Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Серия: Le Seigneur des Anneaux #1
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois
- ISBN: 9782267027419
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]». Краткое содержание книги:
Version 104826 - 2014-09-30 14:40:02 +0200
« Je n’en suis pas certain, mais voici ce qui a dû se produire selon moi. Leur Capitaine est resté terré au sud de Brie, pendant que deux des siens entraient dans le village et que quatre autres prenaient le Comté d’assaut. Mais après leur échec à Brie et à Creux-le-Cricq, ils rejoignirent leur Capitaine pour l’en informer, laissant ainsi la Route quelque temps sans surveillance, sauf pour ce qui était de leurs espions. Alors le Capitaine en envoya quelques-uns vers l’est, directement à travers les terres, pendant que lui-même et les autres chevauchaient par la Route dans un vif courroux.
« Je filai vers Montauvent au grand galop ; j’y fus dès le surlendemain de mon départ de Brie, avant le coucher du soleil – et ils y étaient déjà. Ils fuirent devant moi, car ils sentaient monter ma colère et n’osaient pas l’affronter tant que le Soleil brillait. Mais à la nuit tombée, ils s’approchèrent, et je fus assiégé au sommet de la colline, dans le vieil anneau d’Amon Sûl. J’eus fort à faire cette nuit-là, c’est le moins qu’on puisse dire : jamais n’a-t-on vu pareilles lumières et flammes sur Montauvent depuis les feux d’alarme des guerres d’autrefois.
« Au lever du soleil, je m’échappai enfin et m’enfuis vers le nord. Je ne pouvais espérer faire plus. Il m’était impossible de vous trouver, Frodo, dans l’immensité des terres sauvages ; et c’eût été folie de le tenter avec les Neuf tous lancés sur mes talons. J’ai donc dû m’en remettre à Aragorn. Mais j’espérais en attirer quelques-uns à l’écart, et en même temps gagner Fendeval avant vous, de manière à vous envoyer de l’aide. Quatre Cavaliers me suivirent bel et bien, mais au bout d’un moment, ils firent demi-tour et se dirigèrent vers le Gué, semble-t-il. Cela aida un peu, car ils n’étaient que cinq, et non neuf, quand votre campement fut attaqué.
« J’arrivai enfin ici après une longue et dure route, ayant remonté la Fongrège à travers les Landes d’Etten pour ensuite redescendre du nord. Il me fallut près de quinze jours depuis Montauvent, car je ne pouvais aller à cheval parmi les hautes terres des trolls, et Scadufax dut me quitter. Je l’envoyai retrouver son maître ; mais une grande amitié est née entre nous, et il viendra à moi si dans le besoin je l’appelle. Ainsi donc, j’arrivai à Fendeval seulement deux jours avant l’Anneau ; et le danger qu’il courait était déjà connu ici – ce qui fut vraiment très heureux pour nous.
« Et voilà qui met fin à mon récit, Frodo. Puissent Elrond et les autres m’en pardonner la longueur. Mais une telle chose ne s’était jamais produite : Gandalf manquant à sa parole, et négligeant de se présenter au moment convenu. Il fallait rendre compte de cette étrange occurrence au Porteur de l’Anneau, je crois.
« Eh bien, le Récit est maintenant achevé, du début à la fin. Nous voilà tous ici, nous et l’Anneau. Mais nous ne sommes toujours pas plus près de notre but. Qu’allons-nous en faire ? »
Il y eut un silence. Puis, Elrond parla de nouveau.
« Voilà de bien mauvaises nouvelles au sujet de Saruman, dit-il ; car nous avions confiance en lui et il a été au centre de toutes nos délibérations. Il est périlleux d’étudier trop profondément les artifices de l’Ennemi, pour le bien ou pour le mal. Mais pareilles chutes et trahisons, hélas, se sont déjà vues. De tous les récits que nous avons entendus ce jour d’hui, celui de Frodo fut pour moi le plus étrange. J’ai connu peu de hobbits, mis à part Bilbo ici présent ; et il m’apparaît qu’il n’est peut-être pas aussi unique et singulier que je l’avais cru. Le monde a beaucoup changé depuis le temps où je foulais les routes qui mènent à l’ouest.
