Le clan de l'ours des cavernes
- Автор: Ауэл Джин М.
- Серия: Les enfants de la Terre #1
- Год: 2002
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-258-05932-1
- Переводчик: Philippe Rouard
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Le clan de l'ours des cavernes». Краткое содержание книги:
A peine avait-elle quitté la caverne qu’Uba s’était glissée derrière elle. Connaissant l’état de faiblesse d’Ayla, elle craignait qu’elle ne s’évanouisse et qu’attirée par l’odeur du sang quelque bête féroce ne trouve en elle une proie facile. La petite fille avait perdu sa trace dans la forêt, mais elle la retrouva en la voyant gravir le sentier escarpé.
Ayla s’appuyait sur son bâton à fouir pour marcher et s’arrêtait souvent, luttant contre la nausée. Elle sentait le sang couler le long de ses jambes, et se prit à regretter le temps où elle pouvait gravir la colline sans le moindre essoufflement. Aujourd’hui, sa prairie lui paraissait infiniment loin. Au bord de l’évanouissement, elle se forçait à poursuivre son chemin, bien décidée à avancer tant qu’il lui resterait un soupçon de force et animée par une seule idée : gagner sa grotte.
Vers la fin de l’après-midi, quand le bébé se mit à pleurer, il lui sembla entendre ses cris à travers un épais brouillard. Elle ne s’arrêta pas pour lui donner le sein mais continua son ascension.
Uba suivait à distance, de peur qu’Ayla ne s’aperçoive de sa présence. Elle ignorait qu’Ayla ne marchait plus qu’à l’aveuglette depuis un moment. La tête lui tournait quand elle déboucha enfin sur le pré. Elle banda ses dernières forces pour avancer encore, écarter les branches masquant sa retraite et se laisser choir sur la peau de daim qu’elle avait laissée là lors de son dernier séjour. Elle ne se souvint pas d’avoir offert son sein au bébé en pleurs avant que, totalement épuisée, elle perde connaissance.
Si Uba n’était pas arrivée à hauteur de la prairie au moment même où Ayla se faufilait dans la faille, elle aurait pu croire que la jeune femme s’était évanouie dans les airs, tant les branchages enchevêtrés des noisetiers dissimulaient parfaitement l’entrée de la grotte. La fillette se dépêcha de regagner la caverne où elle avait laissé Iza dans l’ignorance de son dessein. Sa course l’avait entraînée beaucoup plus loin qu’elle ne l’imaginait, et elle craignait de se faire réprimander en arrivant. Mais Iza ne s’inquiétait aucunement. Elle avait vu sa fille s’élancer sur les traces d’Ayla et deviné ses intentions, sans pour autant chercher à en avoir le cœur net.
20
— Ne devrait-elle pas être rentrée, Iza ? s’inquiéta Creb qui avait passé tout l’après-midi à guetter le retour d’Ayla.
Iza hocha nerveusement la tête, sans lever les yeux du quartier de viande qu’elle était en train de débiter en morceaux.
— Aïe ! s’écria-t-elle soudain en se coupant avec l’instrument tranchant.
Creb leva les yeux, non seulement surpris par la maladresse mais aussi par son cri. Iza était si habile à manier les outils acérés qu’il ne se rappelait pas l’avoir jamais vue se blesser.
— Je viens de parler à Brun, Iza, déclara-t-il. Il ne croit pas nécessaire de commencer les recherches dès à présent. Personne ne doit savoir où une femme a décidé de... enfin où elle est allée. Mais par ailleurs elle est si faible qu’il se peut qu’elle se soit évanouie quelque part sous la pluie. Tu devrais aller la chercher, Iza, c’est toi la guérisseuse. Elle n’a pas dû aller bien loin. Et ne t’inquiète pas pour le dîner, je peux attendre encore un peu. Vas-y avant qu’il fasse nuit noire.
— Je ne peux pas, répondit Iza en suçant son doigt blessé.
— Comment tu ne peux pas ? s’étonna Creb.
