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Dominium Mundi. Livre I

Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre I». Краткое содержание книги:

2202. Né des cendres d’une conflagration planétaire, l’Empire Chrétien Moderne règne sur une Terre ravagée et irradiée. Urbain IX, pape tout puissant et restaurateur du Dominium Mundi, y gouverne d’une main de fer ses peuples revenus à un mode de vie médiéval.Sous son impulsion, un vaisseau colonisateur est envoyé vers une planète d’Alpha du Centaure, dans l’espoir d’y trouver de nouveaux territoires pour l’humanité. Lorsque les passagers l’abordent, ils ont la surprise d’y découvrir un peuple, les Atamides. Le choc est grand. Mais ce n’est rien en comparaison d’une découverte encore plus bouleversante : le véritable tombeau du Christ ! Guidés par leur foi inébranlable, les missionnaires tentent de s’en emparer, en vain. Les indigènes les massacrent.Sur Terre, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre. Deux ans plus tard Urbain IX achève d’armer un gigantesque vaisseau, le St-Michel, capable d’abriter un million d hommes. Pour Tancrède de Tarente, le Méta-guerrier héros des champs de bataille, et Albéric Villejust, le génie de l’Infocosme enrôlé de force, débutera une croisade sanglante vers une nouvelle Jérusalem… Les événements feront-ils bégayer l’Histoire ?
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Engilbert arriva à cet instant, peinant dans la fange. Son visage blêmit en découvrant son frère gisant dans une mare de sang. Il se laissa tomber à ses côtés.

« Mon frère ! Que t’est-il arrivé ? Oh, mon frère ! Surtout, n’essaie pas de bouger, tout ira bien. »

À moitié inconscient, Liétaud bredouillait des phrases incohérentes.

« L’unité médicale arrive, cria le major. Écartez-vous, laissez passer les médics !

— Tiens le coup, petit frère », dit Engilbert, la voix nouée par l’émotion.

Il lui prit la main et la tint jusqu’à ce qu’un homme le relève afin que les médicaux puissent faire leur travail.

Il regarda alors Tancrède, et son regard était sombre.

* * *

J’avais la gorge nouée lorsque je pénétrais dans la zone interdite de l’Infocosme.

Mon pouls accéléra brusquement, aussi j’essayai de réguler ma respiration afin d’éviter que quelqu’un ne remarque mon stress inhabituel. Un pupitreur connecté n’avait aucune raison de paniquer s’il se contentait de faire son travail.

Deux jours plus tôt, en discutant avec un groupe de « sympathisants » du Réseau, une vieille rumeur était revenue sur le tapis : la mort mystérieuse d’aménageurs inermes sur le Saint-Michel. Comme souvent, j’avais d’abord considéré qu’il s’agissait là de foutaises, une fabrication spontanée de l’imaginaire collectif. Cependant, au fil de la discussion, cette histoire avait fini par éveiller mon intérêt au point que je décidai de faire une petite enquête sur le sujet. Après tout, il suffisait de consulter les registres des inermes stockés dans le Nod2.

Seul hic, ces fichiers se trouvaient bien entendu dans les zones sécurisées de l’Infocosme, interdites aux inermes. Certes, ce n’était pas aussi dangereux que les zones noires ultra-confidentielles, néanmoins, si je me faisais pincer en zone interdite, les sanctions promettaient d’êtres rudes. Mais le Réseau ne manquait pas de talents dans ses rangs, et je savais à qui faire appel pour trouver une solution : Clotilde Vaugerlin.

Clotilde était l’une des rares femmes à pupitrer au bioStruct du Saint-Michel. C’était une programmeuse de génie et accessoirement, l’une des activistes les plus enragées du Métatron Hérétique. Il ne lui fallut guère plus de quelques heures pour concevoir un hack capable de me faire pénétrer les zones interdites sans que toutes les alarmes du pupitre se mettent à carillonner aux oreilles d’Harbert.

Ce matin-là, dès que je me connectai à l’Infocosme, elle me fit passer le bout de code en le dissimulant dans un message de service. Je ressentis une brève déception en l’activant : je voyais mes mains, donc j’étais toujours visible. Mais Pascal me rassura aussitôt, à ses yeux, j’avais disparu. J’étais paré.

Plein d’appréhension, je survolai les champs de données de mes voisins afin de m’approcher des imposants cubes violets aux arêtes dorées, qui délimitaient les zones interdites aux enrôlés de force. C’était le moment de vérité pour le hack de Clotilde. Je respirai un grand coup et donnai un coup de talon pour me propulser à travers la membrane violette. Aucune alarme ne me déchira les tympans.

