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La Grande Quête

Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:

À peine arrivé à la forteresse de Fal Dara, le jeune Rand n’a déjà qu’une idée en tête : fuir les noirs secrets qu’il a appris sur lui-même.
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
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Sans enthousiasme, Rand posa la main sur le symbole que lui avait indiqué Selene. Il la consulta du regard pour savoir s’il s’y prenait bien, mais elle ne le regardait déjà plus, l’air serein comme si elle ne doutait pas un instant que la délivrance était proche.

Elle a confiance en toi, et tu ne dois pas la décevoir !

— Seigneur, il faut agir, maintenant…, souffla Hurin.

Rand invoqua le vide, qui vint à lui aussitôt, sans lui demander le moindre effort. Dans le cocon, il se retrouva face à la lumière maladive. Le vide et le saidin, souillé au point de lui en retourner l’estomac. Mais la nausée elle-même semblait lointaine et sans importance. Uni à la Pierre-Portail, Rand sentait sa surface lisse presque huileuse, sauf contre le héron marqué dans sa paume – là, le triangle et son cercle lui paraissaient chauds et presque… vivants.

Tu dois ramener tes amis chez eux… En sécurité…

La lumière fondit sur lui. Et, cette fois, il l’accueillit à bras ouverts.

La lueur maladive l’envahit, et avec elle une intense sensation de chaleur. Rand voyait toujours la Pierre et ses trois compagnons – Loial et Hurin pétris d’angoisse, Selene calme et confiante, comme si elle ne doutait pas du succès de son sauveur – mais ils auraient tout aussi bien pu être absents. La lumière seule comptait. La lumière et son indissociable complice, la chaleur, qui s’infiltraient en lui comme de l’eau dans du sable sec, le métamorphosant peu à peu.

Le triangle devint brûlant contre sa peau.

Rand tenta d’absorber l’intégralité de la lumière et de la chaleur. Le symbole aussi sembla vouloir s’unir à lui…

Sans crier gare, comme si le soleil s’était éteint d’un coup, le monde disparut durant une fraction de seconde. Puis il réapparut, à croire que l’astre du jour clignotait, en réalité.

Alors que le phénomène se reproduisait, le symbole plus brûlant encore que de la lave, Rand sentit qu’il absorbait pour de bon la lumière, l’aspirant en lui comme ses poumons aspiraient l’air.

Et ce clignotement incessant ! Cette lumière le rendait malade – en même temps, elle était comme de l’eau pour un homme qui meurt de soif.

Rand se gava de lumière au point de se donner envie de vomir. Mais il la lui fallait toute, tandis que le triangle et le cercle lui carbonisaient impitoyablement la main. Tant pis ! Il voulait s’emplir de lumière, et rien ne l’en empêcherait !

Le clignotement, toujours…

Rand hurla de souffrance et de voracité inassouvie.

Le clignotement… Le clignotement…

Soudain, des mains se posèrent sur ses épaules et le tirèrent en arrière. Sans comprendre ce qui arrivait, il se laissa arracher à la colonne. Le vide se retira comme une marée, la lumière l’abandonna et il ne resta plus que la nausée.

La lumière… Il se languissait déjà d’elle…

La désirer ainsi était de la folie ! Mais elle m’emplissait tellement, et j’étais si…

Sonné, Rand dévisagea Selene. C’était elle qui l’avait forcé à reculer, puis à se retourner. Et maintenant, elle sondait son regard avec une intensité qui le fit frissonner. Levant la main, il étudia sa paume. Le héron la marquait toujours, mais il n’y avait rien d’autre. Aucun triangle entouré d’un cercle ne s’était imprimé dans sa chair.

— Remarquable…, souffla Selene.

Elle jeta un coup d’œil à Loial et à Hurin. L’Ogier, les yeux ronds comme des assiettes, semblait stupéfié. Accroupi, le renifleur s’appuyait sur le sol d’une main, comme si ses jambes n’étaient plus en état de le porter.

— Nous sommes tous là, avec nos quatre chevaux… Et tu ne pourrais même pas dire ce que tu as fait. Remarquable, vraiment !

— Sommes-nous… ? commença Rand.

La gorge sèche, il ne put pas aller plus loin.

