Dominium Mundi. Livre I
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #1
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-10-90648-12-8
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre I». Краткое содержание книги:
« Avant l’accident de tout à l’heure, je n’y aurais sûrement pas cru. Maintenant, je sais qu’ils sont prêts à tout. »
En relevant la tête, il vit qu’Engilbert l’attendait un peu plus loin en les regardant avec réprobation.
« Je dois te laisser, dit-il à Albéric, il faut que j’aille voir Liétaud à l’hôpital. Nous reparlerons de tout ça plus tard. »
Ils se serrèrent la main, et Albéric lui glissa : « J’espère que ton ami se remettra vite. »
Le Saint-Michel comptait sept hôpitaux. Les traumas graves étaient la spécialité du plus grand d’entre eux, le Central-Charité. C’était là que Liétaud avait été admis en urgence, quelques heures plus tôt.
Tancrède et Engilbert attendaient depuis une demi-heure qu’on leur donne l’autorisation d’aller voir Liétaud. Le premier, assis sur l’un des mauvais sièges de la salle d’attente, le second, faisant les cent pas. Engilbert n’avait pas desserré les dents de tout le trajet menant à l’hôpital et bien entendu, Tancrède prenait cela comme un reproche silencieux. Il se sentait blessé par cette attitude, mais la culpabilité qu’il éprouvait l’empêchait de le manifester.
Une infirmière arriva enfin pour les conduire jusqu’à la chambre du blessé. Ils la suivirent à travers un dédale de couloirs et de salles d’opération grouillant de techniciens médicaux débordés et de convalescents errant entre les chambres.
« Chambre 507 B, patient Tournai Liétaud, annonça enfin l’infirmière en s’arrêtant devant une porte. Vous avez cinq minutes, messieurs. »
Liétaud était allongé sur un tapis de reconstruction cellulaire. Comme il était nu, ses blessures se voyaient parfaitement. Engilbert ne put retenir une grimace en découvrant l’état de son frère. Sur tout son côté droit, de profondes lacérations dues aux éclats de bois remontaient de sa hanche jusqu’à l’aisselle, auréolées d’hématomes violacés, et l’on devinait sans peine les côtes enfoncées sur plusieurs centimètres de profondeur. Autour de lui, des centaines de brins nanochirs, sortes de longs cils transparents, sortaient de l’épaisse mousse organique du tapis de reconstruction pour pénétrer directement dans ses chairs, alimentant ses tissus en micro-organismes artificiels programmés pour réparer les lésions.
Engilbert s’assit dans le siège qui se trouvait près du lit tandis que Tancrède, un peu mal à l’aise, resta debout de l’autre côté.
« Liétaud, mon frère, appela doucement Engilbert. Comment te sens-tu ? »
Le jeune Flamand, assommé par les anti-douleurs, entrouvrit les yeux et bredouilla :
« … au poil… me suis jamais senti aussi bien…
— Ah, petit frère, je te reconnais, s’exclama Engilbert avec un rire forcé. Jamais tu ne perds une occasion de faire le malin ! On nous a dit que ton organisme répondait parfaitement aux nanochirs. Tu devrais sortir d’ici une semaine. »
Tancrède se pencha vers lui et lui dit doucement : « Mon ami, je suis désolé que tu sois ici. C’est de ma faute. C’est moi qui étais sur la trajectoire, c’est moi qui devrais être sur ce tapis. »
Engilbert le foudroya du regard.
« Ce n’est pas le moment de parler de ça !
— …ce n’était pas un… accident…, articula Liétaud d’une voix faible.
— Oublie ça, dit Engilbert. Tu dois te reposer. »
Mais Liétaud continua : « …tu dois trouver… qui a fait ça…
— Oui, répondit Tancrède, mais ton frère à raison, pour l’instant tu dois te reposer et oublier tout cela. »
Le blessé n’entendit pas la fin de sa phrase. Ses yeux se fermèrent et il sombra à nouveau dans l’inconscience. L’infirmière entra dans la chambre.
