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La jeune fille et les clones

Электронная книга - «La jeune fille et les clones». Краткое содержание книги:

Sur Stratos, les femmes se reproduisent l'hiver par clonage. En été, les hommes entrent en rut et il faut les enfermer dans les Sanctuaires. Mais quelques-uns échappent à la police sexuelle et s'accouplent, proti pudor ! avec les femmes. Les « vars » qui naissent de ces unions sont élevés jusqu'à la puberté puis chassés du clan ; à eux d'en fonder un autre, s'ils peuvent.
Maia et Leie, sa soeur jumelle, se voient ainsi, très jeunes, réduites à explorer ce monde pastoral et le trouvent plutôt compliqué. Il y a des radicales qui militent pour les droits des hommes ; des Perkinites qui au contraire, pour les éliminer, proposent la parthénogénèse ; et même un visiteur venu des étoiles pour proposer à Stratos de réintégrer le Phylum. Quoi, il y aurait eu sécession ? Pourquoi tous ces mystères : la Porte à Enigmes, le Mur d'Images, le Grand Modeleur ? Et comment faire bouger les choses ?
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« Je regrette juste que personne n’ait eu une meilleure idée. »

— Trot et son équipe ont presque fini, reprit Naroïne après avoir changé de canal. Les derniers éléments du radeau ont été mis à l’eau. Ça d’vrait plus être bien long.

Maïa jeta un coup d’œil à l’écran et vit une image floue de femmes s’activant autour d’une plate-forme de rondins. Comme elle l’avait prévu, la mer était calme là-bas, à cette heure-ci. Contrairement, hélas, à ce qui se passait à l’entrée du tunnel. Il y eut enfin une accalmie. Maïa, Brod, Charl et Tress lâchèrent leurs rames avec soulagement. Ils n’avaient pas eu une minute de répit depuis l’affrontement avec Inanna.

Il avait d’abord fallu réveiller les femmes d’équipage et leur annoncer que l’une des leurs était une espionne. Leur incrédulité n’avait pas résisté à la visite des grottes secrètes de l’île, et surtout aux messages enregistrés sur l’unité com d’Inanna. Il y avait eu d’interminables palabres autour du plan de Maïa, auquel personne n’avait proposé d’alternative constructive, puis des heures de préparation fébrile qui avaient abouti à cette agitation matinale. Plus Maïa y réfléchissait, plus la situation lui semblait absurde.

« N’aurait-il pas mieux valu attendre ? Éviter simplement de tomber dans le piège d’Inanna ? Laisser les pirates s’en aller et tenter de fuir de nuit avec le bateau ? »

Seulement ils ne tenaient pas à dix-huit dedans. Et à la nuit tombée, les pirates s’interrogeraient sur le sort de leur espionne. Sans nouvelles d’elle, elles supposeraient le pire et prendraient d’autres mesures. Or le petit bateau n’échapperait pas à un blocus de navires équipés de radars. Quant à celles qui seraient restées sur l’île, la faim en viendrait à bout plus lentement mais aussi efficacement que la violence.

« Non, il fallait que ce soit maintenant, avant qu’elles s’étonnent de ne pas recevoir de nouvelles d’Inanna. »

— Ela ! s’écria Naroïne. Les voilà ! Toutes voiles dehors et fendant l’écume !… Les jortes patriarcales ! Elles ont un ketch à voile latine. Ça file comme le vent, avec un équipage d’au moins douze femmes. Ça va être coton.

— C’est pas nouveau, gronda Charl en crachant dans l’eau.

— On ne va pas faire demi-tour ? s’inquiéta Tress.

— Attendons d’voir. Elles ont passé l’cap et elles sont plus dans l’champ d’la première caméra. Va falloir qu’la suivante les cadre. Ah, l’équipe d’Lullin les a r’pérées…

Sur le petit écran apparurent les femmes qui tentaient de mettre le radeau à l’eau avant que les pirates ne soient sur elles. Manœuvre désespérée à en juger par les dernières images du puissant navire fendant les flots.

— Elles vont les arraisonner ? reprit Tress.

— J’aimerais bien. Mais à mon avis, c’est pas pour faire des prisonnières qu’elles sont là aujourd’hui.

Le courant se remit de la partie. Maïa et les autres recommencèrent à ramer tandis que Naroïne réglait son appareil.

— Ça y est, j’les ai ! Elles doivent pas être à plus d’trois kilomètres. Elles approchent à toute vitesse.

