Les Mille Et Une Nuits Tome II
- Автор: Galland Antoine
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Les Mille Et Une Nuits Tome II». Краткое содержание книги:
«Au bout de deux ou trois jours, j’aperçus un navire qui ne faisait que de sortir du port, et qui vint passer assez près de l’endroit où j’étais. Je fis signe de la toile de mon turban, et je criai de toute ma force pour me faire entendre. On m’entendit et l’on détacha la chaloupe pour me venir prendre. À la demande que les matelots me firent, par quelle disgrâce je me trouvais en ce lieu, je répondis que je m’étais sauvé d’un naufrage depuis deux jours avec les marchandises qu’ils voyaient. Heureusement pour moi, ces gens, sans examiner le lieu où j’étais et si ce que je leur disais était vraisemblable, se contentèrent de ma réponse et m’emmenèrent avec mes ballots.
«Quand nous fûmes arrivés à bord, le capitaine, satisfait en lui-même du plaisir qu’il me faisait, et occupé du commandement du navire, eut aussi la bonté de se payer du prétendu naufrage que je lui dis avoir fait. Je lui présentai quelques-unes de mes pierreries, mais il ne voulut pas les accepter:
«Nous passâmes devant plusieurs îles, et, entre autres devant l’île des Cloches, éloignée de dix journées de celle de Serendib, par un vent ordinaire et réglé, et de six journées de l’île de Kela, où nous abordâmes. Il y a des mines de plomb, des cannes d’Inde et du camphre très-excellent.
«Le roi de l’île de Kela est très-riche, très-puissant, et son autorité s’étend sur toute l’île des Cloches, qui a deux journées d’étendue, et dont les habitants sont encore si barbares qu’ils mangent la chair humaine. Après que nous eûmes fait un grand commerce dans cette île, nous remîmes à la voile et abordâmes à plusieurs autres ports. Enfin j’arrivai heureusement à Bagdad avec des richesses infinies, dont il est inutile de vous faire le détail. Pour rendre grâce à Dieu des faveurs qu’il m’avait faites, je fis de grandes aumônes, tant pour l’entretien de plusieurs mosquées que pour la subsistance des pauvres, et me donnai tout entier à mes parents et à mes amis, en me divertissant et en faisant bonne chère avec eux.»
Sindbad finit en cet endroit le récit de son quatrième voyage, qui causa encore plus d’admiration à ses auditeurs que les trois précédents. Il fit un nouveau présent de cent sequins à Hindbad, qu’il pria comme les autres de revenir le jour suivant à la même heure, pour dîner chez lui et entendre le détail de son cinquième voyage. Hindbad et les autres conviés prirent congé de lui et se retirèrent. Le lendemain, lorsqu’ils furent tous rassemblés, ils se mirent à table, et à la fin du repas, qui ne dura pas moins que les autres, Sindbad commença de cette sorte le récit de son cinquième voyage:
CINQUIÈME VOYAGE DE SINDBAD LE MARIN.
«Les plaisirs, dit-il, eurent encore assez de charmes pour effacer de ma mémoire toutes les peines et les maux que j’avais soufferts, sans pouvoir m’ôter l’envie de faire de nouveaux voyages. C’est pourquoi j’achetai des marchandises, je les fis emballer et charger sur des voitures, et je partis avec elles pour me rendre au premier port de mer. Là, pour ne pas dépendre d’un capitaine, et pour avoir un navire à mon commandement, je me donnai le loisir d’en faire construire et équiper un à mes frais. Dès qu’il fut achevé, je le fis charger, je m’embarquai dessus, et comme je n’avais pas de quoi faire une charge entière, je reçus plusieurs marchands de différentes nations avec leurs marchandises.
«Nous fîmes voile au premier bon vent et prîmes le large. Après une longue navigation, le premier endroit où nous abordâmes fut une île déserte où nous trouvâmes l’œuf d’un roc d’une grosseur pareille à celui dont vous m’avez entendu parler. Il renfermait un petit roc près d’éclore, dont le bec commençait à paraître.»
À ces mots, Scheherazade se tut, parce que le jour se faisait déjà voir dans l’appartement du sultan des Indes. La nuit suivante, elle reprit son discours.
CCXXVII NUIT.
