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La jeune fille et les clones

Электронная книга - «La jeune fille et les clones». Краткое содержание книги:

Sur Stratos, les femmes se reproduisent l'hiver par clonage. En été, les hommes entrent en rut et il faut les enfermer dans les Sanctuaires. Mais quelques-uns échappent à la police sexuelle et s'accouplent, proti pudor ! avec les femmes. Les « vars » qui naissent de ces unions sont élevés jusqu'à la puberté puis chassés du clan ; à eux d'en fonder un autre, s'ils peuvent.
Maia et Leie, sa soeur jumelle, se voient ainsi, très jeunes, réduites à explorer ce monde pastoral et le trouvent plutôt compliqué. Il y a des radicales qui militent pour les droits des hommes ; des Perkinites qui au contraire, pour les éliminer, proposent la parthénogénèse ; et même un visiteur venu des étoiles pour proposer à Stratos de réintégrer le Phylum. Quoi, il y aurait eu sécession ? Pourquoi tous ces mystères : la Porte à Enigmes, le Mur d'Images, le Grand Modeleur ? Et comment faire bouger les choses ?
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« Ma torche est à moitié consumée. J’ai intérêt à me magner. »

Les marches menaient cinq mètres plus bas dans un boyau courant sous une voûte primitive, de faible hauteur. Maïa rentra la tête dans les épaules et la flamme de sa torche lécha le plafond. Puis le tunnel déboucha sur une vaste salle.

Tout était couvert de poussière et de gravats. Une table et une chaise de bois étaient entourées de traces de pas. Dans un coin s’élevait un tas de détritus, dont des pelures d’orange et de chicfruit encore odorantes. « Il y en a une qui mangeait mieux que les autres », se dit-elle avec amertume. Dans une boîte en bois, elle trouva des biscuits au sésame et une orange moisie. « Je comprends que tu aies été pressée de lancer le radeau. Tu étais à court de friandises, hein, Inanna ? »

Une couverture accrochée à des clous masquait un escalier. Maïa déchira le tissu en bandelettes, en prit la moitié pour envelopper la torche sous sa partie embrasée, fourra le reste dans sa ceinture avec son couteau de silex et se mit en route.

Une impression d’éternité poussiéreuse s’empara d’elle à mesure qu’elle descendait l’escalier en colimaçon. Il était ancien à en juger par ses marches finement taillées, usées sur plusieurs centimètres en leur milieu. Chacune avait la forme d’une part de tarte dont la pointe reposait sur celle du dessous. Au milieu, des saillies en forme de disques issues du nez de chaque marche s’empilaient les unes sur les autres, formant une rampe à laquelle elle se cramponna.

À une dizaine de mètres de profondeur, sur un palier, une porte s’ouvrait sur des salles obscures. La lumière de sa torche lui montra des plafonds voûtés, certains effondrés, qui se perdaient au loin dans le noir et le silence absolus. L’absence de traces dans la poussière indiquait que personne n’était passé par là depuis des années. Se sentant bizarrement glacée, elle reprit sa descente, passa un deuxième palier, un troisième, puis un quatrième. C’est alors qu’un bruit faible, indistinct, monta vers elle.

« Mon royaume pour un monte-charge », se dit-elle avec ironie en songeant qu’elle devrait remonter toutes ces marches. Et que ferait-elle si sa torche s’éteignait ? En théorie, il ne devait pas être difficile de ressortir. Il suffisait de remonter l’escalier puis de se diriger à tâtons vers la source d’air frais. En pratique, elle aurait probablement une peur bleue. « Je me demande de quel genre de lampe dispose Inanna…»

La cage d’escalier était maintenant fissurée, comme si les parois avaient été ébranlées par un tremblement de terre. Les marches elles-mêmes étaient fendues. Le dessous avait lâché çà et là, faisant pleuvoir des débris de pierre sur les marches inférieures. Certaines oscillaient d’une façon inquiétante.

Maïa en était sûre, à présent : ce cratère vitrifié n’était pas d’origine naturelle, volcanique ou autre. C’était un fait de guerre. Des gens s’étaient creusé un terrier ici et d’autres étaient venus les débusquer, ébranlant le sol à une profondeur inimaginable. L’ampleur du cataclysme la terrifiait. C’était bien la dernière chose dont elle avait besoin.

Le bruit se rapprochait. C’était un tintement lointain, intermittent. Et un courant d’air. Frais et indéniablement pur.

