La Grande Quête
- Автор: Джордан Роберт
- Серия: La Roue du Temps #2
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Bragelonne
- ISBN: 9782352945574
- Переводчик: Jean Claude Mallé
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
— Miroirs et reflets de la Roue…, souffla Loial.
Selene acquiesça.
— Oui, exactement… Ces mondes sont vraiment des reflets, surtout ceux qui ne sont pas habités… Certains reflètent uniquement les grands événements qui se produisent dans le monde réel, mais d’autres sont en quelque sorte l’ombre de ce reflet avant même que les choses aient eu lieu. Le passage du Cor de Valère est sans nul doute un événement majeur. Les reflets de ce qui sera sont moins nets que ceux de ce qui est ou de ce qui fut… Et, selon Hurin, la piste était très faible.
Le renifleur en resta bouche bée un instant.
— Tu veux dire, noble dame, que j’ai senti les endroits où les Suppôts des Ténèbres allaient bientôt être ? Au nom de la Lumière ! je n’aime pas ça du tout ! Il est assez désagréable de sentir où était la violence, alors sentir où elle sera… D’autant qu’il y a peu d’endroits, de par le monde, où il n’y en a pas à un moment ou à un autre. Autrement dit, je risque d’y laisser ma santé mentale… Ce n’est pas passé loin, dans cet autre monde. Je captais sans arrêt les effluves du mal – le meurtre, la torture, tout ce qu’on peut imaginer. Je… reniflais… ça sur nous tous, et même sur vous, ma dame, excusez-moi de le dire comme ça… C’était une sorte de distorsion, bien sûr, mais olfactive, pas visuelle. (Hurin secoua la tête.) Je suis rudement content qu’on soit de retour chez nous. Mais la puanteur me reste dans les narines, ça, je peux vous le dire !
Rand massa distraitement la marque, sur sa paume.
— Qu’en penses-tu, Loial ? Tu crois que nous pouvons être passés devant les Suppôts de Fain ?
— Je n’en sais rien… Rand, ça me dépasse… Je crois que nous sommes dans notre monde, au cœur d’une chaîne de montagnes qui s’appelle la Dague de Fléau de sa Lignée. Au-delà de ça…
— Selene, dit Rand, nous devrions te ramener chez toi. Tes proches doivent s’inquiéter.
— Il suffira de quelques jours pour savoir si j’ai raison, fit la jeune femme, agacée. Hurin peut retrouver l’endroit où il a abandonné la piste, il vient de le dire. Si ma théorie est juste, il suffira d’attendre et le Cor de Valère nous sera offert sur un plateau. Le Cor de Valère, Rand ! L’homme qui soufflera dedans entrera dans la légende et y restera jusqu’à la fin des temps.
— Je me fiche d’entrer dans la légende…, marmonna le jeune homme.
Mais si tu laisses passer les Suppôts, qu’arrivera-t-il ? Imagine qu’Ingtar ait perdu leur piste ? Le Cor sera entre les mains de nos ennemis, et Mat crèvera comme un chien…
— D’accord, quelques jours… Au pire, nous retrouverons Ingtar et ses guerriers, et ce n’est déjà pas si mal. Je refuse de croire qu’ils aient abandonné la poursuite à cause de notre disparition.
— Une sage décision, approuva Selene, et une saine réflexion.
Elle posa une main sur le bras de Rand et lui sourit. De nouveau, il pensa à l’embrasser…
— Mais si nous voulons les intercepter, dit-il, se forçant à oublier ses fantaisies, nous devrons être sur leur itinéraire – s’ils l’empruntent vraiment. Hurin, peux-tu trouver un site d’où nous pourrions surveiller l’endroit où tu as abandonné la piste ? Ce serait parfait pour camper.
Rand jeta un coup d’œil à la Pierre-Portail. Pensant à la façon dont le vide l’avait submergé, lorsqu’il avait dormi près de l’autre Pierre – et se rappelant la lumière maladive qui l’attendait dans le cocon –, il ajouta :
— Le plus loin possible d’ici, s’il te plaît…
— Fais-moi confiance, seigneur Rand, dit le renifleur. (Il monta en selle.) Je jure de ne plus jamais fermer l’œil dans la nature sans avoir bien examiné les pierres qui m’entourent.
