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Le clan de l'ours des cavernes

Электронная книга - «Le clan de l'ours des cavernes». Краткое содержание книги:

Il y a 35.000 ans, la terre se réchauffe lentement, alors que l’homme se dégage peu à peu de la bête, maîtrise l’outil et le feu. Une fillette de 5 ans, nommée Ayla, échappe à un tremblement de terre. Elle se réfugie auprès d’un clan étranger qui l’adopte.
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— Je n’en sais rien. Elle m’a parlé d’une petite grotte dans la montagne.

Le sorcier lui tourna abruptement le dos et se dirigea vers le foyer du chef.

Les cris du nouveau-né finirent par tirer Ayla de sa torpeur. La nuit était tombée et la petite grotte était froide et humide. La jeune fille alla soulager sa vessie au fond de la faille et grimaça de douleur au feu provoqué par le liquide ammoniaqué sur ses chairs à vif et déchirées. Elle fouilla à tâtons dans son panier pour trouver de quoi changer son enfant ainsi qu’une bande de peau absorbante pour elle-même. Après s’être désaltérée, elle l’enveloppa dans la fourrure et donna le sein à son petit. Quand elle s’éveilla pour la seconde fois, les rayons du soleil filtraient à travers le réseau de branchages, illuminant la caverne. Elle se restaura un peu pendant que son bébé tétait.

Revigorée par le sommeil et le repas, Ayla, son enfant dans ses bras, songea à tout ce qu’elle devrait faire. Ramasser du bois, pour commencer, et trouver de quoi manger, car ce qu’elle avait ne durerait pas longtemps. La luzerne devait pousser dans les parages ; elle lui échaufferait le sang. Il devait y avoir du trèfle ; de la vesce, et elle pourrait recueillir de la sève de bouleau ; l’érable aurait été préférable mais il ne poussait pas à cette altitude. Enfin, elle trouverait bien de la bardane, du pas-d’âne et des pissenlits. Et il y avait assez d’écureuils, de castors et de lapins dans le coin pour qu’elle ne manque pas de viande.

Elle songea aux plaisirs du printemps, aux cueillettes et aux chasses qu’elle pourrait entreprendre d’ici peu, mais en se levant elle se sentit désemparée à la vue du sang qui lui souillait les jambes en même temps qu’elle éprouvait un léger vertige.

Quand la tête cessa de lui tourner, elle décida d’aller se laver et, par la même occasion, de ramasser du bois. Elle se demanda que faire du bébé. En règle générale, les femmes du clan ne laissaient jamais leur enfant sans surveillance, mais il lui fallait se laver et également remplir son outre d’eau, et elle pourrait rapporter davantage de bois.

Elle jeta un coup d’œil hors de la grotte avant d’en sortir et d’en obstruer l’entrée avec le rideau de branchages des noisetiers. Le sol était détrempé ; les abords du ruisseau, une mare de boue glissante. Frissonnant de froid dans le vent d’est, Ayla se déshabilla et entra dans l’eau glacée pour se rincer et nettoyer ses vêtements. Puis, renfilant ses fourrures humides, elle se dirigea vers les bois qui entouraient la prairie et se mit en devoir d’arracher les branches mortes au bas d’un sapin. Elle fut aussitôt prise d’un vertige, les jambes lui manquèrent et elle dut se retenir au tronc de l’arbre pour ne pas tomber. Il lui fallait pour le moment abandonner toute idée de chasser ou même de ramasser du bois. Sa grossesse difficile, son accouchement éprouvant, sa récente escalade avaient eu raison de ses dernières forces.

Le bébé criait quand elle regagna la caverne. Le froid, l’humidité et la disparition du contact rassurant de sa mère l’avaient réveillé. Elle le prit dans ses bras, et c’est alors qu’elle se souvint d’avoir oublié l’outre près du ruisseau. Elle avait absolument besoin d’eau. Elle reposa son enfant et ressortit, de la grotte. Il commençait à pleuvoir. Quand elle revint enfin, elle se laissa tomber par terre et eut à peine la force de tirer la lourde couverture sur leurs deux corps blottis l’un contre l’autre avant de sombrer dans un sommeil lourd.

— Je vous l’ai toujours dit qu’elle était insolente, têtue ! s’exclama Broud, qui triomphait. S’est-il trouvé quelqu’un pour me croire ? Non, personne ! Vous avez tous pris son parti, vous lui avez trouvé des excuses, vous l’avez laissée agir à sa guise et même autorisée à chasser, sous prétexte qu’elle possède un totem puissant. Qu’importe, les femmes n’ont pas le droit de chasser ! Le Lion des Cavernes ne l’y a jamais incitée, ce n’était qu’une provocation ! Voyez ce qui arrive quand on est trop faible avec les femmes ! Quand on leur laisse trop de liberté ! Maintenant, elle s’imagine qu’elle pourra obliger le clan à accepter son fils anormal. Mais cette fois, personne ne pourra lui trouver de bonnes excuses. Elle a délibérément bafoué les coutumes du clan et c’est impardonnable !