Clotilde méritait sa réputation. J’étais dedans.

Décidant de profiter un peu du spectacle avant de me mettre au travail, je montai à l’intérieur du cube en me laissant porter par un courant ascendant. Le volume interne était immense, mais je savais à peu près vers où me diriger. Beaucoup de pupitreurs accrédités travaillaient ici, leurs avatars s’affairant à des tâches diverses dans les subdivisions du cube de données protégées. À mon grand soulagement, aucun d’eux n’eut la moindre réaction à mon passage. Ils ne me voyaient pas. Merci, Clotilde.

« Le seul risque, avait-elle dit en programmant le hack, réside dans ton fichier personnel de travail. Si, pour une raison ou pour une autre, ils décident de le vérifier, ils verront que tes déplacements t’ont mené dans un cube interdit. Ce truc est un vrai mouchard et je ne peux rien faire pour le hacker. Mais franchement, la probabilité pour qu’ils vérifient tes déplacements, pile le jour où tu pénètres une zone interdite, est assez faible. »

Il ne me restait plus qu’à espérer que Clotilde était aussi forte en probabilités qu’en programmation.

Parvenu à une intersection du courant ascendant, je tirai sur le brin de données central pour faire apparaître la direction de la rangée concernant les inermes, en espérant que personne ne remarquerait que l’homme invisible était en train de chercher son chemin. Travée 3, axe jaune, ok.

La travée 3 courait le long d’une des parois du cube. Or, à cet endroit, le cube entrait en intersection avec une zone noire. En effet, un ovoïde de données classées ultra-confidentielles frôlait la zone où j’évoluais. Les deux volumes étaient si proches qu’une interpénétration se produisait par endroits. Rien de problématique pour les pupitreurs autorisés dans ce cube, les zones noires leur étaient seulement interdites d’accès. Pour un inerme, c’était une autre histoire. Si jamais j’effleurais ce maillage noir, je subirais une puissante décharge de douleur neuronale, et si par folie j’essayais de le franchir, j’y laisserais la vie. J’avançais donc avec prudence le long de la travée afin d’éviter qu’un faux mouvement ne me fasse toucher cette surface menaçante. Une décharge neuronale m’arracherait probablement un cri, me trahissant aussitôt au pupitre.

Je notai au passage que, vue de près, cette sombre enveloppe ne possédait pas tout à fait les mêmes caractéristiques que les autres surfaces de l’Infocosme. Les irisations colorées, si caractéristiques ailleurs, en étaient absentes. Il faudra que je parle de ça à Clotilde. Je me demandai si elle serait capable de hacker une de ces zones. Une tête brûlée comme elle relèverait le défi, mais ce ne serait pas très responsable de ma part de lui demander de prendre un tel risque. Peut-être m’y essaierais-je moi-même un jour ? En aurais-je le courage ?

Soudain, mon programme de balayage bipa : j’avais trouvé le dossier que je cherchais. Je tirai aussitôt le brin en question pour en copier les données, puis, sans perdre davantage de temps, revins sur mes pas pour sortir du cube. Le tout ne m’avait pas duré plus de quatre ou cinq minutes. L’opération était une réussite.

En survolant les champs des collègues sur le chemin du retour, je me dis que Cossolat aurait été stupéfait par cette infiltration éclair. Il m’aurait engueulé pour avoir pris des risques inconsidérés, ou quelque chose de ce genre, mais il n’aurait pas manqué de se servir lui aussi de ce nouveau moyen d’obtenir des renseignements.

Le tri et l’analyse de ses notes, retrouvées une semaine plus tôt, avançaient bien, mais donnaient peu de résultats. Je commençais à penser que, sans lui, elles resteraient à jamais inutiles. Néanmoins, un contact intéressant était ressorti de cette masse de documents : un biologiste inerme du laboratoire d’analyses médicales du secteur L que Cossolat comptait rencontrer. Dès que je pourrais trouver une excuse pour me rendre dans ce coin, j’essaierais d’aller le voir.

Je remarquai alors Pascal, au loin, stationné au-dessus de son champ, tourné dans la direction de la zone interdite comme s’il guettait mon retour. Je stoppai alors le hack de Clotilde pour me rendre à nouveau visible. Aussitôt, il se propulsa vers moi à toute vitesse. Un frisson de peur me secoua alors les épaules. On avait dû me repérer et il venait me prévenir.

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