Sindbad le marin, dit-elle, continuant de raconter son cinquième voyage: «Les marchands, poursuivit-il, qui s’étaient embarqués sur mon navire, et qui avaient pris terre avec moi, cassèrent l’œuf à grands coups de hache, et firent une ouverture par où ils tirèrent le petit Roc par morceaux, et le firent rôtir. Je les avais avertis sérieusement de ne pas toucher à l’œuf; mais ils ne voulurent pas m’écouter.
«Ils eurent à peine achevé le régal qu’ils venaient de se donner, qu’il parut en l’air, assez loin de nous, deux gros nuages. Le capitaine que j’avais pris à gages pour conduire mon vaisseau, sachant par expérience ce que cela signifiait, s’écria que c’étaient le père et la mère du petit roc, et il nous pressa tous de nous rembarquer au plus vite pour éviter le malheur qu’il prévoyait. Nous suivîmes son conseil avec empressement, et nous remîmes à la voile en diligence.
«Cependant les deux rocs approchèrent en poussant des cris effroyables, qu’ils redoublèrent quand ils eurent vu l’état où l’on avait mis l’œuf, et que leur petit n’y était plus. Dans le dessein de se venger, ils reprirent leur vol du côté d’où ils étaient venus, et disparurent quelque temps, pendant que nous fîmes force de voiles pour nous éloigner et prévenir ce qui ne laissa pas de nous arriver.
«Ils revinrent, et nous remarquâmes qu’ils tenaient entre leurs griffes chacun un morceau de rocher d’une grosseur énorme. Lorsqu’ils furent précisément au-dessus de mon vaisseau, ils s’arrêtèrent, et, se soutenant en l’air, l’un lâcha la pièce de rocher qu’il tenait; mais, par l’adresse du timonier, qui détourna le navire d’un coup de timon, elle ne tomba pas dessus; elle tomba à côté dans la mer, qui s’entrouvrit d’une manière que nous en vîmes presque le fond. L’autre oiseau, pour notre malheur, laissa tomber sa roche si juste au milieu du vaisseau, qu’elle le rompit et le brisa en mille pièces. Les matelots et les passagers furent tous écrasés du coup ou submergés. Je fus submergé moi-même; mais en revenant au-dessus de l’eau, j’eus le bonheur de me prendre à une pièce du débris. Ainsi, en m’aidant tantôt d’une main, tantôt de l’autre, sans me dessaisir de ce que je tenais, avec le vent et le courant, qui m’étaient favorables, j’arrivai enfin à une île dont le rivage était fort escarpé. Je surmontai néanmoins cette difficulté et me sauvai.
«Je m’assis sur l’herbe pour me remettre un peu de ma fatigue; après quoi je me levai et m’avançai dans l’île pour reconnaître le terrain. Il me sembla que j’étais dans un jardin délicieux: je voyais partout des arbres, les uns chargés de fruits verts et les autres de fleurs, et des ruisseaux d’une eau douce et claire, qui faisaient d’agréables détours. Je mangeai de ces fruits, que je trouvai excellents, et je bus de cette eau qui m’invitait à boire.
«La nuit venue, je me couchai sur l’herbe dans un endroit assez commode; mais je ne dormis pas une heure entière, et mon sommeil fut souvent interrompu par la frayeur de me voir seul dans un lieu si désert. Ainsi j’employai la meilleure partie de la nuit à me chagriner et à me reprocher l’imprudence que j’avais eue de n’être pas demeuré chez moi plutôt que d’avoir entrepris ce dernier voyage. Ces réflexions me menèrent si loin que je commençai à former un dessein contre ma propre vie; mais le jour, par sa lumière, dissipa mon désespoir. Je me levai et marchai entre les arbres, non sans quelque appréhension.
«Lorsque je fus un peu avant dans l’île, j’aperçus un vieillard qui me parut fort cassé. Il était assis sur le bord d’un ruisseau. Je m’imaginai d’abord que c’était quelqu’un qui avait fait naufrage comme moi. Je m’approchai de lui, je le saluai, et il me fit seulement une inclination de tête. Je lui demandai ce qu’il faisait là; mais, au lieu de me répondre, il me fit signe de le charger sur mes épaules et de le passer au-delà du ruisseau, en me faisant comprendre que c’était pour aller cueillir des fruits.