Broud jubilait de pouvoir lancer à la face de chacun son « Je vous l’avais bien dit ! » et il retournait le couteau dans la plaie avec une satisfaction qui impatientait Brun. Ce dernier se trouvait dans une mauvaise posture, mais le fils de sa compagne ne lui facilitait pas la tâche.

— Tu viens de marquer un point, Broud, admit-il. Il est inutile d’insister davantage. Je m’occuperai d’elle à son retour. Personne ne m’a jamais impunément obligé à agir contre ma propre volonté. Quand nous poursuivrons les recherches demain matin, je propose que nous allions là où nous n’avons pas l’habitude de nous rendre. Iza a mentionné l’existence d’une petite grotte. L’un de nous en a-t-il vu dans les environs ? Ce doit être près d’ici car elle était trop faible pour aller bien loin. Malgré la pluie, on découvrira peut-être l’une de ses empreintes. Peu importe le temps que cela nous prendra, mais je veux qu’on la retrouve.

Iza attendait anxieusement la fin de la discussion entre Brun et les hommes. Prenant son courage à deux mains, elle avait décidé de lui demander un entretien et, quand elle vit que la réunion était terminée, elle se présenta au foyer du chef et s’assit à ses pieds, les yeux baissés.

— Que veux-tu, Iza ? lui demanda Brun après lui avoir tapé sur l’épaule.

— La femme indigne qui se tient devant toi désire te parler, commença Iza.

— Tu as mon autorisation.

— Cette femme a eu tort de ne pas prévenir le chef quand elle a su ce qu’Ayla avait l’intention de faire, dit Iza. Mais, Brun, elle désirait tellement cet enfant ! Personne ne croyait possible qu’elle pût jamais donner le jour à un enfant. Elle était si heureuse de l’avoir mené à terme et elle a tant souffert ! Cet enfant, même difforme, elle ne voulait pas l’abandonner. Elle n’avait plus tout à fait sa tête à elle, Brun. Elle ne savait plus très bien ce qu’elle faisait. Je sais que je n’ai pas le droit de t’en faire la demande, mais je te supplie de lui laisser la vie sauve.

— Pourquoi n’es-tu pas venue plus tôt, Iza ? Me suis-je montré si dur envers elle ? Les souffrances de son accouchement ne m’ont pas échappé. Un homme doit éviter de regarder ce qui se passe chez son voisin, mais il ne peut pas se boucher les oreilles. Personne ici n’ignore ce qu’Ayla a enduré pour donner le jour à son fils. Crois-tu donc que je n’aie pas de cœur ? Si tu étais venue me dire ce qu’elle avait l’intention de faire, ne penses-tu pas que j’aurais envisagé de lui laisser son enfant, si sa difformité n’avait pas été trop monstrueuse ? Mais tu ne m’en as pas donné la possibilité, et cela ne te ressemble pas.

« Je ne t’ai jamais vue faillir à tes devoirs, Iza. Tu as toujours été un exemple pour les autres femmes, et je préfère mettre ta conduite sur le compte de ta maladie. J’ai respecté ton silence à ce sujet, et je ne t’en ai jamais parlé, mais j’étais sûr que tu nous quitterais pour le monde des esprits l’automne dernier. Je savais également qu’Ayla croyait que c’était son unique chance d’avoir un enfant, et peut-être a-t-elle raison. Pourtant, je l’ai vue oublier ses problèmes et ses propres souffrances pour te soigner, Iza, et parvenir à te sortir de ce mauvais pas. J’ignore comment elle a fait. Peut-être Mog-ur est-il intervenu auprès des esprits pour qu’ils t’accordent de demeurer encore quelque temps parmi nous, mais le mérite de ta guérison ne lui revient qu’en partie.

« Je m’apprêtais justement à répondre à la requête du Mog-ur et à autoriser Ayla à devenir guérisseuse car j’en étais venu à la respecter autant que je te respecte, Iza. Elle s’est montrée plus d’une fois admirable de courage, et elle a été un modèle d’obéissance malgré le dur traitement que lui infligeait le fils de ma compagne. Il était indigne de lui de s’acharner ainsi sur une femme. Broud est un chasseur très courageux et je n’ai jamais compris pourquoi il sentait sa virilité menacée par une femelle. Mais peut-être a-t-il vu dans sa conduite des choses qui m’ont échappé ? Peut-être ai-je fait preuve d’aveuglement en ce qui la concerne ? Iza, si tu étais venue me parler plus tôt, j’aurais pu considérer ta requête, mais il est trop tard à présent. Quand elle reviendra avec son enfant, elle mourra et son fils avec elle.

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