La jeune fille et les clones
- Автор: Брин Дэвид
- Год: 1997
- Язык: французский
- Год: Pocket
- ISBN: 2-266-08011-3
- Переводчик: Arnaud Mousnier-Lompré
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La jeune fille et les clones». Краткое содержание книги:
Maia et Leie, sa soeur jumelle, se voient ainsi, très jeunes, réduites à explorer ce monde pastoral et le trouvent plutôt compliqué. Il y a des radicales qui militent pour les droits des hommes ; des Perkinites qui au contraire, pour les éliminer, proposent la parthénogénèse ; et même un visiteur venu des étoiles pour proposer à Stratos de réintégrer le Phylum. Quoi, il y aurait eu sécession ? Pourquoi tous ces mystères : la Porte à Enigmes, le Mur d'Images, le Grand Modeleur ? Et comment faire bouger les choses ?
La fureur de Maïa chassa son commencement d’ivresse. Immobile et les paupières mi-closes, elle guettait le moindre mouvement d’Inanna.
Elle aurait pu vérifier ses soupçons d’une manière plus subtile, en faisant semblant d’aller se coucher en même temps que tout le monde, mais ça risquait de prendre des heures et elle craignait de s’endormir. Et si elle se trompait ?
Mieux valait démasquer l’espionne le plus tôt possible en donnant l’impression qu’elle allait rester éveillée toute la nuit. Ce contretemps la pousserait peut-être à s’affoler.
Ça avait marché. Maïa avait maintenant une cible à surveiller. Savoir qu’elle avait vu juste l’aidait à se concentrer.
Mais l’autre ne bougeait pas. Le temps semblait s’écouler avec une lenteur géologique. Les secondes, les minutes passaient, léthargiques. Les yeux lui piquaient à force de chercher des contrastes dans le noir. Elle les ferma l’un après l’autre. La tache d’ombre demeurait aussi immobile qu’un roc.
Une volute de fumée montant des braises flotta jusqu’à elle. Maïa dut fermer les deux yeux un peu plus longtemps.
Quand elle les rouvrit, elle fut prise de panique. Qui sait combien de temps elle avait perdu l’autre de vue. Elle s’était peut-être même endormie ! Elle scruta les ténèbres et sentit l’incertitude la gagner. Ce n’était peut-être pas cette vague forme-là qu’elle devait surveiller mais une autre. Sa cible avait disparu. Si seulement une lune, une seule brillait !
« Si seulement j’avais découvert comment elle envisageait de prévenir les autres…» C’est pour ça qu’elle avait fait tous ces tours de l’île, sous prétexte d’étudier les courants. Elle avait regardé partout, en vain. À présent elle devait faire un choix : attendre encore ou s’enfoncer dans les bois à la recherche de quelqu’un dont l’avance ne faisait que croître ?
« La barbe. Depuis le temps, elle doit être loin.
« Allez, j’y vais…»
Elles s’apprêtait à se lever lorsqu’elle se figea. L’ombre avait bougé ! Il y eut un bruit imperceptible, et l’ombre se redressa et s’éloigna lentement. Les étoiles furent occultées par une chose qui avait vaguement la forme d’une femme trapue.
« C’est parti ! » Maïa roula sur le côté et prit les objets qu’elle avait cachés sous sa couche : un bâton au bout entouré de lianes, un couteau de pierre, la tasse contenant la braise tiède, à peine lumineuse. Suivant un chemin soigneusement mémorisé, elle s’enfonça sans bruit dans la forêt, s’arrêta à un endroit prévu à l’avance et tendit l’oreille.
Vers l’est, des pas écrasaient le gravier, sans précaution particulière à mesure que la femme s’éloignait du camp. Maïa s’obligea à attendre un peu pour s’assurer qu’elle ne s’arrêtait pas afin de guetter tout signe de poursuite.
Enfin rassurée, Maïa engagea la filature. La piste s’enfonçait dans la forêt. Pas étonnant que ses recherches sur les falaises n’aient rien donné… Elle s’était dit que le système de signalisation devait se trouver en un point visible d’une autre île, mais Inanna était trop rusée pour le laisser traîner à un endroit où n’importe qui risquait de tomber dessus.
Maïa marcha sur une branche qui fit un bruit à réveiller Perséphone au fin fond de l’Hadès, à ce qu’il lui sembla. Elle tendit l’oreille mais fut assourdie par le martèlement de son cœur. Au bout d’un long moment, le bruit de pas reprit enfin devant elle. Les étoiles dessinèrent une forme entre les arbres. Elle reprit la poursuite en redoublant de prudence.
