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La jeune fille et les clones

Электронная книга - «La jeune fille et les clones». Краткое содержание книги:

Sur Stratos, les femmes se reproduisent l'hiver par clonage. En été, les hommes entrent en rut et il faut les enfermer dans les Sanctuaires. Mais quelques-uns échappent à la police sexuelle et s'accouplent, proti pudor ! avec les femmes. Les « vars » qui naissent de ces unions sont élevés jusqu'à la puberté puis chassés du clan ; à eux d'en fonder un autre, s'ils peuvent.
Maia et Leie, sa soeur jumelle, se voient ainsi, très jeunes, réduites à explorer ce monde pastoral et le trouvent plutôt compliqué. Il y a des radicales qui militent pour les droits des hommes ; des Perkinites qui au contraire, pour les éliminer, proposent la parthénogénèse ; et même un visiteur venu des étoiles pour proposer à Stratos de réintégrer le Phylum. Quoi, il y aurait eu sécession ? Pourquoi tous ces mystères : la Porte à Enigmes, le Mur d'Images, le Grand Modeleur ? Et comment faire bouger les choses ?
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Maïa prit son bâton à deux mains, prête à en faire usage, mais il n’y avait personne. Et aucune issue n’était visible. L’absence était plus effrayante qu’une confrontation directe.

« Où est-elle passée ? »

Maïa s’approcha de la table. Près de la lampe était posé un boîtier fonctionnel avec ses boutons et un petit écran : une console-com d’où partait un mince câble venu du tunnel marin, sans doute une antenne, ou une liaison directe avec une autre île. Ça paraissait extravagant, mais pourquoi pas, après tout, si cet îlot-prison devait souvent servir ?

Une ligne de caractères illuminait l’écran. Maïa posa son bâton sur la table et se pencha pour les déchiffrer.

LA CURIOSITÉ, ÇA SE PAIE…

« Oh, Saignerie…»

Il y eut un bruit fracassant, derrière elle. Maïa saisit vivement son arme et fit volte-face. L’antique porte vola en éclats tandis qu’une furie fonçait sur elle. Le hurlement d’Inanna ébranla les murs de pierre et fit reculer Maïa, qui fendit l’air de son bâton, mais rata son but. La pirate la prit par sa chemise, sa ceinture, et l’envoya si loin qu’elle eut le temps de voir ce qui l’attendait.

Et de respirer un bon coup avant de tomber dans l’eau glacée. Le choc lui coupa le souffle, mais elle trouva la présence d’esprit – et la volonté – d’attendre avant de remonter à la surface. Elle s’éloigna à grands battements de pieds. Si elle arrivait à prendre assez de distance, elle réussirait peut-être à améliorer ses chances de mener un combat égal : l’énergie du désespoir et la jeunesse contre l’expérience.

« Un combat égal ? Tu rêves ! »

N’y tenant plus, Maïa refit surface au bord du bassin, jeta en hoquetant les bras sur le bord, puis une cheville, et opéra un rétablissement. Une douleur lui tarauda la jambe, et elle retomba à l’eau. Clignant des yeux à cause du sel, elle vit son ennemie au-dessus d’elle, prête à frapper à nouveau.

Aiguillonnée par l’urgence de la situation, elle plongea en avant, lui attrapa le pied et le tordit. Inanna poussa un cri et tomba lourdement sur le sol de pierre. Maïa en profita pour mettre un genou sur le bord du bassin et se hissa au-dessus…

Mais l’autre roula sur elle-même et heurta Maïa, qui retomba dans l’eau. Inanna lui fit alors pleuvoir une grêle de coups sur le crâne, la prit par les cheveux et lui enfonça la tête sous l’eau. Maïa essaya désespérément de s’éloigner vers le tunnel, bien qu’au bout, ce fût la mer – et la mort.

Elle n’alla pas loin. Inanna la tenait par les cheveux !

Maïa creva la surface en inspirant frénétiquement, puis se sentit attirée vers le bord. Elle s’arc-bouta contre la pierre dans l’espoir d’entraîner Inanna avec elle. Mais la garce la tenait bien. Elle lui enfonça à nouveau la tête sous l’eau.

Maïa agrippa alors sa ceinture. Elle était presque à bout de forces lorsqu’elle parvint enfin à dégager son couteau de pierre des plis de sa ceinture. Elle décrivit un arc avec le bras et, sans prendre la peine de viser, elle frappa.

Un cri retentit, qu’elle entendit même sous l’eau. La pression se relâcha et Maïa refit le plein d’air. Mais presque aussitôt les mains revinrent. Maïa les frappa à coups redoublés, puis une poigne solide lui emprisonna le poignet.

— Bien joué, la Pucelle, gronda la pirate entre ses dents, en ravalant sa douleur. Maintenant, on va y aller lentement.

