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Le gang des rêves

Электронная книга - «Le gang des rêves». Краткое содержание книги:

Une Italienne de quinze ans débarque avec son fils dans le New York des années vingt…
L’histoire commence, vertigineuse, tumultueuse. Elle s’achève quelques heures plus tard sans qu’on ait pu fermer le livre, la magie Di Fulvio.
Roman de l’enfance volée, Le Gang des rêves brûle d’une ardeur rédemptrice : chacun s’y bat pour conserver son intégrité et, dans la boue, le sang, la terreur et la pitié, toujours garder l’illusion de la pureté.
Dramaturge, le Romain Luca Di Fulvio est l’auteur de dix romans.
Deux d’entre eux ont déjà été adaptés au cinéma ; ce sera le destin du Gang des rêves, qui se lit comme un film et dont chaque page est une nouvelle séquence.
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Christmas sourit. Et c’est en silence qu’il tendit une main pour caresser celle de Maria. Avec sensualité, en la glissant sur le dos de la main de la jeune femme et puis le long de ses doigts. Maria se raidit un instant. Elle se retourna à nouveau vers le technicien et puis fixa le musicien. Mais elle ne retira pas sa main. Alors Christmas effleura son poignet du bout des doigts et monta le long de son avant-bras. Ensuite il passa à la jambe. Il atteignit lentement le genou et commença à retrousser un peu la jupe. Maria lui bloqua la main, mais sans l’obliger à l’ôter. Christmas demeura immobile quelques instants, avant de recommencer à soulever le bas de sa jupe. Alors Maria relâcha sa prise. Quand Christmas sentit l’ourlet de la jupe entre ses doigts, il abandonna le tissu ; il passa la main sur les bas glissants et puis, tout doucement, sans se dépêcher, la fit remonter le long de la cuisse, à l’intérieur, caressant la peau douce au-dessus du porte-jarretelle. Et avant d’atteindre l’objectif, là où les jambes de Maria se rejoignaient, les doigts délicats de Christmas s’attardèrent, montant et puis redescendant, retardant le moment, afin que celui-ci puisse être imaginé, désiré et redouté. Lorsqu’il écarta un peu la culotte et introduit ses doigts à l’intérieur, il fouilla dans un épais duvet avant de trouver Maria, chaude et humide. Prête. Ouverte. Disponible. Accueillante. Toute garde baissée.

À ce contact, Maria tressaillit.

« Chut ! Pas de bruit ! » lui chuchota Christmas à l’oreille.

Pour toute réponse, il obtint un gémissement essoufflé et languide.

Alors Christmas partit à la rechercher du trésor des trésors — cette petite excroissance à la fois douce et ferme que la serveuse, à l’époque de son éducation, lui avait montrée et expliquée afin qu’il connaisse bien le plaisir des femmes —, et il commença à le caresser doucement, avec des mouvements lents et circulaires, mais ni identiques ni répétitifs, multipliant les variantes, jusqu’à ce qu’il sente — coïncidant avec une note aiguë du trompettiste qui enregistrait son morceau — les jambes de Maria se contracter de plus en plus violemment et la main de la jeune femme, qui avait agrippé son bras, le serrer de manière convulsive. Alors Christmas accéléra le rythme, et c’est seulement lorsqu’il sentit que Maria plantait ses ongles dans son bras, le souffle coupé, s’efforçant en vain de ne pas ouvrir la bouche, que Christmas s’arrêta — mais en douceur, afin de l’accompagner dans la descente, sans spasmes ni à-coups.

« Elle m’a l’air bonne ! commenta le preneur de son quand le musicien eut achevé sa dernière mesure. Qu’est-ce que tu en penses, Maria ?

— Oui…

— Tu veux en faire une autre ? demanda-t-il.

— Non, non… ça va comme ça. Merci ! répondit-elle hâtivement en se levant. Il faut que j’y aille, Ted ! lui lança-t-elle de l’autre côté de la vitre. Merci, vous avez été parfait ! » dit-elle au musicien.

Puis elle tira Christmas par le pan de sa veste et sortit de la salle des concerts. Elle jeta un coup d’œil alentour, se dirigea à grands pas jusqu’au bout du couloir, ouvrit une porte et inspecta l’intérieur. Puis elle attrapa Christmas, le tira à sa suite, referma à clef et l’embrassa avec passion. Christmas la souleva sous les bras et la posa sur le rebord du lavabo, qui émit d’inquiétants grincements.

« Dépêche-toi ! » dit Maria.