« La visite est terminée, messieurs, déclara-t-elle en les poussant vers la sortie. Cet homme a subi un trauma sévère et vous avez déjà de la chance qu’il ait réussi à échanger quelques mots avec vous. »
Ils sortirent et, dès qu’ils furent dans le couloir, la colère qu’Engilbert avait réussi à contenir durant la visite explosa.
« Tu ne crois pas que tu lui as fait assez de mal comme ça, non ? » aboya-t-il après Tancrède.
Trop surpris pour s’offusquer, celui-ci répondit : « Tu te trompes de coupable, Engilbert. Ce n’est pas moi qui ai tendu ce piège.
— Allons, tu as parfaitement compris ce que je veux dire : c’est ton comportement qui génère des troubles !
— Mon comportement ?
— Ton… attitude générale depuis quelques semaines ! Certains de tes propos, le peu d’intérêt que tu manifestes en ce moment pour ton unité, ou même tes fréquentations ! continua Engilbert comme s’il exprimait enfin une chose longtemps contenue. Ça finit par faire beaucoup, non ? Quel effet crois-tu que cela produit sur les hommes lorsqu’ils te voient traîner avec un type comme celui avec lequel tu discutais tout à l’heure, par exemple ?
— Lui ? Ne me dis pas que pour toi, les Classe Zéro sont infréquentables ! Je pensais que tu avais un point de vue un peu plus éclairé sur ce genre de choses. »
Il avait raison, et cela ne fit qu’attiser la colère d’Engilbert. Il trouvait Tancrède déloyal de lui reprocher un racisme de classe alors qu’il savait que là n’était pas la question.
« Tu sais pertinemment que ça na rien à voir avec sa condition, seulement avec son comportement ! Vous aviez des airs de conspirateurs qui en disaient long ! »
Tancrède voulait bien se montrer patient avec Engilbert, mais il ne fallait pas exagérer :
« Baisse d’un ton, soldat ! Je te rappelle que tu t’adresses à ton lieutenant ! »
Engilbert eut un mouvement de recul. Il ne s’attendait pas à ce que Tancrède use de son grade en cette circonstance. Puis il remarqua les regards tournés vers eux dans le couloir.
« Écoute, Engilbert, reprit Tancrède en modérant sa voix. Je ne sais pas ce que tu reproches à cet homme, mais ne compte pas sur moi pour cesser de le voir juste parce qu’il ne te revient pas. Quel est son tort ? Avoir été enrôlé de force ?
— Bien sûr que non, rétorqua Engilbert en parlant moins fort à son tour. Mais tout le monde sait que les contestataires sont tous inermes. Ce n’est pas anodin d’en fréquenter !
— Chacun devrait être libre de penser ce qu’il veut, non ? Si cet homme a commis des actes interdits par la loi, qu’on me le dise, sinon je ne vois pas au nom de quoi je devrais m’abstenir de le rencontrer. »
En prononçant ces mots, Tancrède avait conscience de faire preuve de mauvaise foi. Même s’il ne connaissait pas le détail des activités d’Albéric, il fallait être naïf pour croire qu’aucune d’elles ne sortait du cadre de la légalité.
Engilbert ouvrit la bouche pour répondre, puis sembla se raviser. Lorsqu’il parla, son ton était devenu glacial : « Quand bien même on t’apporterait cette preuve, Tancrède, y prêterais-tu seulement attention ? Respectes-tu encore la loi ? »
Devant les sous-entendus de la question, Tancrède hésita un instant.
« La loi… je ne sais pas, finit-il par admettre. La morale, j’en suis sûr. »
Engilbert hocha la tête, comme si la réponse ne le surprenait pas.
« Quand un homme s’arroge le droit de décider s’il applique la loi ou non, il est déjà hors-la-loi. »
Et, sans un mot de plus, il partit.
Tancrède le regarda s’éloigner, l’estomac noué, essayant de comprendre comment Engilbert avait pu finir par ressentir une telle défiance à son égard. De toute évidence, ce dernier le considérait désormais comme une menace pour son frère. Or, s’il ne pensait pas avoir quoi que ce soit à se reprocher, Tancrède était bien forcé de constater que les événements venaient de donner raison à son répartiteur de terrain. Même indirectement, c’était bien lui qui avait envoyé Liétaud à l’hôpital.