Le clan de l'ours des cavernes
- Автор: Ауэл Джин М.
- Серия: Les enfants de la Terre #1
- Год: 2002
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-258-05932-1
- Переводчик: Philippe Rouard
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Le clan de l'ours des cavernes». Краткое содержание книги:
— Il vaut mieux que tu t’en ailles, Uba, sinon tu pourrais avoir des ennuis, lui conseilla Ayla en lui reprenant son enfant. Uba, je suis heureuse de t’avoir vue une dernière fois. Dis à Iza... dis à maman que je l’aime. Dis-le aussi à Creb, ajouta-t-elle en redoublant de sanglots.
— Je le ferai, Ayla.
La petite fille s’attarda encore un peu, puis, le cœur gros, quitta précipitamment la grotte.
Après le départ d’Uba, Ayla ouvrit le paquet de provisions. Il ne contenait pas grand-chose mais avec la venaison séchée, elle aurait de quoi tenir pendant quelques jours. Et ensuite, que se passerait-il ? L’esprit en proie à la plus extrême confusion, elle préféra ne pas penser à l’avenir. Elle mangea sans appétit, but un peu d’infusion et s’allongea de nouveau, son petit serré contre elle, pour trouver refuge dans le sommeil.
Elle se réveilla dans la nuit et but le reste d’infusion froid. Elle décida de profiter de l’obscurité pour aller chercher de l’eau, tâtonna à la recherche de l’outre puis se faufila à travers les branches en s’efforçant de ne faire aucun bruit.
Deux quartiers de lune que voilaient par intermittence des nuages poussés par le vent dispensaient une pénombre où chaque rocher, chaque arbre ceignant la prairie prenait une silhouette inquiétante.
Elle avança lentement, toute aux aguets, vers le ruisseau dont le chuintement troublait le silence nocturne. Elle savait qu’à cette heure les hommes dormaient encore dans la caverne et qu’ils ne reprendraient les recherches qu’au matin. Mais d’autres yeux la guettaient, des yeux habitués à percer l’ombre la plus dense. Les prédateurs et leurs proies venaient se désaltérer à la même source qu’Ayla.
La jeune femme aurait fait une proie facile pour tout félin attiré par son odeur. Mais Ayla avait su s’imposer dans cette partie de la montagne et des bois, et cette odeur même était devenue sa meilleure protection, car elle évoquait un danger pour tous les carnassiers que ses pierres, qui fendaient l’air en sifflant et frappaient si fort, avaient rendus craintifs.
Elle remplit son outre d’eau sans déceler le moindre mouvement et regagna son abri.
— Il y a bien une trace d’elle quelque part, dit Brun, qui ne décolérait plus. Même si elle a emporté des provisions, elles ne dureront pas éternellement. Il faudra bien qu’elle sorte de sa cachette. Vous allez battre encore les bois et la montagne, même là où vous êtes déjà passés. Si elle est morte, les charognards vous conduiront jusqu’à elle. Je veux qu’on la retrouve avant le jour de la Cérémonie du Nom. Sinon, je n’irai pas au Rassemblement du Clan.
— Eh voilà, elle va nous empêcher de retrouver ceux de notre peuple, maintenant, grogna Broud, méprisant. Pourquoi l’a-t-on accueillie dans le clan, je me le demande ! Elle n’est pas des nôtres. Si j’étais le chef, je n’aurais même pas laissé Iza la toucher. C’est incroyable que personne n’ait encore compris qui elle était vraiment. Une rebelle qui a toujours bafoué nos lois. Personne n’a rien dit quand elle a introduit un animal dans la caverne. On l’a laissée vagabonder dans la nature, et c’est comme ça qu’elle a pu espionner les hommes s’entraîner à l’art de la chasse, c’est comme ça qu’elle a osé non seulement toucher à une arme mais encore s’en servir ! Et quelle a été sa punition pour ce crime ? Maudite... pour la durée d’une lune ! Et quand elle est revenue, elle a été sacrée la Femme-Qui-Chasse ! Imaginez ce que les autres clans diront de nous au Rassemblement ! Ça ne m’étonne pas que ce soit à cause d’elle, si nous n’y allons pas.
— Broud, nous avons déjà entendu ce discours, répliqua Brun. Je te garantis que sa désobéissance ne restera pas impunie.
