La grande mascarade parisienne
- Автор: Robida Albert
- Язык: французский
- Жанр: Европейская старинная литература
Электронная книга - «La grande mascarade parisienne». Краткое содержание книги:
— Eh bien, mesdames, demanda M e Mitaine, vous venez pour l'affaire Badinard?
— Mon mari a reçu une assignation, gémit une petite dame blonde.
inquiétude! fémininet.
— Le mien aussi! répéta chacune des autres dames.
— Et je voudrais avoir des éclaircissements...
_ C'est cela, des éclaircissements, dirent toutes les dames. _ Des éclaircissements sur sa participation à l'affaire Badinard!... A quelle époque a-t-il causé des chagrins conjugaux à M. Badinard, était-ce avant notre mariage ou depuis?
_ Oui, dirent les autres dames, à quelle époque, tout est là? -Mesdames, répondit M» Mitaine, je voudrais pouvoir vous donner les éclaircissements que vous demandez, et je souhaiterais n'avoir que des choses agréables à vous révéler, malheureusement, je ne puis rien dire, il y a dans cette lamentable et scandaleuse affaire des points encore bien vagues! Les débats feront la lumière sur tout cela, prenez patience jusque-ia...
— C'est que, reprit une petite dame brune, mon mari depuis hier est d'une humeur exécrable et qu'il me parle constamment de M. Cabassol... et je n'ai jamais vu ce M. Cabassol, comment est-il?
_ Mesdames, tout cela s'arrangera devant le tribunal. Patientez une quinine de jours et souvenez-vous que je me ferai un vrai plaisir de vous faire placer convenablement à l'audience l
A peine les dames étaient-elles sorties qu'un monsieur se précipita dans le cabinet de M e Mitaine.
— Monsieur, dit-il, j'ai reçu votre assignation, je suis témoin dans l'affaire Badinard; je me nomme Eugène de Monistrol.
Criquetta était connue pour ses idées fantaisistes sur la fidélité et la constance.
M c Mitaine salua.
— En effet, monsieur.
— J étais donc sur cette liste de M. Badinard. Ce qui est extraordinaire, c'est que je n'ai jamais connu de Badinard... enfin! j'étais sur la liste des personnes vouées à la plus cruelle vendetta... Un seul mot, monsieur, le vengeur, M. Cabassol, a-t-il sévi contre moi...
— Mais, monsieur...
— Oui ou non, a-t-il sévi ? J'arrive de Dieppe, monsieur, avec M me de Monistrol. M. Cabassol y était aussi il y a quinze jours... j'ai vu son nom sur la liste des étrangers... fatalité ! nous habitions le même hôtel... je frémis, monsieur!... vous comprenez mes craintes... ma femme est jolie... ;i l-il sévi?
— Monsieur, je suis persuadé au contraire...
— Comment, monsieur, au contraire, pensez-vous que M me de Monistrol soit un laideron?
— Je ne dis pas cela, je dis que je suis persuadé que si M. Cabassol a eu l'audace, l'outrecuidance, la folio de...
— Ce ne serait pas une folie...
— Non... mais enfin, je suppose que...
— Ah! vous supposez, maintenant... je sais ce que cela veut dire! D'ail-leurs, Agnès s'était fait faire un costume de bain par trop séducteur... il y avait du louche... mon sort n'est que trop certain.
— Mais, monsieur, je vous jure que je ne sais rien. Les débats éclair-ciront votre situation dans un sens favorable, je n'en doute pas ! Attendez l'audience.
— C'est bien, je traînerai M. Cabassol sur le terrain s'il a sévi... et si... si là-bas, à Dieppe, il a reculé, c'est une injure à mon Agnès, et je le traînerai aussi sur le terrain !
Après le départ de M. de Monistrol, M e Mitaine se frotta les mains. Sans nul doute, l'affaire qui mettait tant de monde en émoi dès les premiers jours, était destinée à fournir des audiences intéressantes.
Sans doute, tous les témoins allaient se trouver très contrariés de ce démêlé public avec Cabassol, le vengeur imaginaire de feu Badinard, et avec M e Mitaine, le vengeur très réel de la très calomniée M rac Cabassol, mais cela importait peu, l'essentiel était d'obtenir l'annulation du testament Badinard avec toutes ses conséquences. — Tant pis pour ceux que gêneraient les révélations de l'audience.
