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Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi

Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:

Hortense est à Londres et c'est toujours hyper compliqué entre elle et Gary.
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
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Pendant plusieurs siècles, les seigneurs de Chrichton firent régner la terreur dans la campagne et les villages proches du château. Les ballades écossaises chantaient les exploits de ces hommes cruels, séduisants, cyniques. L’une d’elles raconte l’histoire d’un McCallum que sa femme adorait alors qu’il était épris d’une autre. Il fut condamné à mourir pour avoir tué cinq orphelins dont il convoitait l’héritage. Sa femme, le jour de l’exécution, vint implorer le pardon du roi et chanta, pour l’attendrir, une tendre ballade où elle vantait les qualités de son époux et son amour pour lui. Le roi, ému, accorda sa grâce. Le mari ingrat, une fois délivré, prit la fuite à cheval en clamant à sa pauvre femme : « Un doigt de la main de la Dame que j’aime vaut mieux que tout votre beau corps enamouré… » Et alors qu’elle pleurait qu’il lui brisait le cœur, il répondit que « cœur brisé n’est que signe de mauvaise digestion ».

Tels étaient ses ancêtres, et si, à partir du dix-huitième siècle, ils avaient été contraints par la Couronne d’obéir aux lois, la liste des morts violentes ne fut pas interrompue pour autant. Quand ils ne se battaient pas, ne volaient pas, ne violaient pas, ils se noyaient. Volontairement ou pas…

Le seul détail de cette terrible histoire familiale qui émut Gary fut l’histoire des écureuils de Chrichton. Il y avait sur les terres du château des écureuils qui bâtissaient leur nid dans les arbres, près de l’étang. De magnifiques écureuils roux à la queue flamboyante qui faisaient honneur aux terres des McCallum. Dans aucune autre propriété, il n’y avait si beaux écureuils roux. Un vieux dicton de la famille donnait à ces animaux valeur prophétique :

Quand l’écureuil roux quittera le nid de Chrichton

Le ciel clair du comté de noir s’obscurcira

Et le domaine sera envahi par les rats.

Ainsi son amour des écureuils n’était pas dû au hasard. Le sang des McCallum battait en lui…

Gary se demanda si les écureuils étaient déjà partis ou sur le point de partir, et si c’était pour cette raison que Mrs Howell, pressentant une fin dramatique, lui avait demandé de venir très vite.

« Viens vite, viens très vite… »

Il essayait de trouver une raison pour laquelle sa présence était si importante.

Il cherchait encore quand le train entra en gare d’Édimbourg.

Elle s’appelait Waverley en souvenir du roman de Walter Scott, né à Édimbourg et en l’honneur duquel la ville avait construit un monument immense, sorte de mausolée doré, posé dans Princes Street. Édimbourg, capitale de l’Écosse, avait donné naissance à de nombreux auteurs, romanciers ou philosophes, David Hume, Adam Smith, Stevenson, Conan Doyle… Et l’inventeur du téléphone, Graham Bell. Il prit son sac, descendit sur le quai. La gare était construite dans les entrailles de la terre de telle sorte que, pour entrer dans la ville, il fallait gravir d’interminables escaliers en pierre.

Quand il déboucha sur Princes Street au pied des remparts, il eut le sentiment d’être projeté dans un autre siècle. Il se frotta les yeux, abasourdi : un mur de remparts, un mur de châteaux ocre, rouges, gris le dominait…

Collés les uns contre les autres, ils se dressaient. Ils racontaient l’histoire de l’Écosse, de ses rois et de ses reines, des complots, des assassinats, des mariages et des baptêmes. C’était un décor de cinéma. S’il soufflait de toutes ses forces, ils s’écrouleraient, laissant apparaître derrière les murailles une ville fantôme…

Il entra dans le premier hôtel sur Princes Street et demanda une chambre.

— Avec vue sur les remparts ? lui demanda la fille à la réception.

— Oui, répondit Gary.