L’acharnement de Broud à dénoncer la tolérance excessive du clan mais surtout de son chef à l’égard de cette jeune étrangère irritait d’autant plus Brun qu’elle l’obligeait à interroger sa propre attitude envers cette enfant des Autres, qui avait su lui imposer sa différence. Mais peut-être Broud avait-il en partie raison. Peut-être avait-il été trop indulgent, trop faible, et sa faiblesse avait permis cette ultime désobéissance, pour laquelle il n’y avait plus de pardon possible.
L’insistance de Broud provoquait des réflexions semblables parmi les autres hommes du clan, et la plupart n’étaient pas loin de penser qu’Ayla les avait plus ou moins trompés, qu’elle avait d’une certaine façon trahi leur confiance, et enfin que seul Broud l’avait peut-être devinée avant tout le monde. Sitôt que Brun avait le dos tourné, Broud s’empressait de laisser entendre que leur chef se faisait vieux, qu’il n’avait plus la fermeté propre à mener un clan. Pour Brun, qui sentait le respect des hommes lui échapper, le coup était dur. Sa confiance en lui-même en était ébranlée et, dans sa situation présente, il ne pouvait se présenter la tête haute à un Rassemblement.
Ayla ne quittait la grotte que pour aller chercher de l’eau. Emmitouflée dans ses fourrures, elle avait assez chaud pour se passer de feu. Les provisions qu’Uba lui avait apportées ainsi que la viande de daim, sèche et dure comme du cuir mais hautement nourrissante, la dispensaient de chasser, lui laissant tout loisir de se reposer. Endurci par des années de travaux éreintants, son jeune corps se remettait rapidement et elle n’eut bientôt plus besoin de dormir autant. Mais à l’état de veille, des pensées funestes l’assaillaient.
Ayla était assise à l’entrée de la caverne, son fils endormi dans ses bras. Un soleil printanier, que cachaient par moments quelques nuages, réchauffait le seuil de son refuge. La jeune femme contemplait son enfant dont la paisible respiration était rassurante. Elle venait de lui donner le sein ; son lait coulait bien.
Uba a dit que tu n’es pas si vilain, pensa-t-elle en tournant doucement la tête du bébé pour examiner son profil. C’est en tout cas mon avis. Tu es un peu différent, c’est tout. Moins que moi, je te l’assure ! songea-t-elle au rappel douloureux de son reflet dans la mare. Mon front est aussi bombé que le sien et ce petit os sous la bouche, j’en ai un semblable. Mais je n’ai pas les arcades sourcilières aussi avancées. En fait, il ressemble un peu aux bébés du clan. C’est un mélange d’eux et de moi.
Je ne pense pas que tu sois anormal, mon fils. Si mon esprit s’est mêlé à celui d’un homme du clan, tu es le fruit de ce mélange. Mais je me demande quel est le totem qui t’a engendré. Le mien est tellement puissant que seul Ursus pourrait en être l’auteur. C’est le totem de Creb, et je vis à son foyer, mais il prétend que l’esprit d’Ursus ne se laisse jamais avaler par une femme. Si ce n’est Creb, qui cela pourrait-il être ?
L’image de Broud s’imposa soudain à elle. Non ! Elle secoua la tête, s’efforçant de chasser cette pensée. Broud ? Elle frissonna de dégoût au souvenir de ce qu’il l’avait forcée à subir. Elle le haïssait corps et âme. J’espère qu’il ne viendra plus jamais satisfaire ses besoins dans mon ventre. Comment Oga peut-elle aimer ça ? Pourquoi les hommes font-ils cela aux femmes ? Pourquoi faut-il qu’ils enfoncent leur organe là d’où viennent les bébés ? Cet endroit ne devrait être que pour les bébés, pas pour le membre poisseux de Broud...
La relation qu’elle venait de faire à son insu retint son attention, malgré toute la réticence qu’elle lui inspirait. Est-ce l’organe de l’homme qui provoque la vie dans le ventre d’une femme ? Ce n’est pas l’esprit de son totem ? Cela voudrait dire que le bébé est aussi le sien ? Je ne sais pas comment les femmes avalent l’esprit d’un totem, mais je les ai vues souvent se faire pénétrer par les hommes. Tout le monde disait que je ne pourrais jamais avoir d’enfant parce que mon totem était trop puissant.