— Regarde autour de toi, dit Selene. Oui, tu nous as ramenés chez nous !

Rand reprit conscience de son environnement… et comprit. Ils étaient toujours dans la cuvette, mais les marches avaient disparu, même s’il restait de-ci de-là une petite surface rocheuse colorée – du rouge ou du bleu, pour l’essentiel. La colonne reposait contre le flanc de la montagne – qui composait le versant arrière de la cuvette –, à moitié ensevelie sous un éboulis. Ici, les symboles et les mots étaient érodés par le temps et les intempéries, et il fallait savoir qu’ils existaient pour les identifier. À part ça, tout semblait agréablement réel et les couleurs étaient vives, la pierre se révélant sainement grise et les végétaux tout aussi sainement verts. Après un séjour dans l’autre monde, cela blessait presque les yeux…

— Chez nous…, souffla Rand avant d’éclater de rire. Chez nous ! Nous sommes de retour !

Loial laissa lui aussi exploser sa joie, faisant presque trembler le sol redevenu normal. Surexcité, Hurin faisait des cabrioles comme un gamin.

— Tu as réussi, dit Selene en approchant son visage de celui du jeune homme. J’ai toujours su que tu en étais capable.

Le rire de Rand s’étrangla dans sa gorge.

— Eh bien… oui… On dirait que c’est fait… (Il regarda la Pierre-Portail écroulée et eut un pâle sourire.) Si seulement je savais comment je m’y suis pris.

Selene plongea son regard dans celui de Rand.

— Tu le sauras peut-être un jour… Car un grand destin t’attend sûrement.

Les yeux de la jeune femme, sombres et profonds comme la nuit, attiraient Rand tel un aimant. Et sa bouche…

Si je l’embrassais…

Il sursauta puis recula, se raclant la gorge :

— Selene, ne parle de cette histoire à personne, je t’en prie ! La Pierre-Portail, moi, et… Je ne comprends rien à tout ça, et les gens ne saisiront pas davantage. Tu sais comment ils sont quand ils ne comprennent pas…

Selene ne réagit pas, le visage de marbre.

Soudain, Rand regretta que Mat et Perrin ne soient pas là. L’apprenti forgeron savait rudement bien parler aux filles, et le farceur patenté était capable de mentir avec le plus grand sérieux. Deux aptitudes qui dépassaient Rand de très loin…

Par bonheur, Selene sourit et esquissa une révérence moqueuse.

— Je garderai le secret, mon seigneur Rand al’Thor.

Le jeune homme dévisagea sa nouvelle amie, perplexe.

Est-elle en colère contre moi ? Si j’avais essayé de l’embrasser, ce serait sûrement le cas… Enfin, j’imagine…

Et que n’aurait-il pas donné pour qu’elle ne le regarde pas comme si elle lisait ses pensées !

— Hurin, est-il possible que les Suppôts aient utilisé cette pierre avant nous ?

Le renifleur secoua la tête.

— Ils avaient bifurqué vers l’ouest d’ici, seigneur, donc pas du tout dans la direction de la cuvette. Sauf s’il y a des Pierres-Portails partout, je parie qu’ils sont encore dans l’autre monde… Mais c’est assez facile à vérifier, et en très peu de temps. Les deux paysages étant identiques, il me suffirait de trouver ici l’endroit où j’ai abandonné la piste là-bas – si tu vois ce que je veux dire – afin de déterminer si elle continue ou non. Enfin, si elle reprend, plutôt…

Rand jeta un coup d’œil au ciel. Belle boule de feu d’un magnifique jaune, le soleil n’était plus bien haut au-dessus de l’horizon occidental. Dans une heure, la nuit serait tombée…

— Nous verrons ça demain matin, Hurin. Mais j’ai peur que nous les ayons perdus.

Il faut pourtant récupérer cette dague à tout prix !

— Selene, si nous ne retrouvons pas la piste, nous t’escorterons jusque chez toi. Tu vis à Cairhien, la capitale du royaume, ou ailleurs ?

— Rand, tu n’as pas encore perdu le Cor de Valère ! Comme tu l’as découvert, je sais pas mal de choses sur ces mondes qui auraient pu être…

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