Il voulait s’endormir en contemplant la beauté majestueuse de ces vieilles pierres lui laissant accroire qu’il était un enfant du pays revenu au bercail.

Il voulait s’endormir en rêvant au château de Chrichton et au père qui l’attendait.

Il s’endormit, heureux.

Il fit un rêve étrange : le moine fantôme du château venait s’asseoir à la table de la salle à manger, faisait glisser son capuchon noir, se signait, joignait les mains et déclarait la malédiction levée. Duncan McCallum entrait alors, géant cabossé aux yeux injectés de sang, le prenait dans ses bras et le bourrait de coups dans les côtes en l’appelant « mon fils ».

C’est en sortant de l’école où elle tentait d’éduquer des gamins nourris de gras et de sucré à « manger bien », que Shirley entendit le message de Gary. Elle se tenait en équilibre, ses dossiers dans les bras, le téléphone dans une main et crut que le message ne lui était pas destiné. Erreur, ce doit être une erreur. Elle l’écouta plusieurs fois, reconnut la voix de Gary et demeura, immobile, sur le bord du trottoir. Paralysée. Elle regardait passer les voitures et se demandait si le bruit de la circulation n’avait pas bousculé les mots du message, la forçant à entendre cette chose ahurissante : son fils partait à la recherche de son père.

Mais pour quoi faire ? Qu’a-t-il besoin d’aller rechercher un individu qui n’a jamais rien fait pour lui alors que moi, sa mère, je suis là sur un bout de trottoir à vouloir me jeter sous les roues des voitures à cette seule idée ? Moi, sa mère, qui l’ai élevé, l’ai nourri, éduqué, protégé, moi qui ai tout fait pour lui, qui me suis sacri…

Elle s’arrêta net.

Pas ce mot-là ! Je t’interdis de prononcer ce mot-là ! Ce mot que prononcent toutes les mères possessives et jalouses.

Se reprit aussitôt, je délire, je dis n’importe quoi, des choses que je ne pense pas… Je ne me suis jamais sacrifiée pour Gary, je l’ai aimé à la folie. Et je l’aime toujours à la folie, il faut que je me raisonne…

— Dites, madame…

Un garçon de la classe qu’elle venait de quitter s’arrêtait à sa hauteur et demandait ça va, madame, ça va ? vous êtes toute blanche… Elle lui sourit d’un sourire épuisé.

— Oui, ça va, j’avais juste besoin de prendre l’air…

— Pourquoi vous traversez pas ?

— Je pensais à quelque chose…

— À vos cours ?

— Euh… oui. Je me demandais si j’avais été assez persuasive…

— C’était bien ce que vous avez raconté sur les nuggets ! Moi, en tout cas, j’en mangerai plus jamais…

— Et les autres, tu crois que je les ai convaincus ?

Il lui sourit de manière presque indulgente et ne répondit pas.

— Il était pas mal mon slogan, se défendit Shirley : « Comportez-vous comme des moutons et vous finirez en côtelettes ! »

— C’est pas pour vous décourager, mais si j’étais vous, j’en remettrais une couche. Parce que eux, les nuggets, ils adorent et c’est pas juste un discours qui va les dégoûter !

— Ah…

— Moi, j’ai ma mère qui fait gaffe à ce qu’on mange. Mais les autres, ils sont pas très concernés… Surtout que ça coûte cher de manger bien !

— Je sais, je sais, maugréa Shirley. C’est même un scandale de payer pour ne pas être empoisonné…

— Faut pas que ça vous abatte…, dit le gamin, inquiet.

— T’en fais pas… je vais trouver un truc…

— Un truc bien sanglant alors… Un truc de film d’horreur.

Shirley eut une moue dubitative.

— C’est pas trop mon truc, les films d’horreur…

— Va falloir faire un effort !

Il répéta vous êtes sûre que ça va, vous voulez pas traverser avec moi ? Comme s’il s’adressait à une petite vieille effrayée par le flot de la circulation.

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