Maïa trébucha, surprise, au bas de l’escalier. La spirale débouchait dans une salle où s’ouvraient trois portes. Elle s’humecta un doigt, observa le vacillement de sa torche et scruta le sol à la recherche de traces de pas. « Celle-là. »

Derrière la porte s’étendait une galerie taillée dans le roc et sur laquelle donnaient des pièces ténébreuses, aussi loin que portait la lueur de la torche. Maïa tendit le brandon dans la première. Elle était vide, en dehors d’un énorme banc poli dont le dessus était orné de trous réguliers, comme destinés à recevoir les chevilles d’un jeu étrange. Pourtant, Maïa eut le sentiment qu’on ne jouait pas dans cette espèce de crypte. Elle en eut la chair de poule.

Elle repartit. Le tintement était maintenant accompagné d’un murmure qui s’enflait et retombait. La torche se mit à crachoter. C’était le moment d’y rajouter des bandes, à moins qu’elle ne la laisse s’éteindre comme l’imposait la prudence.

Elle poursuivit son chemin en tenant le mur à sa gauche et en essayant de mémoriser les lieux avant que… Puis la torche s’éteignit. Plongée brutalement dans l’obscurité totale, elle ralentit mais, serrant les dents, continua d’avancer en levant les pieds pour éviter tout bruit intempestif.

Tout à coup, ses doigts perdirent contact avec le mur, envoyant en elle une onde de panique. « Pas d’affolement. C’est juste une porte. Avance bras tendu, tu vas retrouver le mur. »

Ça lui prit une éternité… ou quelques secondes, et elle avait dû se retourner, car lorsqu’elle reprit contact avec le mur, elle se cogna le coude. Ça lui fit mal, mais la rassura quand même. Elle se réjouit aussi d’avoir dépassé la porte. Dans les ténèbres, on avait vite fait d’imaginer des monstres, des êtres qui n’avaient pas besoin de lumière.

« Les vrais Stratoïns », se dit-elle en espérant, par la dérision, échapper à la terreur. Les grandes sœurs racontaient à leurs cadettes que les habitants originels de Stratos avaient fui l’invasion hominienne en se réfugiant sous terre où ils vivaient toujours, avides de vengeance. Mais ce n’étaient que des histoires. Il n’y avait aucune trace de leur existence.

« Cela dit, je n’avais jamais entendu parler non plus de cratères de cent mètres de diamètre forés dans la roche. »

Une nouvelle porte engloutit la main de Maïa, la persuadant définitivement que des mâchoires allaient lui arracher le bras. Elle retrouva le mur avec un indicible soulagement.

« Arrête. Pense à autre chose. À la Vie – au jeu de la Vie. »

Elle avait de quoi faire : les taches qui dansaient devant ses yeux par manque d’informations visuelles créaient des motifs éphémères qui clignotaient comme la console de jeu de Renna. Il était tentant de penser que ce tir d’artillerie aveugle recelait un sens, un secret, un grand principe.

Maïa franchit encore deux portes, et il lui sembla que le bruit était plus fort. Ses premiers soupçons se confirmèrent peu après. Ce ne pouvait être que le flux et le reflux de la marée. « Je dois être tout en bas, près de la mer. »

Elle sentit de l’air frais. Plus important, elle aurait juré que, loin au-dessus d’elle, une faible lueur dissolvait l’affreuse obscurité. Une vague source lumineuse. Avant même de distinguer le sol, elle marcha avec plus d’assurance.

Levant les yeux, elle vit ce qui ne pouvait être qu’un reflet. Un mur éclairé par une source encore hors de vue.

Maïa s’approcha avec circonspection. Le couloir formait un T. Elle longea la barre de droite, et coula un œil au coin.

Une nouvelle galerie débouchait à vingt mètres de là dans une vaste pièce éclairée. Alors qu’elle avançait d’un pas furtif, Maïa s’aperçut que d’étranges reflets ondoyants jouaient sur le plafond de la salle. Le bruit était à présent très net : c’était celui d’un liquide coulant goutte à goutte. Au loin, les vagues grondaient, martelant le roc.

« C’est donc ça ! » Maïa hésita à l’entrée de la salle, où une double porte autrefois monumentale pendait de guingois sur ses gonds rouillés. Dedans, une lampe à huile était posée sur une table. Le fond de la pièce disparaissait sous l’eau. Dix mètres plus loin, la surface passait sous une corniche rocheuse, donnant sans nul doute vers la mer. Une barque était amarrée à un quai, mât couché et voiles ferlées, mais parée au départ.

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