et Lucrezia, la pauvre Lucrezia qui gémit en attendant que vous fassiez honneur à votre signature?...

— Hélas, répondit Gabassol, je crains d'être obligé de la laisser gémir encore longtemps...

— Et votre promesse de mariage? vous rappelez-vous : à première réquisition, je m'engage à épouser M lle Lucrezia Bloomsbig...

— Faites-la protester.

— C'est votre dernier mot?

— Oui, cher monsieur Palamède!

— C'est bien, dit Palamède, dous avons des tribunaux, nous plaiderons, el nous obtiendrons des dommages et intérêts... songez-y!

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