Christmas souleva sa jupe, avec la fougue à laquelle Maria s’attendait, et il la pénétra. Elle s’accrocha à ses cheveux avec fureur, l’embrassant, l’attirant toujours plus profondément en elle et gémissant de plaisir. Ils eurent bientôt le souffle court et haletèrent à l’unisson jusqu’à l’instant final, lorsqu’ils tombèrent à terre, le lavabo s’étant détaché du mur.

« Tu t’es fait mal ? demanda Christmas.

— Non ! rit Maria. Mais partons vite, autrement ils vont nous obliger à rembourser ! et elle rit encore.

— J’adore les filles qui rient ! » s’exclama Christmas.

Ce soir-là, en rentrant chez lui, il aperçut Santo sur le trottoir d’en face, main dans la main avec une jeune fille un peu laide, petite et grassouillette. Il s’arrêta pour les observer. Santo, comme s’il avait senti sur lui le regard de son ami, se retourna, et ses yeux croisèrent ceux de Christmas. À la faveur de la lumière d’un réverbère, Christmas vit Santo qui rougissait et baissait les yeux, avant de continuer son chemin comme s’il ne l’avait pas vu. Christmas sourit et pénétra dans le hall décrépi du 320 Monroe Street. Il commença à gravir l’escalier en sifflotant l’air de jazz que le cornet avait joué ce jour-là, dans la salle des concerts. Mais, arrivé au palier intermédiaire, il s’arrêta et tendit l’oreille, à l’écoute de voix fortes et très animées qui provenaient du rez-de-chaussée.

« Voilà, c’est lui, le père de Carmelina ! entendit-il le père de Santo crier sur le pas de sa porte, s’adressant à son épouse qui, depuis trois ans, était clouée au lit et refusait de mourir, contrairement aux pronostics des médecins. Antonio, c’est mon collègue de la cale treize depuis… depuis combien d’années est-ce qu’on décharge des marchandises, Tony ?

— Ne les compte pas, s’te plaît, tu vas nous vieillir encore plus ! répondit l’autre docker. Faut plutôt penser à nos gosses, eux ils sont jeunes ! Et faut espérer que leur mariage sera aussi heureux que les nôtres !

— C’est vrai, dit son compagnon. Entre donc, et trinquons à la santé de ta Carmelina et de mon Santo ! »

Christmas entendit la porte de l’appartement des Filesi se refermer. Alors il se posta à l’étroite fenêtre du palier, qui donnait sur Monroe Street. Et il reconnut Santo, dans un coin sombre de la rue, qui attirait à lui Carmelina, sa fiancée un peu laide, et qui l’embrassait en passant les mains sur ses épaules, avec maladresse.

« Trop de précipitation ! » rit-il doucement à l’intention de son ami. Puis, s’éloignant, il recommença à siffloter le motif de jazz. Mais il sentait une légère mélancolie le gagner. Parce que la seule chose qui lui avait permis de se sentir vivant, ces dernière années, c’était les femmes.

Mais il avait perdu Ruth.

« Je te trouverai ! » fit-il.

40

Newhall — Los Angeles, 1926–1927

Le dimanche, son père et sa mère venaient lui rendre visite. Son père lui disait à peine bonjour, posait un baiser hâtif sur sa joue et puis se mettait dans un coin. Ruth et sa mère s’asseyaient dans le patio. Elles voyaient les autres fantômes errer dans le jardin, sous le regard attentif des infirmiers en blouse blanche. Sa mère parlait. Mais pour ne rien dire. Elle parlait parce que c’était ce qui se faisait. Alors elle le faisait. Une heure après, ils repartaient. « Il se fait tard » disait la mère. « Oui, il se fait tard » répétait le père. « À dimanche prochain » concluait la mère. Le père était déjà en voiture, portière ouverte. Ce n’était pas la Hispano-Suiza H6C. Ni la Pierce-Arrow. C’en était une autre. Plus vieille. Moins étincelante. Sans chauffeur.

Cependant, ce dimanche-là, sa mère lui avait parlé de quelque chose :

« Ton père, ce raté, a perdu presque tout notre argent dans l’affaire Phonofilm. Personne ne veut de ce truc, à Hollywood ! La Warner Brothers utilise le Vitaphone, William Fow le Movietone, et la Paramount le Photophone. Personne n’en veut, du Phonofilm, et DeForest a fait faillite ! Et nous avec lui, ou peu s’en faut…

— Laisse-la tranquille ! était intervenu le père, pour la première fois depuis qu’ils lui rendaient visite. Qu’est-ce que ça peut lui faire… dans son état…

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