Elle lui remit la tête sous l’eau et la laissa ressortir le temps d’aspirer une goulée d’air. Le visage brouillé de la pirate exprimait une joie malsaine. Puis l’instant de rémission prit fin et Maïa replongea. Elle tenta de prendre appui sur la paroi, mais Inanna était trop lourde et trop bien plantée sur ses jambes pour se laisser entraîner.

Le froid engourdissait Maïa, calmant la douleur de ses plaies et de ses poumons brûlants. Elle remarqua distraitement qu’une tache rouge grandissait à la surface de l’eau. Inanna saignait. Elle devait commencer à s’affaiblir. C’était une bonne nouvelle, si le combat devait se poursuivre.

Il était terminé. Maïa sentait ses forces l’abandonner. La lame de pierre tomba de sa main molle. Quand Inanna lui ressortit la tête de l’eau, elle eut à peine la force de respirer. Elle vit confusément la pirate la regarder d’un air narquois puis se pencher en avant pour la dernière fois.

Elle se prit tout de même à s’interroger vaguement.

« Pourquoi tout ce sang ? »

La femme se pencha plus qu’il n’était nécessaire assurément. Était-ce pour jouir de sa victoire ? Lui murmurer des paroles d’adieu ? Lui donner un baiser d’adieu ? Tout à coup, elle s’affala dans l’eau, entraînant sa proie vers le fond.

Maïa secoua la surprise qui la paralysait et retrouva un regain d’énergie. Le dernier choc qu’elle reçut de la pirate fut l’image indélébile de la flèche saillant de son cou.

Elle remonta à la surface et inspira un mince filet d’air mais elle était trop faible et sombra de nouveau… pour sentir, très loin, une autre main se refermer sur ses cheveux.

Elle n’eut pas d’autre pensée avant un bon moment.

— Je sais, j’aurais pu l’assommer, ou trouver aut’chose. Mais j’avais une flèche prête à partir. Et puis, ça paraissait une bonne idée sur le coup.

Maïa ne voyait pas pourquoi Naroïne s’excusait.

— Je vous dois la vie, dit-elle en frissonnant, enveloppée dans un hectare, semblait-il, de toile à voile, tandis que la boscotte fouillait le corps d’Inanna à la recherche d’indices.

— Ben on est quittes. Sans toi, si t’avais pas allumé ta torche à c’moment-là, j’tombais dans l’cratère. J’avais eu l’idée d’suivre cette salope, moi aussi, mais j’l’avais paumée. N’empêche, j’ai pas rigolé pour retrouver l’escalier. Steak et patates de lugar ! jura-t-elle en se redressant. Que dalle ! C’était une pro, y a pas à dire.

Elle s’approcha de la table et examina la console-com.

— Jorte et double jorte ! sacra-t-elle à nouveau.

— Qu’y a-t-il ?

— Y a qu’c’est pas une radio. Ce truc doit être une liaison par câble. P’t’êt reliée à un signalisateur à infrarouge installé sur les rochers, à l’extérieur.

— Je… n’avais p-pas pensé à ç-ç-ça, fit Maïa en claquant des dents, et il n’y avait rien à faire : les vêtements de la morte étaient mouillés, et ceux de Naroïne beaucoup trop petits pour elle. Alors, on ne peut pas appeler la police ?

Avec un soupir, Naroïne s’assit sur le coin de la table.

— Flocon, t’es en train de lui parler.

— Ben voyons, fit Maïa en battant des yeux.

— T’en sais si long maintenant qu’j’ai intérêt à tout t’raconter si j’veux pas qu’tu t’mettes à gueuler « Eurêka ! » dès qu’on s’ra dehors.

— La drogue… vous enquêtiez…

— À Lanargh, ouais. Mais après on m’a collée sur un truc plus important.

— Renna.

— Hon-hon. J’aurais jamais imaginé une affaire comme celle-là. Y a tout un tas de gens qui voudraient bien mettre la main sur ton homme des étoiles, quoi qu’il en coûte.

— Y compris vos patronnes ? demanda Maïa malicieusement.

— Y en a à Caria qui redoutent une nouvelle invasion de Stratos. J’suis à peu près sûre qu’il est inoffensif. Mais ça nous garantit pas qu’il représente pas un danger…

— Ce n’est pas ce que je voulais dire, vous le savez bien.

— Ouais. Excuse. J’peux parler qu’pour ma cheffe directe. Elle est nette. Mais les politicardes au-d’sus d’elle, j’en sais rien. Pourtant, j’donn’rais cher pour l’savoir ! Enfin, soupira-t-elle en se penchant à nouveau sur la console. On est bien obligées de faire comme si Inanna a eu l’temps d’les prév’nir d’la tentative d’évasion de d’main. Donc, pas question d’utiliser c’canot. C’qu’est sûr, Maïa, c’est qu’t’as sauvé un tas de vies. Les autres, là-haut, iront pas s’jeter dans la gueule du loup. Mais en attendant, on est coincées ici.

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