« Les Esprits des Tertres nous sont connus de bien des noms ; et de la Vieille Forêt, bien des récits ont été faits : ce qu’il en reste de nos jours n’est plus qu’un vestige de sa lisière septentrionale. Il fut un temps où un écureuil pouvait aller d’arbre en arbre depuis ce qui est aujourd’hui le Comté, jusqu’en Dunlande à l’ouest d’Isengard. Il m’est arrivé une fois de voyager en ces terres, et j’y ai connu maintes choses étranges et sauvages. Mais j’avais oublié Bombadil, s’il s’agit en effet du même qui parcourait autrefois les bois et les collines et qui, même en ce temps-là, était plus vieux que les anciens. Il ne portait pas alors ce nom. Nous l’appelions Iarwain Ben-adar, l’aîné sans père. Mais il a reçu depuis maints autres noms, donnés par les différents peuples : Forn chez les Nains, Orald chez les Hommes du Nord, et bien d’autres encore. C’est un être étrange, mais j’aurais peut-être dû le convier à notre Conseil. »
« Il ne serait pas venu », dit Gandalf.
« Tout de même, ne serait-il pas possible de lui envoyer des messages et d’obtenir son aide ? demanda Erestor. Il semble qu’il ait un pouvoir capable d’agir même sur l’Anneau. »
« Non, ce n’est pas ainsi que je l’exprimerais, dit Gandalf. Dites plutôt que l’Anneau n’a aucun pouvoir sur lui. Il est son propre maître. Mais il ne peut transformer l’Anneau lui-même, ni défaire le pouvoir que l’Anneau exerce sur les autres. Et voilà qu’il est aujourd’hui confiné à un petit pays dont il a lui-même choisi les frontières, encore que nul ne puisse les voir, attendant peut-être la venue d’une nouvelle ère ; et il refuse d’en sortir. »
« Mais à l’intérieur de ces frontières, rien ne semble le troubler, dit Erestor. Ne voudrait-il pas prendre l’Anneau et l’y conserver, de manière à le rendre à jamais inoffensif ? »
« Non, dit Gandalf, pas de son plein gré. Il le ferait peut-être si tous les gens libres du monde l’en suppliaient, mais il n’en comprendrait pas la nécessité. Et si on lui remettait l’Anneau, il ne tarderait pas à l’oublier, ou plus sûrement, à le jeter. De telles choses n’ont aucune prise sur lui. Il serait un gardien des plus hasardeux ; et cette seule constatation devrait nous suffire. »
« De toute manière, dit Glorfindel, envoyer l’Anneau jusqu’à lui ne ferait que retarder le jour de notre ruine. Il est bien loin d’ici. Nous ne pourrions à présent le lui rapporter sans être devinés, sans qu’aucun espion ne s’avise de nous. Et même si nous y parvenions, tôt ou tard, le Seigneur des Anneaux découvrirait sa cachette et braquerait tout son pouvoir sur elle. Bombadil pourrait-il défier à lui seul ce pouvoir ? Je ne le pense pas. Je crois qu’en fin de compte, si tout le reste est conquis, Bombadil tombera, le Dernier comme il fut le Premier ; et qu’alors viendra la Nuit. »
« Je connais peu de chose d’Iarwain hormis son nom, dit Galdor ; mais Glorfindel a raison, je crois. Le pouvoir de défier notre Ennemi ne se trouve pas en lui, à moins qu’il n’y ait un tel pouvoir au sein même de la terre. Or nous constatons que Sauron peut torturer et détruire les collines elles-mêmes. Tout le pouvoir restant se trouve auprès de nous, ici à Imladris, ou auprès de Círdan aux Havres, ou en Lórien. Mais ont-ils la force, avons-nous ici la force de résister à l’Ennemi, à la venue de Sauron en tout dernier lieu, quand tous les autres seront tombés ? »
« Je n’en ai point la force, dit Elrond ; ni eux non plus. »
« Donc, si on ne peut éternellement priver Sauron de l’Anneau par la force, dit Glorfindel, il ne nous reste que deux choses à tenter : l’envoyer au-delà de la Mer, ou le détruire. »
« Mais Gandalf nous a indiqué que nous ne pouvons le détruire par aucun moyen à notre disposition, dit Elrond. Et ceux qui vivent par-delà la Mer refuseraient de l’y accueillir : pour le meilleur ou pour le pire, il appartient à la Terre du Milieu ; et il est de notre devoir, à nous qui vivons encore ici, de nous en occuper. »
« Dans ce cas, dit Glorfindel, jetons-le dans les profondeurs, et faisons en sorte que les mensonges de Saruman se réalisent. Car il est clair à présent que, même au Conseil, il avait déjà emprunté une voie déloyale. Il savait que l’Anneau n’était pas perdu pour toujours, mais il voulait que nous le croyions ; car il avait commencé à le désirer pour lui-même. Or, tout mensonge cache une vérité : au fond de la Mer, il serait en sécurité.