Tandis qu’il sortait de la cuvette, tirant Rouquin par la bride, Rand se surprit à regarder plus souvent Selene que Hurin, qui ouvrait pourtant le chemin. Elle semblait si calme et si déterminée. De son âge, et pourtant aussi digne qu’une reine. Sauf quand elle lui souriait d’une certaine façon, comme elle venait de le faire…
Egwene ne m’aurait pas félicité pour ma sagesse. Elle m’aurait traité d’idiot, de crétin ou d’abruti !
Morose, Rand talonna son cheval.
18
Vers la Tour Blanche
Sous un ciel plombé, Egwene tentait de garder son équilibre sur le pont de la Reine de la Rivière. Alors que l’étendard à la Flamme Blanche battait furieusement à son mât de misaine, le bateau descendait le fleuve Erinin à une vitesse qui ne ménageait pas l’estomac de ses passagers. Dès le départ de Medo, le vent s’était levé, et il n’était pas retombé depuis, le jour comme la nuit. Le fleuve en crue avait commencé à secouer rudement le bateau et tous ceux qui le suivaient. Alors que le vent et l’onde continuaient leurs assauts, la petite armada s’était laissé guider par la Reine – rien de plus normal, puisque la Chaire d’Amyrlin voyageait à son bord.
Tandis que le timonier tenait fermement la barre, s’échinant à lutter contre le roulis, les marins aux pieds nus s’affairaient à leurs postes. Dès qu’ils jetaient un regard au ciel ou au fleuve, ils secouaient la tête, comme s’ils n’en croyaient pas leurs yeux.
Un village venait de défiler à toute vitesse à bâbord. Un gamin avait un moment couru sur la berge, tentant de tenir la dragée haute au « vaisseau amiral ». Mais il avait vite été distancé. Lorsqu’il fut hors de vue, Egwene décida de retourner dans la petite cabine qu’elle partageait avec Nynaeve.
Étendue sur sa couchette, la Sage-Dame leva la tête lorsque sa protégée entra.
— Il paraît que nous arriverons aujourd’hui… Que la Lumière me pardonne, mais je serai ravie de retrouver le bon vieux plancher des vaches, même si c’est celui de Tar Valon. (Le vent et le courant se déchaînant, le roulis faillit propulser Nynaeve hors de sa couchette.) Je jure de ne plus jamais remettre les pieds sur un bateau, souffla la Sage-Dame lorsqu’elle eut réussi à éviter une chute humiliante.
Egwene retira sa cape, la secoua pour la débarrasser des embruns, puis l’accrocha à une patère, près de la porte. La cabine était vraiment exiguë, mais ça semblait de mise sur ce bateau, puisque celle qu’occupait la Chaire d’Amyrlin – après avoir « exproprié » le capitaine – n’était guère plus grande. Avec ses deux couchettes intégrées à la cloison, ses étagères et ses placards suspendus, le fief des deux jeunes femmes avait au moins l’avantage d’être fonctionnel.
Si elle avait quelque difficulté à marcher droit, Egwene était beaucoup moins gênée par le roulis que sa compagne. En d’autres termes, elle n’avait pas le mal de mer. Après avoir tenté trois fois de faire manger la Sage-Dame – et failli recevoir l’assiette dans la figure à chaque occasion –, la jeune fille avait très sagement renoncé…
— Je m’inquiète pour Rand…, soupira-t-elle.
— Moi, je me fais un sang d’encre pour nos trois garçons, grommela Nynaeve. Tu as eu un autre rêve, cette nuit ? Si tu crois que je n’ai pas remarqué ton regard vide, depuis le réveil…
Egwene ne tenta pas de mentir. Elle n’avait jamais été très douée pour cacher des choses à Nynaeve, et les songes ne faisaient pas exception à la règle. Au début, la Sage-Dame s’était montrée franchement sceptique, lui proposant même une potion pour régler le problème. En apprenant qu’une Aes Sedai s’intéressait aux cauchemars d’Egwene, elle s’était mise à y croire.
— C’était comme tous les autres… Les détails diffèrent, pas le thème… Rand est en danger, je le sais ! Et ça devient de plus en plus grave. Il a fait ou va faire quelque chose qui lui fera courir de gros risques… (Egwene se laissa tomber sur sa couchette.) J’aimerais pouvoir donner un sens à tout ça…