Elle eut de la chance. Comme les nuages masquaient les étoiles, la brise tourna, lui apportant une odeur différente. Elle s’arrêta net. Sa proie obliqua brusquement vers la gauche, et Maïa comprit soudain pourquoi.
Juste devant elle, les étoiles un instant reparues arrachèrent mille reflets scintillants aux parois d’un gouffre : le cratère, beaucoup plus impressionnant que de jour. Le précipice vitreux ouvrait à quelques mètres d’elle sa gueule de monstre antique, avide d’un casse-croûte nocturne. Maïa déglutit péniblement et repartit en observant le sol avec plus d’attention que jamais. Par bonheur, la piste s’écartait de l’abîme. Un bruit pareil à celui de deux pierres raclées l’une contre l’autre la fit s’arrêter. Le son se répéta. Elle écouta.
Plus un bruit. Que le silence et le vent dans les branches. Redoutant un piège, elle compta jusqu’à soixante et reprit sa marche prudente dans la direction du dernier bruit qu’elle avait entendu. Elle contourna les arbres et autres obstacles en se repérant à un bout de la constellation du Cycliste apparue entre les nuages, près de l’horizon, et conclut au bout d’un moment que quelque chose ne tournait pas rond. « J’ai dû aller trop loin. Ou je me suis trompée quelque part…»
Elle ne voyait ni n’entendait rien. L’éventualité d’une embuscade n’était pas à écarter.
Tout à coup, ses pieds s’enfoncèrent dans un sol sablonneux, creusé de sillons. Elle était entourée de formes massives, dans une clairière où ne poussait pas un arbuste. Elle tendit la main vers un tas de pierres éboulées. Des pierres taillées, aux angles érodés. C’était l’un des bâtiments en ruines qui jonchaient l’île. L’endroit idéal pour tendre un piège.
Elle alla à tâtons jusqu’au bout du mur et vérifia que personne ne l’attendait au coin. Tout allait bien, du moins à cet endroit. Maïa s’agenouilla, posa ce qu’elle tenait à terre et ferma un œil pour ne pas se déshabituer de l’obscurité – un truc qu’elle avait appris en observant le ciel avec le vieux Bennett. Elle abrita d’une main la tasse contenant la braise, souffla dessus pour la ranimer et la remit à terre, le bout entouré de lianes sèches de son bâton par-dessus. Une odeur de brûlé monta à ses narines et la torche s’embrasa.
Elle se releva en la tenant au-dessus de sa tête, un peu en arrière pour que la lumière ne tombe pas sur ses yeux. Les ombres fuirent les murs et les troncs d’arbres illuminés. Elle se hâta de faire le tour des ruines pendant qu’Inanna, si elle était là, battait encore des paupières, aveuglée.
Rien. Maïa refit le parcours, en examinant cette fois les endroits où quelqu’un aurait pu se cacher, prête à utiliser le bout de bois enflammé comme une arme.
« Merde. Inanna devait être juste assez loin pour se cacher quand j’ai allumé la torche. Dommage. Je croyais avoir enfin réussi mon coup. Il faut croire qu’on ne se refait pas. »
Déconfite, elle s’assit sur une pierre plate. La pierre bougea légèrement sous son poids. Elle se releva et l’examina à la lueur de la torche. Bah, un morceau de mur comme les autres, un peu branlant. « Du calme. Pas de conclusions hâtives. »
Un coup de vent souffla la flamme vers le haut.
Vers le haut ? Maïa tendit la main et sentit un petit courant d’air. Elle appuya sur la dalle avec le pied, pour voir. Elle bougeait beaucoup trop librement.
— Je suis vraiment une paumée d’atype, moi. Évidemment…
Elle revit le cratère vitrifié tel qu’il lui était apparu à la lumière du jour. Elle avait distingué un réseau sous la couche de verre, mais elle avait rejeté cette image comme une vue de son esprit trop prompt à voir des schémas partout. La vision de ces couches qu’elle avait rationnellement classées comme sédimentaires s’imposait maintenant à elle comme un dédale de pièces et de couloirs. Creusé de main d’homme. Peut-être par souci de sécurité. Mais en vain. Ça n’avait servi à rien contre ce qui avait fait ce… ce trou.
Maïa décida de découvrir le secret de la pierre. « Une poussée vers la gauche… on soulève, et le tour est joué ! »
La dalle de pierre pivota, révélant une charnière rustique mais solide. Un escalier aux marches grossières plongeait sous les racines des arbres. Maïa posa prudemment le pied sur la première et descendit avec circonspection dans les ténèbres.