« Approchez…», se dit Maïa en regardant l’appareil sur lequel apparut une vaste surface de toile blanche. « Allez, plus près. »

L’équipe du radeau largua enfin les amarres. Les unes poussaient sur des branches tandis que deux autres hissaient une voile faite de couvertures agrafées. On aurait juré qu’elles s’efforçaient vraiment de s’échapper. Soit elles étaient bonnes comédiennes, soit elles crevaient de trouille.

Naroïne continuait à leur annoncer la position du bateau pirate. Il ne fut bientôt plus qu’à deux kilomètres du radeau, puis un, puis huit cents mètres, et il avançait toujours.

Sur le radeau, c’était l’angoisse. Une silhouette balançait des caisses par-dessus bord, comme pour l’alléger. Elles restèrent derrière le radeau, sans s’en écarter sensiblement.

— Six cents mètres, dit Naroïne.

— On ne devrait pas s’approcher, maintenant ? risqua Brod.

Il paraissait étrangement détendu compte tenu des confidences qu’il avait faites à Maïa. En fait, il avait insisté pour les accompagner.

— Lysos n’a jamais dit que les hommes ne devaient pas se battre, avait-il argumenté la veille. Les hommes sont réservistes de la milice et susceptibles d’être appelés en cas de danger. Pour moi, ces félonnes entrent dans la catégorie !

Maïa n’avait jamais entendu un tel raisonnement. Qu’en pensait Naroïne, qui était de la police ? Eh bien, la boscotte avait d’abord cillé, puis acquiescé d’un hochement de tête.

— Y a des précédents. Et puis, elles doivent pas s’attendre à tomber sur un mâle. Ce sera un élément de surprise.

Il avait donc été autorisé à les accompagner. De toute façon, il serait plus en sécurité avec elles que sur le radeau.

— Du calme, et ferme-la, coupa Naroïne. Quatre cents mètres… J’ai hâte de voir comment ces salopes comptent s’y prendre. Trois cents mètres…

Brod prit la rebuffade avec équanimité. Maïa comprit pourquoi. Il était un peu verdâtre. Il luttait contre le mal de mer. S’il entendait montrer qu’il en avait dans le ventre, elle espérait que ce ne serait pas d’une façon trop littérale.

Si le combat paraissait désespéré, l’esquif devait tenter de fuir devant le vent et s’abriter derrière l’île. C’était la seule façon de venger celles qui se sacrifieraient sur le radeau. Mais l’ennemi avait un radar et Maïa savait qu’elles auraient du mal à lui échapper. Le plan consistant à attirer les pirates dans un piège restait encore le meilleur.

— Deux cent quatre-vingts mètres… Saignerie de jortes !

Le poing de Naroïne fit trembler la lisse. Un lointain coup de tonnerre retentit, anormal sous un ciel dégagé.

— Qu’est-ce que c’est ? s’écria Maïa.

Elle eut juste le temps d’apercevoir sur l’écran une gerbe d’eau à côté du radeau, éclaboussant son équipage éperdu.

— Elles ont un canon ! hurla Naroïne. Ces nom d’Lysos de faces de lugar de têtes de jortes ! C’était pas prévu, ça !

Se sentant coupable parce que l’idée venait d’elle, Maïa se dévissa le cou pour regarder l’écran. Un éclair jaillit de la proue du navire pirate, au milieu de la fumée du premier tir.

— Qu’est-ce que tu r’gardes, toi ? cracha Naroïne. Occupe-toi plutôt d’tes rames ! J’vous dirai c’qui s’passe !

Maïa obéit comme une lame drossait le canot sur un écueil.

— Souquez ! hurla Brod en ramant de toutes ses forces.

Ils évitèrent la catastrophe de justesse. Puis, aussi vite qu’elle était venue, la vague se retira en les entraînant.

— Naroïne ! Attention ! s’écria Maïa.

Mais la boscotte, absorbée par le spectacle de l’écran, ne vit pas le faisceau de câbles se tendre, lui arrachant l’appareil des mains. Il disparut dans les flots.

La policière se leva, faisant tanguer le bateau, et lança un chapelet de jurons tandis que de nouveaux roulements de tonnerre leur parvenaient de l’autre côté de la falaise. Puis elle reprit son empire sur elle-même, se rassit et tint la barre à nouveau.

— C’est pas grave. Ça d’vrait plus être long, maintenant.

— Lullin et les autres vont être pulvérisées ! cria Tress.

— Elles savaient qu’ça pouvait arriver. En s’montrant maint’nant, on réussirait qu’à s’faire tuer nous aussi.

— Alors on essaye d’s’échapper ? hasarda Charl.

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