Le vieux sorcier était perplexe. Pourquoi Iza ne veut-elle pas partir à sa recherche ? D’ailleurs, pourquoi ne l’a-t-elle pas déjà fait ? Et puis je la trouve bien nerveuse.
— Non, je ne pourrai pas la trouver.
— Comment peux-tu le savoir, tu n’as même pas commencé à la chercher ?
— Ça ne servirait à rien, je ne pourrais pas la trouver.
— Et pourquoi donc ? insista Creb.
— Parce qu’elle se cache, avoua la femme dont le regard reflétait l’angoisse et la peur.
— Elle se cache ! Mais de quoi se cache-t-elle ?
— De tout le monde. De Brun, de toi, de moi, de tous, répondit Iza.
Devant les réponses énigmatiques de sa sœur, Creb ne savait que penser.
— Iza, tu ferais mieux de m’expliquer pourquoi elle se cache ainsi de nous tous, et plus particulièrement de toi.
— Elle désire garder le bébé, Creb, déclara Iza précipitamment. Je lui ai bien dit que c’est le devoir d’une mère de se débarrasser d’un enfant anormal, mais elle n’a rien voulu entendre. Tu sais combien elle désirait ce petit. Elle m’a dit qu’elle allait se cacher avec lui jusqu’au jour de la Cérémonie du Nom. Alors, Brun sera obligé de l’accepter.
Creb ne fut pas long à comprendre toutes les implications de la fuite d’Ayla.
— Oui, Brun sera obligé d’accepter son fils dans le clan, Iza, mais il la condamnera pour sa désobéissance, et cette fois pour toujours. Tu sais bien que les hommes ne tolèrent pas de se voir contraints par une femme. Brun ne transigera pas, de peur que ses hommes cessent de le respecter. De toute façon, il va perdre la face. Et dire que le Rassemblement du Clan aura lieu l’été prochain ! Il ne pourra jamais faire front aux accusations des autres clans, et le nôtre sera ridiculisé à cause d’Ayla, répliqua le sorcier avec colère. Comment une telle idée a-t-elle pu lui traverser la tête ?
— C’est dans l’une des histoires d’Aba, celle où une mère dépose son enfant anormal au faîte d’un arbre, répondit Iza, désespérée de ne pas s’être montrée plus ferme envers Ayla.
— Des histoires de bonnes femmes, oui ! s’exclama Creb sur un ton méprisant. Aba aurait dû s’abstenir de mettre de telles sottises dans la tête d’une jeune fille.
— Aba n’est pas la seule responsable, Creb, tu l’es également.
— Moi ? Quand lui aurais-je raconté de pareilles sornettes ?
— Tu n’en as pas eu besoin. Tu es né infirme et on t’a néanmoins laissé vivre. Aujourd’hui tu es Mog-ur.
La révélation ébranla fortement le vieux sorcier manchot et boiteux.
Il connaissait le concours de circonstances qui l’avait soustrait à la mort à sa naissance. Seule la chance avait préservé l’homme qui était aujourd’hui le plus grand mog-ur de tous les clans réunis. La mère de sa mère lui avait dit qu’il devait sa vie à un pur miracle. Ayla avait-elle imaginé semblable miracle pour son fils ? Elle se trompait. Jamais elle ne réussirait à convaincre Brun de donner une chance à son fils.
— Et toi, Iza, tu n’as donc rien tenté pour la dissuader ?
— J’ai fait tout ce que j’ai pu. Je lui ai proposé de la débarrasser moi-même de l’enfant, mais elle ne m’a pas laissée m’en approcher. Oh, Creb, elle a tellement souffert pour le mettre au monde !
— Alors, ainsi, tu l’as laissée partir en espérant que son projet réussirait ! Et pourquoi ne pas en avoir parlé à Brun ou à moi ?
Iza se contenta de secouer la tête d’un air accablé.
Creb a raison, pensait-elle. Maintenant, la mort n’attend pas seulement le bébé d’Ayla, mais Ayla elle-même.
— Où est-elle allée ? demanda Creb d’un geste impératif.