Un nom manquait à M 0 Mitaine, un nom d'une importance capitale M e Tuparel avait absolument refusé de livrer le nom de la véritable propriétaire de l'album aux soixante-dix-sept photographies; il était le premier à reconnaître l'innocence de M me Badinard, il consentait au nom de son client à rendre à cette dame ce qui restait de la succession, mais il refusait, par discrétion, de dire à qui appartenaient réellement les photographies incriminées par la jalousie de feu Badinard.
M e Mitaine s'était juré de trouver ce nom, de traîner à l'audience celle qui avait suscité tant d'ennuis à sa cliente, M mc Badinard. — M e Taparel aurait beau s'obstiner dans sa discrétion, il découvrirait la coupable. — A défaut de certitude, la correspondance de Cabassol lui avait fourni quelques indices; il y était souvent question de M lle Criquetta, une actrice éminemment légère, qui avait été en rapports, Cabassol l'écrivait lui-même, avec plusieurs dés témoins faisant partie du club des billes de billard.
Griquetta était suffisamment connue pour ses idées fantaisistes sur la constance et sur la fidélité, pour qu'il y eût quelque vraisemblance à lui attribuer la propriété de cette collection imposante de souvenirs photographiques; le fameux album devait être à elle.
M 0 Mitaine résolut d'ouvrir, sans tarder, une enquête personnelle. Il n'était pas difficile d'aller trouver Criquetta ; les chroniques théâtrales la représentaient comme une femme charmante aux allures de bon garçon; en lui racontant spirituellement les choses, en lui demandant franchement la vérité, elle répondrait sans doute.
M e Mitaine s'arrêta donc à ce projet. La date de la première audience était fixée; il avait encore quinze jours devant lui pour trouver la propriétaire de l'album; sans nul doute, un homme de sa valeur n'avait pas besoin d'un aussi long délai et tout portait à croire qu'en vingt-quatre heures il aurait réussi.
Le procès continuait à occuper violemment la presse et le public ; il n'était pas de jour que les gazettes ne revinssent sur ce sujet pour entretenir leurs lecteurs des bruits du palais ou pour donner quelques nouveaux détails sur les faits et gestes de M. Cabassol, le héros de l'affaire. Notre pauvre ami était devenu la proie de la curiosité publique, tous les jours, des reporters le tournaient et le retournaient sur le gril de l'indiscrétion, sans nulle pitié; on avait fait sa biographie par bribes et morceaux; on avait démoli de fond en comble le mur de sa vie privée et raconté de suppositions en suppositions, son histoire depuis sa sortie des bras de sa nourrice jusqu'à ses dernières tentatives de vengeance contre les infortunés ennemis de feu Badinard.
Il enétaitrésultédespolémiquesviolentes, chroniqueur contre chroniqueur,
Inquiétudes masculines. Vengeance! Vengeance
et des avalanches de lettres avaient plu dans tous les bureaux de rédaction, lettres provenant pour la plupart des personnes inscrites sur la liste fatale.
Cabassol avait, dès le commencement des indiscrétions, pris le sage parti de déménager; M e Taparel seul connaissait son adresse et lui faisait parvenir les nouvelles. De cette façon, notre ami put attendre patiemment le grand jour de l'audience sans avoir à répondre de quart d'heure en quart d'heure tant aux provocations qui pleuvaient à son ancien domicile, qu'aux billets plus doux et plus parfumés que des dames nombreuses et passionnées, françaises, anglaises et américaines, adressaient au séduisant héros de cette aventure sentimentale et extraordinaire.
Un journal judiciaire, le Crime illustré, avait porté au comble la popularité de notre ami dans les cœurs féminins en publiant son portrait considérablement revu et embelli. Ce portrait, placé entre un getit assassinat où le sang coulait à flots sur la page et un guet-apens avec vitriol, eut un succès immense parmi les fleuristes et les brunisseuses, et causa, dit-on, plusieurs tentatives de suicide par le charbon chez les jeunes personnes inflammables.